Vendredi
9 mai – Jour 55 : DROUJKA – PETRUSKI (117
km)
Départ
émouvant vers 10h, cap à l’ Est.
Quand je suis prèt à partir, Véra me
demande de m’asseoir pendant de longues
minutes en silence, les quatre autres personnes présentes
font de même. C’est
leur façon de prier pour que je sois bien
protégé durant ce long voyage.
A Petruski, après une longue étape
de 117 km
je pique la tente, près de la route. Pas très
rassuré une fois de plus mais
j’essaie de me raisonner : ma tente couleur
camouflage est pratiquement
invisible (une probabilité de 1 pour cent
d’ètre repéré) , encore 1
pour cent
de probabilité que le type qui m’a
repéré ait de mauvaises intentions.
Pour les matheux, ca fait 1
malchance
sur 10000 qu’il m’arrive quelque chose !
Dormons en paix….
Samedi 10 mai – J 56 : PETRUSKI – VLADIMIR – SUSDAL (85 km)

Enfin de beaux paysages
verdoyants, la
route est en très bon état. Susdal fait partie de
l’anneau d’or de splendides
églises orthodoxes qui entourent Moscou. C’ est la
ville la plus à l’Est où les
intrépides touristes européens osent
s’aventurer par colonnes de bus en
formation serrée. Je prends une énorme averse
orageuse à l’approche de Susdal.
Trempé, je demande l’hospitalité
à la famille Gregory qui me propose une
adorable petite bicoque au fond du jardin. La soirée se
passe chez le
« Padre » (le curé du
coin) en compagnie de son père et de sa mère
bigote.
Dimanche
11 mai – Jour 57 : SUSDAL – NULLE PART
(124 km)
Visite de Susdal le matin avec
une
impression de grand calme, enfin la Russie profonde. Les routes
secondaires
sont superbes et les petits villages accueillants. Je
m’arrête le soir dans un
bois, je suis en grande forme (malgré les cigarettes que
m’offrent les russes
et que je ne sais pas refuser) et je n’ai plus peur, enfin de
moins en moins...
Lundi
12 mai – Jour 58 – NULLE PART- NULLE PART
(117 km)
Orage
l’après-midi, c’est dangereux car
la route est étroite et il y a beaucoup de camions, je perds
ma bâche et ça me
désole, je fais un demi-tour de 20 km en vain pour essayer
de la retrouver dans
le fossé. Tout est indispensable sur le vélo et
je m’y attache forcément,
chaque chose a un nom et la perdre c’est perdre un compagnon
de voyage. Je
trouve un bon coin pour piquer la tente
et je passe une très bonne nuit. J’ai
l’impression que rien ne peut m’arrèter,
je suis devenu une machine à rouler très efficace
et je m’amuse beaucoup sur
mon vélo : c’est un engin fabuleux pour
admirer le paysage, souvent en
écoutant des chansons sur le radio-cassette,
sélectionnées par Loïc. Je suis
devenu fan de Bruce Springsteen que je ne connaissais même
pas au départ, tout
juste « Born in the
USA » !
Mardi
13 mai – Jour 59 : NULLE
PART- GORKY
(77 km)
On m’invite
à manger dans un café. La
route est superbe, très large avec vent favorable.
J’arrive à joindre Arielle
(Institut Langue Française) à 30 km de Gorky,
alias Nijni Novgorod. Je trouve
difficilement l’Institut, accueil très sympa du
Directeur Gérard Barbaray et de
Arielle qui me propose de dormir chez elle. Dîner le soir au
bord de la Volga,
Frédéric de Matra nous a rejoint, on est content
de se retrouver entre
« Frenchies » si loin de nos
bases. On met au point un plan pour
obtenir de nouveaux pneus avec la mère d’une
assistante qui habite à Lyon et
vient à Gorky via Moscou…

Mercredi
14 mai – Jour 60 – GORKY
Je laisse tout le matos chez
Arielle et
visite à pied Gorky sous un soleil
radieux. Le Kremlin qui domine l’ immense Volga
et l’ Oka son confluent,
l’église de la Nativité, le boulevard
piétonnier avec ses pubs Malboro qui sont
arrivées jusqu’ici. Réception
à l’Institut le soir devant un gros gateau,
séance photos !
Jeudi
15 mai – Jour 61 : GROKY – VOROTYNETS (140
km)
Beau temps. Belle route. Je
passe les 5000
km après 60 jours de voyages, donc une moyenne
journalière de plus de 80
km.
Vendredi
16 mai – Jour 62 : VOROTYNETS –
CHEBOKSARY (120 km)
Orage diluvien en arrivant
à
Cheboksary, je descend une avenue à fond la caisse, la
chaussée est recouverte
d’eau et je ne vois pas un énorme nid de poule..
C’est la gamelle, la roue
avant se bloque, je passe par-dessus le vélo, le contenu de
la sacoche de
guidon est éparpillé. La roue avant a tenu le
choc, le revètement céramique de
la jante est juste un peu abimé ..Ouf, bravo Magic. Je
trouve difficilement la
gare où 2 étudiants m’attendent, puis
arrive Ania une copine de Arielle. On met
les sacoches dans un taxi et en route pour son appartement
où je prends une
bonne douche. Pizzeria le soir avec une douzaine d’
étudiants ; on met
l’ambiance, chansons françaises : tous
les russes connaissent par cœur
« Oh Champs Elysés »
de Jo Dassin, c’est le chanteur étranger le plus
connu en Russie, et de loin. On visite ensuite la ville, toujours en
chantant.
Samedi
17 mai – Jour 63 : CHEBOKSARY – ZELENODOL
(120 km)
Temps frais (10 à
13°). Passage de la
Volga sur un énorme barrage hydro-électrique, le
vent est supérieur à 80 km/h,
je dois pousser Magic. Je mets la tente pratiquement en vue de tout le
monde
dans une sorte de jardin public, on me prévient que
c’est un coin mal
fréquenté. Pour la première fois, je
change de campement et je galère pour
trouver un bois, ma demeure de prédilection...
Dimanche
18 mai – Jour 64 : ZELENODOL – KAZAN (50
km)
Il fait froid (environ
5°). Je me lève
tard, sans doute la fatigue des km accumulés.
J’arrive vers 13h à Kazan grosse
ville de 400 000 habitants où habite Igor mon
deuxième contact Internet. Je
n’arrive pas à le joindre par
téléphone. J’arrive enfin chez lui vers
16h,
accueil chaleureux de Igor, sa femme Elena et leur fils Nikita ( 10
ans). Sa fille
vit à Moscou avec sa première femme.
Le soir, les parents de Igor
(tous deux
physiciens à l’Université) et les
parents d’Elena nous rejoignent pour le
diner. Nous sommes tous là réunis
gràce à Internet, comme quoi la technologie a
aussi des bons cotés !
Lundi
19 mai – Jour 65 : KAZAN
Le matin, un journaliste vient
pour
photo et interview, puis visite de la ville avec Alexia une professeur
d’anglais qui connaît Kazan sur le bout des doigts.
J’essaie de trouver un
bidon pour remplacer celui chapardé à Moscou, en
vain car ici le cyclotourisme
n’est pas très développé. Je
transmets le soir des messages à
l’école Freinet
de Brest et à Paramag.
Mardi
20 mai – Jour 66 : KAZAN
Le matin, séance de
nettoyage de Magic
dans une allée de la résidence, le corps
d’un défunt passe à
découvert sur un
brancard tout près de moi, je me receuille sur son passage
avant qu’il ne soit
embarqué dans une voiture
bâchée ! Paix à son
âme.
A 15 h, rencontre avec la TV,
des
journaliste et des étudiants, beaucoup de
questions : comment trouvez-vous
la ville ? l’état des routes ?
ce qui vous amuse ? Le
soir, je dine au resto avec Lilia,
journaliste à la Mairie de Kazan.
Mercredi
21 mai – Jour 67 – KAZAN – NOWHERE (92 km)
Je
pars de chez Igor vers 8h, ses parents sont là avec un
bidon Thermos … trop gros pour le porte-bidon. Nous faisons
encore la minute de
silence pour la protection du voyageur. Je passe au centre culturel
prendre les
pneus qui sont enfin arrivés : c’est des
175 Schwable City totalement
inadaptés au type de route que je dois prendre, je suis
furieux et je téléphone
à Laurent de Torch’VTT qui en prend plein la
tronche à 5 heure du matin, la
commande au magasin de Cycles de Lyon est mal passée... Je
fais le plein d’
argent dans une banque car la carte bleue n’a aucune valeur
en Russie,
« ici on n’aime pas l’argent en
plastique… », je pars vers 15 h. Je
dors le soir sous la tente avec les fourmis. J’ai
monté le nouveau pneu à
l’avant, je garde l’autre en réserve. Je
laisse le Marathon abîmé et une
chambre à air à Lilia, qui n’en fera
pas grand chose. PGB me téléphone que
l’autre colis (avec les bon pneus) sera
expédié à UFA juste avant
l’Oural …
Jeudi 22 mai – Jour 68 –
NOWHERE – KOSTENEVO (100 km)
Vent de face et parfois pluie.
Je
m’arrête le soir dans un hôpital de
campagne. Rifat, le chirurgien et Damien
l’adjoint ont des mines pas catholiques. L’ hopital
est dans un état
déplorable, des poules picorent dans les couloirs et des
vaches broutent
paisiblement sous les fenètres des malades. La femme de
Rifat qui semble très
malheureuse prépare le diner. On boit beaucoup de vodka, je
me rends vite
compte aux sollicitudes de Damien qu’il est homosexuel, Rifat
peut-ètre
aussi...Ils me proposent un bania (sauna rustique à la
russe) après le repas,
je sens l’entourloupe…Le bania n’est
même pas chauffé, je leur dis que la
comédie est terminée et ils se rhabillent
piteusement. Je ferme à clé ma
chambre et je m’endors comme une masse.
Vendredi 23 mai – Jour 69 : KOSTENEVO – CHELNY (80 km)

Les deux compères
partent dès 6 heures
à Kazan où se déroule un important
congrès de mèdecine… Je suis tellement
mal
fichu que je prends une gamelle au bout de 2 km. La vodka
était peut-ètre
frelatée ?
Je m’arrête
dans un café et on me pique
mon couteau suisse ! Arrêt encore pour faire une
sieste en retrait de la
route, je suis réveillé par des enfants qui
m’entourent, leur car vient de
s’arrèter à ma hauteur. Je leur raconte
mon voyage avec la carte, la maitresse
est ravie de ce cours de géographie imprévu.
J’arrive à
Chelny vers 16 h et je
téléphone à Lilia (pas la
même) à la mairie. Une voiture me dirige
jusqu’à la
mairie, il y a la TV à mon arrivée, le reportage
passera 2 heures plus tard aux
infos régionales. Je rencontre le responsable de
l’enseignement à la Mairie et
une directrice d’école qui m’invite pour
le lendemain. On m’installe à
l’hôtel
avec le vélo dans la chambre d’une des gardiennes
qui le veillera toute la
nuit. André, professeur de physique, me rejoint avec Lilia.
Le soir, on va chez
Nadejda qui m’offre le couteau de son mari, mort dans un
accident de plongée.
On parle de l’éducation sous le régime
communiste, elle me raconte qu’elle
pleurait souvent en rentrant chez elle le soir en imaginant
qu’elle aurait pu
naitre dans un autre pays que la Russie, les Etats unis auraient
été bien sûr
le comble de l’ horreur ! .
Samedi
24 mai – Jour 70 : CHELNY – POSEVO (80 km)
En route pour
l’école dès 8h30 du
matin. Tous les élèves, filles et
garçons, sont en costumes tatares sagement
assis dans la grande salle de l’école, ils sont au
moins 200. Je ne peux
m’imaginer qu’ils ne sont au courant de ma venue
que depuis hier soir 19H,
serions nous capables d’une telle réaction dans
une école française ?:
Les questions fusent, Lilia fait
la
traduction :
-
pourquoi
voyages-tu en vélo ?
-
Comment
trouves-tu Chelny ?
-
Comment
c’est la France ?
Retour à
l’hôtel pour tout empaqueter …
Départ vers 14h après la minute de silence. Le
soir, je mets la tente au bord
de la route, avec quelques branches en guise de camouflage.
Dimanche
25 mai – Jour 71 : POISEVO – DYURTYULI
(100 km)
Je m’arrête
à midi près d’un petit lac,
premier bain du voyage . Je commence à filtrer
l’eau. Le soir, je m’arrête
très tard dans une fabrique de briques. Je partage le repas
des gardiens, puis
je dors très mal dans le bureau des gardiens à
cause des mouches.
Lundi
26 mai – Jour 72 : DYURTYULI – UFA (130 km)
Départ à
6h car la fabrique ouvre de
très bonne heure. Je m’arrête un peu
plus loin pour me laver et prendre le
petit déjeuner. Il pleut un peu. Bonne partie de manivelles
jusqu’à UFA où
j’arrive vers 16 h. Je trouve l’appartement de
Youri (le premier contact
Internet établi en Russie) facilement mais il n’ y
a personne. Je vois un
message DHL sur la porte, je lis : le colis DHL est
arrivé de Moscou à 11h20.
Le bureau DHL est à côté car je vois
les voitures avec le Logo, ils me donnent
le colis contre un signature !…Les Michelin sont
des 175 (sacré Laurent)
mais ils sont larges, je les monte dans la cour de l’immeuble
avec 20 enfants
autour de moi, on m’apporte du café …
Youri arrive vers 20h, tout
surpris de
me voir là avec 1 jour d’avance. Liubov sa femme
et son fils Vitaly sont là
aussi. On monte le tout dans l’appartement au 4ème
étage.
Mardi
27 mai – J 73 : UFA
Je vais chez RMC, la radio
locale, avec
Youri. L’ après-midi, Victor, son père,
me fait visiter la ville en tramway et
on passe prendre le café chez son copain.
Mercredi
28 mai – J 74 : UFA – UFA (0 km)
Je nettoie le vélo le
matin, lessive,
sieste et courrier puis je vais acheter une canne à
pêche, que je n’utiliserai
jamais. On discute le soir longuement avec Youri sur son balcon en
fumant des
cigarettes : pour lui la Russie c’est l’
« Absurdistan ». Il
gagne 1200 F par mois comme informaticien, il a essayé
d’ arrondir ses fins de
mois en vendant des Paint Ball mais c’est pas son truc, lui
le scientifique
dans l’ âme.
Jeudi
29 mai – Jour 75 : UFA – ASHA (100 km)
Victor vient pour le
départ, il veut
que j’aille au journal : Interview en
règle et photos. Je vois que Youri
est content.
La sortie de
UFA est laborieuse car les indications de Youri étaient
très approximatives.
Une voiture s’arrête sur le bord de la route, deux
types sympas me propose à
manger et à boire. Quelques minutes après, je
vois arriver en face un vélo
lourdement chargé qui zigzague un peu à faible
vitesse : Fergus, un
américain de 65 ans, vivant au japon arrive de Vladivostok
avec son attirail
pas très catholique : tout est accroché
au petit bonheur sur son vélo,
bidons, bouteilles etc…il doit en perdre des choses en
chemin. Il a mis des
genouillères en plastique car il prend de nombreuses
gamelles et ses genoux
sont en piteux état, ça doit pas ètre
très confortable pour pédaler !
Surprise, un troisième cycliste arrive lui aussi de
l’ Est, Alexander est russe
et vient de Chelyabinsk, il va à Istanbul puis à
Jérusalem. Fergus, lui va à
Londres et moi je vais à Brest en faisant un grand
détour. C’est quand même
incroyable que l’on se retrouve tous les 3 au même
moment sur la Trans
sibérienne.
Fergus est très
fatigué, « certains
soirs je n’arrive même pas à
parler » me souffle-t-il. Photos, vodka et on
se sépare : chacun sa route, chacun son
chemin..comme dans la chanson.
Le soir, je
m’arrête dans un motel, on
m’offre une chambre, je discute avec des routiers grecs
(sympas) qui
connaissent bien la route, il va falloir voir faire gaffe entre Omsk et
Novosibirsk, la route est mauvaise et il y a la mafia. Les Kamars (gros
moustiques) attaquent le soir mais c’est supportable.
Vendredi
30 mai – Jour 76 : ASHA – YURYZAN (110 km)
(OURAL)
Le temps est frais et pluvieux.
C’est
les montagnes russes mais ça passe bien en 26 x 23.
L’oural est en fait 3
chaines parallèles de montagnes pas très hautes.
Sous la pluie, la chaîne se met
à sauter sur les pignons arrières,
c’est très désagréable
surtout en côte à
faible vitesse où je risque la chute par manque de vitesse.
Arrêt à
midi dans un café sympa, on
mange bien pour 6 frs. Le soir, je galère pour trouver une
place pour la tente.
J’atterris chez le vieux Bovadia, sourd comme un pot. Il
écaille des petits
poissons qu’il a pèchés
aujourd’hui
mais je vois qu’il est très pauvre et
qu’il a faim. Je lui donne le
gateau de Youri et des cigarettes. Je mets le vélo dans la
chambre et prends le
lit de sa femme, morte probablement depuis peu. Je dors super bien, le
matin à
8h, il n’a pas encore bougé, je me demande
s’il n’est pas mort durant la nuit.
Mais non, il se met à tousser … On partage le
petit déjeuner, je fais une
omelette et du café : on se donne beaucoup de
poignées de main, Bovadia
est heureux de ma visite, moi aussi …
Samedi
31 mai – Jour 77 : YURYUZAN – ZLATOUST
(100 km)
Il fait super beau et pas de
moustiques ! Je pédale en collant court,
l’Oural me rappelle l’Auvergne et
les entraînements de l’été
dernier. En russie tout est collectif, on travaille
en groupe dans les champs et les forêts. On est toujours deux
dans les camions,
souvent une femme profite aussi du voyage pour découvrir le
pays.
Le soir, je campe dans la
forêt, quel
bonheur de ne plus ètre harceler par les moustiques, ils ne
doivent pas aimer
l’altitude..
Dimanche
1er juin – Jour 78 : ZLATOUST
– CHEBARKUL (70 km)
Il fait super beau.
J’ai envie de
flemmarder, c’est Dimanche. Un groupe de jeunes
m’offre un super petit déjeuner
dans un café. Vers 14h, je m’arrête
près d’un lac. Je discute avec 3 GAÏ
(policiers) en week-end avec leurs copines. Ils gagnent 100$ / mois,
c’est dur
mais parfois la corruption permet d’arrondir les fins de mois.
J’en ai marre de me
cacher la nuit, par
provocation je campe en terrain découvert à
l’entrée de la ville tout près
d’un
sentier très fréquenté. Des dizaines
de personnes vont passer à quelques mètres
de ma tente sans m’importuner. Je ne comprends pas les
avertissements de la
Police me disant que je risque ma vie tous les jours et que je
n’arriverai pas
au bout.
Lundi
2 juin – Jour 79 – CHEBARKUL –
CHELYABINSK (90 km)
Il fait encore très
beau, la route est
bonne.
A 30 km de Chelyabinsk, je vois
un
cycliste qui vient en face, c’est Alexander Yalovets mon
contact Internet qui
vient à ma rencontre ! 5 minutes plus tard, on se
ratait. On rentre plein
pot sur Chelyabinsk en longeant le lac réservoir, les gens
se baignent, c’est
l’été. Alexander est prof de physique
alors que sa femme Nathalia est sous-recteur de
l’Université, ils ont un
très bel appartement. Alexander me propose de mettre Magic
dans son garage, je
refuse de m’en séparer, finalement il trouvera
place sur le balcon. Alexander
comprend que je ne peux prendre aucun risque, perdre Magic
équivaut à la fin du
voyage.
Mardi
3 juin – Jour 80 - CHELYABINSK (0 km)
Je vais à
l’Université pour envoyer des
messages Internet en france. Le patron de la physique est
très sympa, son fils
parle très bien anglais, on visite la ville en voiture. La
fabrique de chars
orgeuil de la ville sous le régime communiste est maintenant
convertie en
fabrique de tracteurs. Beaucoup d’usines sont
sinistrées, il n’ y a plus de
travail, les employés sont payés en troc et
vendent toute sorte de produits sur
les marchés
Vers 18h, on part en voiture
à la
Datcha de Vasily, on prend un bania en se fouettant
généreusement avec des
branches de peupliers, c’est bon pour la circulation, nous
sommes rouges comme
des écrevisses. On ouvre une bonne bouteille de vodka avant
de diner
copieusement.
Retour à Chelyabinsk
en voiture. Je
fais des courses et me fait couper les cheveux chez une coiffeuse amie
de
Vasily. Sur la route du départ, je passe à
l’Université pour un interview à
leur TV. Alexander m’accompagne en vélo
jusqu’à la sortie de la ville. Il fait
toujours beau.
Le soir, je sors de la route
vers un
village à 1km. La famille Bodrov m’accueille. Le
père Alexis est désabusé par
la politique de son pays. Son fils Sacha conduit des tramways
à Chelyabinsk. Je
dors dans la chambre commune après un bon bania.
Jeudi
5 juin – Jour 82 : KURGANSKAYA – LUKOAMY (
120 km)
« le trou
noir », je n’ai
rien noté et donc tout oublié.
Vendredi
6 juin – Jour 83 : LUKOAMY – VARGASHI (102
km)
Temps chaud. Belle route. Le
soir,
rencontre avec l’adjoint du procureur qui ne me
paraît pas très net. Le chef
des Gaï de la ville Alexander GOLOLOBOV, vient me chercher
pour aller chez lui.
Sa maison est luxueuse, il doit bien nager dans la corruption. Il me
raconte
qu’un polonais s’est fait tué pour son
4X4 rutilant il y a quelques mois, ils
ne me tueront quand même pas pour un
vélo ?
Samedi
7 juin – Jour 84 : VARGASHI – MAKUSHINO
(100 km)
Une voiture de police
m’ escorte
jusqu’à la sortie du territoire. Alexander ne veut
pas d’ennui chez lui, je me
rends compte que je dois ètre réellement en
danger et que les avertissements de
la Police sont sérieux.
Je longe un lac, des oiseaux
viennent
voler au-dessus de ma tète et repartent en piallant,
c’est féérique. Je
m’arrète prendre un bain, l’eau est
très bonne.
Soirée
très sympa avec Alexis
Volosnikov et ses potes (bières, canettes
françaises, …). Je campe dans le
jardin après l’incontournable bania.
Dimanche
8 juin – Jour 85 : MAKUSHINO – MAMLYUTKA (KAZAGSTAN)
(102 km)
La frontière du
Kazagstan est une
simple formalité. Il fait très chaud, mon
thermomètre indique plus de 35°. Je
campe dans une cour de ferme après avoir demandé
l’autorisation à la
propriétaire, je suis entouré de gamins curieux.
Je suis un peu
fatigué, au physique
comme au moral. C’est drôle mais j’ai une
sensation particulière le dimanche,
comme si le fait de pédaler aussi ce jour là me
privait d’un repos mérité, en
France je serais probablement pendu à mon parachute.
Un
Gaî arrive et me dit que c’est dangereux de rester
là,
que des bandits peuvent arriver à tout moment et mettre le
feu à ma tente avec
un peu d’essence. Il me demande de le suivre chez lui, donc
de tout démonter.
J’en ai marre, marre, marre de cette
insécurité ! Peut-être est-il
jaloux
que je ne sois pas chez lui, il a l’air de se prendre pour le
sherif du
secteur. Panique : 5 personnes prennent mes
différentes sacoches et en
route à pied pour sa maison qui est à 500
mètres environ. J’ai l’impression que
je ne maîtrise plus rien et qu’ils vont partir avec
mes bagages, je pousse
Magic fermement , au moins lui ils ne l’auront pas !
Je suis rassuré en
arrivant chez lui, sa femme respire la gentillesse. Je refuse de boire
plus d’
un verre de vodka, on écoute des cassettes de musique et on
passe à table. Je
suis mort de fatigue, exténué par le stress de
cette journée.
Lundi
9 juin – Jour 86 : MAMLYUTKA – POLUDINO
(100 km)
La température a
baissé d’environ 15°
d’un coup car le vent est passé au Nord et
ramène l’air froid. J’évite
Petropavlosk, la route est très bonne et le moral revient.
La pluie aussi
d’ailleurs … Je suis invité le soir
chez « Andréi » avec
sa gueule
d’acteur US, on ne se parle pas beaucoup mais on se comprend
quand même.
Mardi
10 juin – Jour 87 : POLUDINO – BOEBOE (100
km)
Je suis fatigué, la
température est
basse (15°) et le vent toujours défavorable. Je
téléphone à Monique.
Ca doit se ressentir que ca ne
va pas
très fort avec ces sacrés problèmes de
sécurité.
Après 50 km, je
repassage en Russie. A
un café, une femme jette carrément un
type bourré par les escaliers,
bonjour l’ambiance. Je vire à droite sur Boeboe,
petit repas dans une famille
sympa qui me dit qu’il y a un français dans le
village. On va chez Alexis, il a
passé ses 25 premières années en
France dans le Sud-Est, puis à rejoint la
Russie pour être professeur de francais. On parle de beaucoup
de choses :
il est un peu désabusé par ses
compatriotes : les dirigeants sont toujours
d’anciens communistes, les russes sont plutôt
fainéants et pas économes ;
il me parle des gaspillages de la période communiste (le
pain dans les
poubelles, l’essence utilisée pour laver les
tracteurs), le manque de
responsabilité.. .
Il est quand même
confiant dans
l’avenir de la Russie. Il vit sur son lopin de
terre : 4 cochons,
quelques poules et des lapins. Problème : sa femme
ne veut pas que je
reste passer la nuit car elle a peur de moi. Partir à 10h du
soir !, je
lui fait comprendre que c’est inadmissible de sa
part ! Il trouve une solution
chez Andrei, pauvre bougre de voisin qui clope toute la
journée en regardant la
télé. Je dors bien quand même
malgré les cris sinistres des corbeaux et les
aboiements des chiens !
Le lendemain, ça va
mieux, sa femme me
demande des excuses. Pour elle aussi, la peur disparaît avec
le lever du
soleil. Le contexte d’insécurité est
très fort, des portes blindées partout,
des énormes cadenas, des chiens près à
vous dévorer...
Mercredi
11 juin – Jour 88 : BOBOE – MARIANOVKA
(105 km)
Le rallye PARIS –
PEKIN des vieilles
voitures prend le même chemin ! … Beau
temps. Je prends un bain dans une
rivière. Le soir je suis encore invité dans une
famille.
Jeudi
12 juin – Jour 89 : MARIANOVKA – OMSK (75
km)
Très beau temps. Bon
petit déjeuner
avec des Arméniens.
Je rencontre 2 groupes de
cyclistes qui
s’entraînent. Jenna, triathlète,
m’accompagne sur 10
km avec son entraîneur.
Une voiture me guide
jusqu’à
l’Université où je trouve la toute
petite chambre d’Alexandra Turquin et de sa
« copine » Katia. On se balade le
long du fleuve Irtish et je
téléphone à Léonid, un
contact internet de Omsk. Rendez vous est pris pour un
peu plus tard. William look US sympa arrive, il est champion cycliste
vétéran,
il m’a trouvé un appartement à
l’académie des sports. Je mange chez lui le
soir.
Vendredi
13 juin – Jour 90 – OMSK (0 km)
Leonid passe me prendre avec
Pavel son
chauffeur. On va à l’université pour
Internet et interview TV. On visite la
ville en voiture, c’est fou le nombre d’usines qui
ont fermé : moteur
d’avions, fusées, électronique en tout
genre. Bouffe (frugale) chez Leonid et
bania avec piscine à l’académie des
Sports.
Samedi
14 juin – Jour 91 : OMSK (0 km)
Matin : courses et
nettoyage du
vélo ; une séance de massage
m’est ensuite offerte avec le masseur des
nageurs. William vient me prendre vers 14H et on va au Musée
avec l’ami de son
fils William Junior. Repas chez lui le soir et on regarde les albums
photos. Je
ne vois pas bien comment William peut vivre à ce standing
avec sa seule
pension.
Dimanche
15 juin – Jour 92 : OMSK – KALACHINSKY (95
km)
William m’accompagne
à vélo sur 30 km,
il fait super beau pour rouler : 20° et pas de vent.
Le soir, je m’arrête
chez Vitaly, sa femme Vina et son fils Victor infirme. Les voisines
parlent
anglais, on discute politique … La ferme de Vitaly (2 vaches
/ 1 cochon / 10
poules et 1 cheval) ressemble aus fermes bretonnes il y a 40 ans et
plus.
Victor est surprenant d’érudition :
Jospin est 1er ministre …
Lundi
16 juin – Jour 93 - KALACHINSKY – TATARSK (95 km)
La route goudronnée
(asphalt dit-on
ici) s’arrète à partir de Verouka, mais
la terre de la piste est dure et bien
sèche. Il fait chaud (35°) et c’est pas
facile de trouver de l’eau. Le soir,
baignade dans une carrière où je rencontre
Serguei, technicien sur la route
stratégique, il m’invite dans leur roulotte avec
Alexandre, Nina et les autres.
Le soir, bonjour les moustiques, la vodka va bon train, ils prennent
deux
cuites dans la soirée : la première vers
18H, la seconde vers minuit. Ils
travaillent dans une énorme centrale de béton
toute proche, l’objectif est de
terminer la route transsibérienne de Moscou à
Vladivostok mais l’argent manque
et les travaux n’avancent pas (ritournelle russe…)
Mardi
17 juin – Jour 94 – TATRASK –
75°22 (110 km)
La route en béton est
superbe mais
complètement isolée. Je vois au loin 2 cavaliers
qui galopent parallèlement à
la route, ils se rapprochent progressivement, c’esr ce
qu’on appelle en
aéronautique une trajectoire
d’interception…Ils sont bientôt
à ma hauteur mais
en contrebas de la route qui est surélevée de 3
mètres environ (sûrement pour
faciliter le dégagement de la neige en hiver). Je continue
de pédaler, soudain
ils bondissent sur la chaussée et mettent leur cheval en
travers : je
freine, interception réussie ! je me sens dans un
western de série B, ils
ont une sale tronche et ne regardent que mes sacoches :
évaluation du
butin…Je reste calme et souriant, le chef regarde ma montre
du haut de sa
monture (je suis bras nus) et tapote son poignet (ça veut
dire : donne là
moi !), je lui dit : « Ah
ok ! It’s 3 PM » (Ah
bien ! il est 15 heures) et dans un grand éclat de
rire, je pousse Magic
entre les 2 chevaux. Je remonte sur mon vélo et je repars
calmement en lorgnant
dans mon rétroviseur : ils discutent
entr’eux, tout va se jouer là, ils
n’auront aucun mal à me rattraper, les chevaux
trépignent et… ils font
demi-tour. Ouf, je crie de joie et je tapote le guidon :
« Merci
Magic » ! Je suis convaincu que je
m’en sors grace au vélo, ils ont
sûrement compris que je viens de loin et que tout ce que
j’ai m’est
indispensable, on peut ètre un voleur sans ètre
une crapule. En tout cas, ceci
restera ma version. Je n’ai pas eu besoin de sortir la lettre
en russe que j’ai
sur moi pour ce type de rencontre.
Bientôt le
béton s’arrète et je
retrouve une piste bien damée tout à fait
praticable. Il fait froid (10 à 15 °
C) et des averses. Je campe en retrait de la piste à
découvert en pleine
prairie car les moustiques sont
insupportables dans les bois. Cette fois, je fais une prière
du soir ! Il
pleut presque toute la nuit, je récupère plus
d’un litre d’eau sur la bâche que
j’avais disposée en cuvette !
Mercredi
18 juin – Jour 95 – 75°22 –
KOSHURA (140 km)
La piste est toujours bien
damée et pas
trop détrempée, c’est malgré
tout glissant et je change mes chaussures de vélo
contre mes chaussures de marche : je ne veux pas rester
coincé dans les
pédales automatiques. Les chutes avec un vélo
chargé sont toujours plus
dangereuses car on tombe plus lourdement. Je retrouve le
béton après 40 km.
L’hospitalité ce soir ne marchera pas, il va
falloir affronter les moustiques.
Je quitte la route pour une piste toute fraîche faite pas des
passages récents
de camions qui vont réfaire le ballast de la ligne de
chemin. Je suis assailli
de moustiques, j’en mange même quelques uns car ils
se mettent sur ma tartine,
ils doivent ètre affamés. Heureusement mon
pantalon de survètement à double
épaisseur me protège les jambes. Je mets de la
crème anti-moustique sur les
bras et le visage. Une fois sous la tente ca va mieux, mais il faut
abattre à
coup de serviette les 3 ou 4 intrépides qui ont
réussi à rentrer. Je veux
écouter de la musique mais le radio-casette ne marche
plus…Mauvaise
soirée !
Jeudi
19 juin – Jour 96 : KOSHURA – KOKOCHINO
(100 km)
Beau temps, vent favorable. Le
revêtement sur le béton est moyen, les dalles sont
irrégulières, ça fait comme
le train : ta ga dac, ta ga dac ! Je trouve la ville
de Kokochino au
GPS, je téléphone à Vitaly
à Novosibirsk et à Maman à
Keryaouel :Tante
Jean Louise ne va pas bien. Attroupement pour
l’hébergement du soir.
Finalement, Antonida m’invite et me prépare un
bania dans sa petite Datcha. Le
lendemain matin, petit déjeuner à la russe. Le
transsibérien passe tout près en
faisant vibrer le sol.
Vendredi
20 juin – Jour 97 : KOKOCHINO – KOCHENOVO
(110 km)
Beau temps mais vent
défavorable,
moyenne 15 km/h. La route est bonne. Je fais la popote à
midi car il n’ y a pas
de cafés / resto sur la route. Le soir, difficile de se
faire inviter, je
trouve une famille sympa au 2ème
essai...
Samedi
21 juin – Jour 98 : KOCHENOVO –
NOVOSIBIRSK (80 km)
Beau temps, pas de vent. Je
flâne car
Novosibirsk est proche et j’avais prévenu Vitaly
(contact Internet) que
j’arrivais le soir. En fait Vitaly habite à
Academgorodok à 20 km au sud de la
ville, c’est la « Silicon
valley » de Russie, Vitaly est un grand
physicien (pas par la taille !) des Plasma. Il
m’avait donné les
coordonnées précises (Latitude/Longitude) de son
appartement par Internet et je
les avais rentrées dans le GPS. Alors que je
pédale en somnolant, le GPS
sonne ! je lis « Vitaly house in 5
minutes » et la flèche
m’indique de tourner à 90° à
gauche. Je ne vois pas de route, mais un petit
chemin qui passe sous le remblai d’une voie
ferrée. J’obéis au GPS et
j’arrive devant
plusieurs immeubles, je continue à suivre le GPS :
100 m, 50 m , je
m’arrète à zéro.
J’attends 1 minute et j’entends
« Hello
Francois ? » c’est
Vitaly !
On va avec la Jiguly (
C’est la 4L
russe) de Vitaly dans la datcha de Lidia et Pavel, la route pour y
arriver est
à peine carrossable. Bania, apéritif, diner..je
commence à avoir l’habitude.
Dimanche
22 juin : Jour 100 : NOVOSIBIRSK (0 km)
Journée Internet dans
le bureau de
Vitaly à l’Académie des Sciences, puis
visite du grand barrage hydroélectrique.
Soirée avec un ami baroudeur qui est stupéfait
par la légèreté et la
qualité de
mon matériel : tente de 1.8 kg….La
technologie russe leur permet d’ètre
les pionniers de l’espace et de faire les meilleurs avions de
chasse du monde,
mais ils n’arrivent toujours à faire des
équipements de loisirs et de ménage à
la hauteur, question de culture sûrement.
100 jours :
le compteur
indique 7800 km, facile de calculer la moyenne !
Lundi
23 juin – Jour 101 : NOVOSIBIRSK (0 km)
On va à la Maison de
la Radio pour une
interview. Vitaly conduit très mal en ville, on peut
ètre un grand savant sans
ètre un « manuel ».
L’ après-midi, je nettoie le vélo et
les axes
de roues avec
Pavel. Le soir, réunion
très intéressante avec les femmes des chercheurs
de Academgorodok.
Mardi
24 juin – Jour 102 : NOVOSIBIRSK – SECRET
PLANT (70 km)
Vitaly m’accompagne
(bien) jusqu’à la
sortie de la ville.
Il vient de
faire
demi-tour lorsque j'entends le bruit caractéristique d'un
hélicoptère qui lutte
avec l'altitude. Réflexe de parachutiste, je le suis des
yeux et ne tarde pas à
voir 4 petits points noirs en chute libre, les parachutes sont vite
ouverts et un "canop" à 4 prend forme. Je
rèvais de faire un
saut en Russie, voilà l'occasion. Je quitte la
trans-sibérienne pour me
diriger vers la zone de posé des parachutistes, c'est loin!
sur ma carte US au
1/2000000 je vois un aerodrome "North East N°663", une base
militaire
probablement ...Il n'est pas facile de rejoindre un point
estimé à
l'horizon par la route, car elle ne suit jamais la direction voulue et
il faut
donc "intégrer" les changements obligés de
direction. Je demande
plusieurs fois "aerodrroom?" mais on fait semblant de ne pas
connaitre, bizarre.. Je trouve finalement une longue palissade de
barbelés,
c'est la Base! je la longe sur au moins 2 km et tombe sur une
guérite au
milieu de nulle part avec un jeune soldat qui fait sa sieste. J' y vais
au
culot, je sort ma licence de parachutiste avec le liseré
bleu/blanc/rouge
en haut à gauche, ça jette! "Moi Fransouz
parachutist, competition dans
aerodrom", il voit et reconnait le drapeau français sur le
vélo. Il
prend le téléphone, "Bon c'est cuit" me
dis-je! Miracle, il
entrouve une porte de barbelés qui couine de
stupeur et me fait signe de
rentrer sur la Base en me montrant au loin les installations!
Incroyable, je remonte
à
vélo une sorte de taxiway latéral sur
au moins 2 km, la piste est
énorrme! 200 m de large? elle va jusqu'à
l'horizon. Bientôt j'apercois
des chasseurs Sukhoy et des bombardiers
lourds alignés sur les parkings,
je passe tout près... ai-je le droit de regarder? Je me
dirige vers un petit
batiment plus coquet que les autres avec une large baie
vitrée, un type me
voit de l'intérieur et fait signe à ses potes, il
doit leur dire "Eh les
gars? regardez là dehors, une apparition.." Il sort, c'est
un pilote en
combinaison de vol, il me dit en regardant le
drapeau "Normandie Niemen? Bienvenue!" et m'invite
à
rentrer. Je suis dans le mess des pilotes d'essais d' une base
russe ultra
secrète. Ils sont éberlués par mon
périple à vélo (surtout par l'
état
impeccable de Magic après 7900 km!) et m'invitent
à prendre d'abord un
bain dans leur piscine chauffée.
Je peux
sauter en parachute? "Da Da pas de problèmes",
combien ça coute?
éclat de rire général. Il est 16 h, on
prévoit un saut de MI-8 vers 17h avec la
SMPS locale, on sera 5 pour un petit VR je sens
qu'on va bien
rigoler! On me prète une belle combinaison kaki et
un "tout dans le
dos" de bon aloi, ca baigne! La préparation du saut est
minimale: altitude
3000 mètres, sortie en libre, étoile à
cinq, on admire la taîga, séparation à
1000 mètres et chacun pour soi!
Le MI-8 est en descente puis
se dirige vers le parking, kakoi? 5 minutes plus tard le verdict tombe:
problème de carburant (frelaté comme la vodka?),
cest fini pour aujourd'hui.
" François, si tu peux rester on sautera
demain?" me dit Slava,
tu parles que oui! j'ai tout mon temps
La
soirée sera
mémorable, Sacha un des meilleurs pilotes russes de
Sukhoy va faire les
courses et rentre les bras chargés de victuailles et de
vodka. On passe des
films de vols d'essai, vol supersonique à 20
mètres au-dessus de la taïga, je
leur parle des derniers simulateurs de vol de chez nous, on chante et
on boit
car une bouteille de vodka ne se rebouche pas. Puis on passe aux cours
d'aérodynamique, pour Sacha le Rafale à une
charge ailaire trop importante, il
ne fera pas le poids devant un Sukhoy 34. "Et le salut du Cobra? c'est
pour quand en France?" me demande Slava, " Laisse nous faire voler
nos avions en marche avant pour l'instant " que je lui dis,
déjà bien
bourré...J'ai ensuite l'honneur de partager le dortoir des
pilotes d'essais, eh
oui 20 lits en 2 rangs avec la photo des As de la base
à l'entrée. "
Francoaas, tu es le premier étranger à venir
dormir ici, tu ne le diras à
personne ?" Promis Sergueî, mais
aujourd'hui il y a
prescription!

Mercredi 25 juin – Jour 103 : SECRET PLANT – SILLOBALTA (90 km)

Mauvaise
nouvelle le lendemain matin: le problème d'essence est
résolu mais il n'y a pas
de pilote d'hélico disponible avant 16h ce soir. Je reste,
comme hier j'ai tout
mon temps!.
Yakos est
responsable de la sécurité des Pilotes
(sièges éjectables, parachutes,
équipements de survie...), il me fait visiter son labo et
son magasin. Une
éjection en pleine Sibérie par -40° en
hiver n'est pas une partie de plaisir,
il me montre tout ce dont dispose le pilote: petit tente, carabine, de
quoi
faire du feu, émetteur radio.... A midi, les pilotes
décident de m'emmener avec
eux à la cantine de la base et me donnent le
laissez -passer de l'un
d'entre eux. Durant le repas, je sens des yeux qui me
dévisagent: les agents
de securité de la base. De retour au mess, Yakos me
dit : " Tu as 10
minutes pour préparer tes affaires, on a la
Sécurité sur le dos et ils ne sont
pas contents..!". Et me voilà refaisant le taxiway en sens
inverse avec
une voiture devant et une voiture derrière, aucun pilote n'a
eu le droit de
m'accompagner. J'espère qu'il n' y aura pas de sanctions.
Pas de sauts en
parachute sur la Sibérie mais que
c'était chouette. Comment ai-je pu
rentrer dans cette base? Par la magie du voyage à
vélo! pas vrai
Magic?...
Ci -contre le
Sukhoy 34.
Je
m’arrète le soir
dans un village : acceuil dans une famille, bania,
diner…comme d’hab
quoi ! Ah qu’ils sont merveilleux ces
russes !
Jeudi
26 juin – Jour 103 : SILLOBALTA – OPARENO
(110 km)
Beau temps (20°C), vent
favorable.
Paysage vallonné.
Le soir, après une
liaison téléphonique
difficile avec Konstantin (un pote de Vitaly) à Kemerovo (le
directeur de la
Poste l’a fait ouvrir spécialement pour moi, car
la préposée était partie faire
sa lessive sans prévenir et pendant les heures
d’ouverture ! Je dors dans
une famille après une longue attente et un repas
frugal !
Vendredi
27 juin – Jour 104 : OPARENO –
KEMEROVO (80 km)
Pluie au réveil. Je
fais de la
mécanique jusqu’à 11h (intervertir les
pneus afin de soulager le pneu arrière
déjà très usé, puis
j’enfile le tout Gortex).
Arrivée à
Kemerovo toujours sous la
pluie … Je n’arrive pas à trouver
l’ adresse de Konstantin, finalement je donne
Rendez-vous à son fils par téléphone
au magasin Reebook qui m’offre un joli
bidon bleu/blanc/rouge et une paire de chausettes. On va à
l’Université,
acceuil chaleureux des secrétaires de Konstantin, le
vélo est remisé dans un
bureau qui ferme à clef, je fait un brin de toilette et
passe en costume de
ville dans le local des calculateurs … Konstantin arrive
enfin, il est très
fatigué mais content de sa réunion avec les
grands pontes à Novosibirsk, il me
fait penser à Raspoutine et à mon ami
norvégien Gérard Hilen. Puis on va à
l’appartement de Kendall qui est un américain de Lock Haven University,
chargé des échanges avec la Russie, les
deux secrétaires nous accompagnent, vodka et re vodka.
Samedi
28 juin – Jour 105 : KEMEROVO – POOR
VILLAGE (60 km)
Déjeuner avec
Konstantin et Kendall
(vraiment l’américain typique, j’avais
oublié qu’ils étaient tous
pareils !) à l’Université.
J’envoie un e-mail à Brest et je visite de la
ville avec Olga qui parle très bien français.
Kemerovo est une très belle ville
construite par les prisonniers allemands, très fleurie aux
immeubles bas et
bien colorés. La rivière sépare la
ville en deux. C’est le grand centre
houiller de la Russie.
Olga et son copain Pavel
m’accompagne
en voiture à la sortie de la ville. Il fait beau mais un
fort vent
contraire : ça monte dur, ça rappelle
les Vosges. Le soir, je monte la
tente auprès d’un maison en construction, un petit
gamin vient me tenir
compagnie.
Dimanche
29 juin – Jour 106 : POOR VILLAGE –
CHEBULA (100 km)
Super beau temps, beaux paysages
de
Taïga et bonnes côtes aussi. C’est
vraiment un régal de rouler, le
radio-cassette marche à nouveau (moteur
d’entrainement grippé). Le soir, je
galère à Chebula pour trouver
l’hospitalité. Mais ma présence a
été remarquée
et Valentina, journaliste en chef du journal local, me propose de
m’ héberger.
On sympathise vraiment avec son mari Alexis et ses deux fils Fred et
Vadim. Je
décide de rester le lendemain pour aller avec eux dans la
taïga.
Lundi
30 juin – Jour 107 : CHEBULA (0 km)
Partie de pêche et
bain sympa dans la
taîga. On fait la popote (patates et poisson que
l’on vient de pècher) comme
des trappeurs : un trou dans la terre pour le feu et trois
branches en
pyramide pour soutenir la grosse casserole ; Alexis a
trouvé le bon filon,
sa femme travaille et lui il chasse, pèche, se
ballade … Il a un tète de
méchant de Western mais il est super sympa.
Mardi
1er juillet – Jour 108 :
CHEBULA – ITATSKY (110 km)
Pluie intermittente. Relief
vallonné.
Accueil le soir dans une famille de mineurs.
Mercredi
2 juillet – Jour 109 : ITATSKY – ACHINSK
(130 km)
Pluie parfois. Accueil chanceux
chez
Anotoli et sa femme dans leur datcha en rénovation. Il
m’accueille comme un
extra-terrestre, mais ils savent ce dont j’ai
besoin : une grande bassine
d’eau pour me laver, un lit pour me reposer et pendant ce
temps là ils
préparent leur meilleur diner de
l’année et sortent les bonnes
bouteilles : vodka bien sûr et
…champagne ! Nous ne pouvons échanger
que quelques mots en russe mais grace aux photos, cartes que
j’ai sur moi, ils
sauront tout sur mon voyage, ma famille, mon métier, Brest
et la Bretagne…Son
fils Andrei arrive de Achinsk, il parle français mais le
charme est rompu car
on se saoule de mots…
Jeudi
3 juillet – Jour 110 : ACHINSK –
92°10 (110 km)
Toujours beau temps, belle
route.
Soirée et nuit chez Volodia dont la femme n’est
pas très contente, c’est
souvent comme ça car mon invitation est pour les hommes
l’occasion d’ouvrir une
bouteille de vodka, et en Russie une bouteille ouverte ne se referme
pas. Je
démarre la soirée avec de bonnes
résolutions « Tchou,
tchou » (juste
un petit peu) en expliquant que je dois pédaler le lendemain
mais je me fais
avoir à tous les coups et …je pédale
quand même. Je répare la béquille
cassée
et dort bien dans la chambre commune.
Vendredi
4 juillet – Jour 111 : 92°10 –
KRASNOYARSK (60 km)
Toujours beau
temps, j’arrive à Krasnoyarsk vers 13h,
attroupement autour de Magic au marché.
Pas facile de trouver l’appartement de Valentin, il
n’y a que sa fille Anne à
la maison, lui est parti avec Nicolaye son copain à ma
rencontre avec une
équipe de la TV. Finalement, la TV me filme au bas de
l’appartement. Le soir,
repas avec Anne, Valentin et sa femme Tamara qui est danseuse
classique. Le soir
on discute sur le balcon, Valentin me fait un cours sur l’
antropie , en fait
il cherche à m’expliquer que le
« bordel » russe est
naturel :
il faut laisser un jardin
en friche
(faire des allées droites c’est contrecarrer la
nature), je comprends pourquoi
les russes peignent en zigzague, pourquoi les interrupteurs sont
à des hauteurs
variables, pourquoi il y a des trous au hasard dans la
chaussée…
Samedi
5 juillet – Jour 112 : KRASNOYARSK (0 km)
On va dans la datcha de Nicolaye (qui conduit comme un fou !) après être passé à l’Université pour envoyer un e-mail. On visite l’énorme barrage hydro électrique qui a chamboulé le climat da la ville : le brassage de l’eau en profondeur fait par les turbines a eu 2 conséquences :
- En
hiver le fleuve ne gèle plus et comme l’air est
souvent à –30°, il se forme un
épais brouillard au-dessus de la ville, très
mauvais pour les bronches…
- En
été, l’eau reste à
5° alors qu’avant elle montait à
18°, donc plus de baignades
sur les rives du fleuves
Dimanche
6 juillet – Jour 113 : KRASNOYARSK (0 km)
Lever paresseux à
10h, puis sortie de
pêche sur les berges du majestueux Ienessei. On discute
encore beaucoup de la
Russie sur le balcon. Le soir, je montre la vidéo que
l’on a tourné dans la
taîga à Chebula. Les Sibériens adorent
la Sibérie, pour eux c’est le plus beau
pays du monde, la pluspart n’en ont pas vu
d’autres !
Lundi
7 juillet – Jour 114 : KRASNOYARSK - UYAR (120 km)
Rien noté donc rien
retenu !
Mardi
8 juillet – Jour 115 : UYAR – BOCSHAYA
URYA (110 km)
Beau temps, belle route. Le
soir, un
député de la ville trouve une maison pour me
loger, je retrouve
à la cuisine la belle-sœur que j’avais
vue en ville
précédemment, comme quoi les informations
circulent vite en Russie.
Mécanique :
je change la chaîne
qui a rendu l’âme et je modifie l’ordre
des pignons en mettant les plus usés
complètement à gauche (les initiés me
comprendront ?), je monte le 26
dents en plus du 23, car ça grimpe fort par ici.
Mercredi
9 juillet – Jour 116 : BOCSHAYA URYA –
TINSKAY (120 km)
Je viens de
m’arrèter sur la tombe d'un
équipage d'avion craché dans la forèt,
on voit encore les arbres décapités.
Soudain, le
"spoutnik" de
Vladimir me double dans un bruit
caractéristique : crouik, crouik, crouik... Ce
vélo vaut vraiment le détour :
guidon de triathlète fait maison avec 2 poignées
de freins pour la forme car vu
le jeu des roues ( 1 cm) les freins (à tirage central) sont
très écartés pour
ne pas frotter! Le cadre est peint multicouches comme les vieux
bâteaux : fond
doré et raccords rouges, on reconnait l'ordre des peintures
( à la russe
quoi !). Pas de double plateaux, 5 vitesses
derrière, Vladimir tire
toujours très long, en se déhenchant et en
contorsionnant le buste. D'ailleurs
il me dit: "Tu pédales trop vite
François" enfin
c'est ce que j'ai compris. De face, on dirait un boxeur à
l'attaque, ou un
buffle, au choix.

Vladimir a des
problèmes aux mains,
surtout à la gauche : 1 doigt manquant, 1 coupé
et 1 à 90°. J'ai beaucoup de problèmes
pour comprendre les chiffres qu'il me montre avec ses doigts car je ne
sais pas
s’il faut compté celui à 90° ou
pas.
Pour porter son attirail, Vladimir n'a qu'un porte-bagage
arrière pour la tente
et quelques fringues. La tente est toute en longueur d'où un
porte à faux
énorme qui rend l’ensemble super flexible :
Vladimir zigzague fortement à
faible vitesse ou plutôt il marsouine, ce serait efficace
dans l’eau mais ici
c’est une grosse dépense
d’énergie pour rien. Les côtes sont un
enfer car il n'a
pas de rapports courts et il ne peut pas se mettre en danseuse, les
sections
non asphaltées ont du être dantesques pour lui.
Habillement minimum : 1 cuissard court craignos (pas de peau de chamois
?), une
chemise et un Kway pour la pluie. Côté
pédales : des tennis mais pas de
cale-pieds.
Au premier arrêt, Vladimir me paie le café et
m'offre son couteau (imitation
suisse) qui me rappelle cruellemùent la perte du mien (en
fait je l'ai retrouvé
plus tard au fond de ma sacoche). Le matin, grosse pluie! Il faut
s'arrêter, on
se partage une pomme. Vladimir me dit : "Ton
vélo François, on
dirait un tank!". C'est vrai qu'il n'a pas dû
en voir beaucoup
des comme ça en Russie!
A
14h, restaurant et pelmeni puis ça repart. C'est pas mon
rythme, je dis salut à
Vladimir mais il me redépasse après un village
après ètre resté planqué en
attendant mon passage. On se paie une sacrée partie de
manivelles! J'essaie de
le larguer en danseuse en tirant très gros : il grimace mais
tient bon en
gueulant : "Normandie Niemen"! Ca fait
110 bornes
que l'on roule. Il est 19h et l'heure pour moi de trouver une maison.
Salut
Vladimir !
Vu Vu l'état
des routes rencontrées après, je
me demande comment il est passé, il a du beaucoup marcher et
sans doute prendre
un camion sur les parties non asphaltées.
Jeudi
10 juillet – Jour 117 : TINSKAY – TAYSHET
(80 km)
Portion de route très
mauvaise non
asphaltée, puis c’est la grosse douche avant
d’arriver sur Tayshet où je suis
invité in extremis. Le soir, on discute ferme sur la
technologie russe.
J’ installe matelat et
duvet dans une
grange aménagée.
Vendredi
11 juillet – Jour 118 : TAYSHET – ALZAMAY
(65 km)
Il est prévu
d’aller ramasser des
patates (Kartochka) au champ mais pas de chance la moto est en panne.
Je
reprends la route vers 11h, encore 20 km de piste en terre
« niet
asphalte » avec des côtes
supérieures à 12 %. Heureusement, il fait beau.
Le soir, petit hotel ( gatinitsa)
sympa
à Alzamay pour changer un peu.
9300 / 117 = 80 km
Samedi 12 juillet – Jour 119 :
ALZAMAY – UK (70 km)
Plus de 50 km de route non
asphaltée,
c’est parfois limite (pente supérieure
à 12 %, terre assez molle), mais je
passe partout sans mettre pied à terre grâce aux
26 dents. Le soir, j’atterris
dans une école : le gardien m’envoie voir
le Directeur qui parle français
(Nicolai Danilov), il m’invite à dîner
chez lui.
C’est un
écologiste accro. Il m’
explique les problèmes économiques de la Russie
par le faible nombre
d’habitants : la région de Irkutsk fait 2
fois le Japon en superficie pour
7 Millions d’ habitants comparés à 120
Millions de japonais …
Problèmes de
sécurité encore un
fois : comme ses voisins ne peuvent pas vivre avec leur
revenu, pour lui,
ils fauchent forcément Je lui demande gentiment de mettre
mon vélo dans le
garage…
Dimanche
13 juillet – Jour 120 : UK – KUDELANSKOYE
(90 km)
Alors que je regarde le
Transsibérien
qui me fait des coups de Klaxon avec le cheminot debout à
l’extérieur, je ne
vois un gros nid de poule: gamelle avec toute la sacoche qui vole sur
la
route : pneu
avant éclaté mais
appareil photo indemne (Merci Pentax) .
Je passe vois Alexis Rouskov
à
Nizhnendinsk, il est descendeur de rivière en cayak et
peintre reconnu en
Russie. Un ami journaliste de Danilov vient aussi et m’invite
chez lui pour
manger. Il me bassine encore sur la
sécurité :May be you are lucky !
(Tu dois avoir de la
chance !) voilà un discours qui rassure !
Le soir, je campe dos
à la route et
face au transsibérien, pas trop rassuré car trop
près de la route. Je peaufine
le camouflage avec quelques branches.
Lundi
14 juillet – Jour 121 : KUDELANSKOYE –
TULUN (90 km)
Marseillaise au
réveil en hissant le
drapeau, c’est le 14 Juillet !
Il pleut, je dois ramasser
mouillé. A
un embranchement, je suis
les conseils reçu la veille et je continue sur la belle
route, 5 km plus loin
c’est impraticable ! je dois faire demi-tour.
La vieille route est difficile
car
c’est très boueux et plein de nids de poule.
Pourcentage de 16 % au 26 x
26 ! le vélo se remplit de gadoue et les roues se
bloquent ; je le
lave 2 fois.
Les villages
traversés sont désolés et
désolants … de la gadoue partout.
Un hibou m’observe en vol puis un Antonov 2 me survole de très près, ca me rappelle le parachutisme.
Le soir gastinitza à
l’entrée de Tulun,
j’essaie en vain de téléphoner en
France, mais j’ai les 2 compères de Irkutsk
et j’annonce mon arrivée pour le 19, donc dans 5
jours . Il me reste 500 km
dont 30 non asphaltés.
Mardi
15 juillet – Jour 122 : TULUN – KUYTUN (75
km)
Encore de la mauvaise route,
mais sèche
cette fois. Le soir gastinitsa avec une bande de joyeux lurons venant
de
Irkutsk. Je téléphone à Keryaouel .
Mercredi
16 juillet – Jour 123 : KUYTUN
-
TYRET (106 km)
Les 10 derniers km de route non
asphaltée
avant Irkoutsk. Tyret semble une ville désolée et
la mine (je ne sais pas de
quoi ?) qui devait faire vivre toute la région
semble abandonnée.
J’atterris dans un magasin ou on s’empresse de me
nourrir puis c’est la
gastinitsa « Svettia ».
Jeudi
17 juillet – Jour 124 : TYRET - CHEREMKOVO (106 km)
Départ de bonne heure
en crevaison au
bout de 2 km, je mets le pneu de rechange à
l’avant. Méchant vent de face,
arrêt vers 14h au bord d’un lac pour manger et
baignade. Je fais 20 km de trop
autour de Cherenkovo ou je passe la nuit à la gastinitsa.
C’est ok pour 17h,
samedi avec Alexis à l’entrée de
Irkutsk. Un journaliste parlant anglais passe
…
Vendredi
18 juillet – Jour 125 : CHEREMKOVO
- USOLYET (70 km)
A 10h, TV et journalistes
arrivent
(toujours les mêmes questions). Je reçois fanions
et brochures sur la ville. Je
pars à 11h sous la pluie qui ne cessera pas avant Usolyet.
Comme prévu, le même
journaliste et la TV locale passe me voir à la gastinitsa le
soir, RdV est pris
pour le lendemain matin pour me prendre en vélo pour la TV.
Samedi
19 juillet – Jour 126 : USOLYET – IRKUTSK
(90 km)
Tout est fermé pour
le petit déjeuner
et j’ai faim, je pique une colère quand Victor le
journaliste arrive. Je lui
dis « NO FOOD, NO TV », pas de
Télé si je ne mange pas avant !
Il m’envoie dans un
restau où on me met
un super couvert dans la salle d’honneur : je bouffe
pelmemis, goulash,
vodka, etc.. je laisse l’addition à Victor. On
fait les photos + TV et je me
casse.
Il fait beau, je suis en avance,
je prends
un bain. Alexis et un pote m’attendent en VTT à
l’ entrée d’Irkutsk et
évidemment c’est à fond que
l’on rejoint son appartement. Il veut me montrer sa
classe en vélo mais moi je trimballe 45 kg, je serre les
dents, il n’arrivera
pas à me lacher.
Dîner sympa avec Irina
sa femme et
Gorcha le petit gamin de 9 mois. Un pote alpiniste passe nous voir dans la
soirée.
Dimanche
20 juillet – Jour 127 : IRKUTSK (0 km)
Je vais avec Alexis à
l’Université où
j’envoie un e-mail à Loîc pour le World
Tour Connexion puis je déménage dans
son nouvel appartement encore inhabité avec vélo
et bagages. Peu après, il me
fait une scène car il pense que je serai mieux chez ses
parents, je lui dis que
c’est bon. Ca à l’air
d’être vraiment un indécis.
Monique et Loïc
arrivent vers 23h après
un bon voyage avec un service à la russe dans
l’avion Moscou – Irkutsk. Il s
sont satisfaits du « confort » de
l’appartement, on mange assis par
terre dans la cuisine.
Lundi
21 – Jour 128 / Mardi 22 – Jour 129 / Mercredi 23
juillet – Jour 130 :
IRKUTSK (0 km)
Le lundi, je fais de la
mécanique
(plateau/chaîne/pignons/axe avant) avec Loïc.
C’est fait en quelques heures. La
roue arrière est donnée au VTT shop pour
être dévoilée, Alexis prend
l’axe de
la potence et la béquille pour un pote qui travaille
à l’usine aéronautique.
Le
mardi matin, nous sommes
réveillés par des tirs de
mitraillettes : le bâtiment d’en face est
encerclé par la police en gilet pareballes, on regarde
l’assaut pas la fenètre.
Une vieille dame s’avance avec ses commissions au milieu de
la fusillade, elle
doit ètre sourde… Soudain une grosse explosion et
puis plus rien, nous
apprendrons à la TV le soir que c’était
un repaire de gangsters et qu’ils ont
été volatilisés à la
grenade.
On visite la ville à
pied et on commence
à connaître les Ulitsa Bolsheskage, Karl Marx,
etc. On visite le musée à
côté
de l’obélisque et la maison des
Décembristes (pas moi) et les marchés. On
cherche en vain les belles maisons coquettes aux peinture multicolores.
Alexis passe au moins 1
fois/jour avec
sa mine de chien battu et les nouvelles ne sont pas souvent
bonnes ! Son
plan pour le Lac Baïkal semble foireux, on va chercher par
nous même en
téléphonant à Baïkal Complex qui nous
propose une excursion sur 3 jours.
Jeudi
24 juillet – Jour 131 – BAÏKAL –
LYSTVYANKA (0 km) – (BAÏKAL)
On part en bus vers 9h
à partir de
l’hôtel
« INTOURIST » avec Natacha de
Baïkal Complex, deux jeunes
allemands et le chauffeur du Toyota. Le paysage est
vallonné, nous suivons la
route de Michel Strogoff. Un musé de plein air dans la
forèt montre les
anciennes habitations puis nous sommes déposés
chez Luba et Vladimir, 3km avant
Lystvyanka. On monte en haut d’un point de vue pour voir le
lac et on se régale
le soir avec un délicieux poisson.
Vendredi
25 juillet – Jour 132 – NORTH VILLAGE (0 km) -
(BAÏKAL)
Vladimir avec son air
fatigué et sa
petit Jiguli nous conduit au port où on prend le Racketta (
hydroplaneur
rapide) pour le village.
Le père de Slava nous
conduit à la
maison de son fils où nous serons
hébergés.
Samedi
26 juillet – Jour 133 – VILLAGE BAÏKAL -
(BAÏKAL)
Nous faisons un tour en bateau
de 2h
avec Slava jusqu’à la mine d’or sur les
rivages du Baïcal. Nous voyons des
campeurs sur les berges, il fait très beau, malheureusement
l’eau reste à 5° et
il faut ètre très courageux pour se baigner...
Dimanche
27 juillet – Jour 134 : Retour IRKUTSK avec
journée à LYSTVYANKA – BAÏKAL)
Nous reprenons le Racketta le
matin
vers 10h et nous nous arrêtons à Lystvyanka pour
visiter l’observatoire solaire
d’où il y a une très belle vue sur le
lac, puis pique-nique sur la plage. On
remonte ensuite l’Angara dans un catamaran bondé.
Loïc et Monique discutent
avec un allemand qui travaille chez Renault.
Lundi
28 – Jour 135 / Mardi 29 juillet – Jour
136 : IRKUTSK (0 km)
Ballade en ville, cartes
postales,
visites d’Alex, préparation départ.
La réparation de la
béquille n’est pas
concluante et je réduis le jeu de la potence en conservant
l’ancienne.
Mercredi
30 juillet – Jour 137 : IRKUTSK –
STYDYANKA (120 km)
Alexis a réussi
à avoir un RdV avec la
TV à l’Obélisque. Loïc et
Monique sont dans la voiture, Irina et son fils sont
là aussi. Ce sont les adieux, nous nous reverrons
à Brest dans 7 mois si tout
va bien.
Je pars vers midi,
c’est très vallonné
et même parfois limite avec le 26. Je rencontre Serguei avec des Mongols
dans un resto, il me donne RdV à
Stydyanka vers 18h30/19h. La pluie ne s’arrète
pas, la distance est plus longue
que prévue, ça grimpe dur, je suis
fatigué et pense m’arrêter avec
Stydyanka …
J’y arrive à 20h30 mais Serguei est à
l’entrée de la ville en voiture ! Il
m’invite chez lui, je suis trempé et fourbu
… On mange bien et on chante
quelques chansons françaises avec Serguei à la
guitare.
Jeudi
31 juillet – Jour 138 : STYDYANKA –
BAIKAISK (30 km)
Après une visite de
la ville (où il n’y
a rien à voir) dans la voiture de Serguei, je pars vers 11h.
Vers 14H, je sors
de la route pour rejoindre une station balnéaire et je
rencontre Alec et sa
bande. Alec a la tète et le comportement du parfait mafieu,
il semble faire la
loi dans cette station ! Baignade, j’ai la flemme de
repartir, il me
propose un lit. Je ne suis pas très rassuré pour
mon vélo qui est rangé dans le
hangar des pêcheurs, Alec me dit qu’il n’
y a aucun risque… .
Vendredi
1er août – Jour
139 : BAÏKAISK – TANKHOY (86 km)
Ouf, mon vélo est
toujours là ! Je
pars vers 10h, la route est très vallonnée au
début et longe le lac puis c’est
plus plat mais on ne voit plus le lac. Je fais des photos avec
l’appareil
numérique fourni par la Ville de Brest. Le soir gastinitsa.
Samedi 2 août – Jour
140 : TANKHOY –
« BALNE » (98 km)
Beau temps, mais vent
modéré
défavorable. C’est encore assez
accidenté. Arrêt à 14h à
Babuskin où je suis
entouré par des jeunes alors que je mange sur une
jetée, guitare, vodka …tout
se passe bien.
Le soir, je bifurque vers une
station
balnéaire où je vais à
l’hôtel, il va falloir me réhabituer
à la tente après
cette période un peu trop cool. Impossible de joindre le
contact à Ulan Unde.
Dimanche
3 août – Jour 141 :
« BALNE » - TATOUROVO (80 km)
Beau temps, décor
plus plat à
l’embouchure de la Selenga. C’est la
période de la moisson. Je m’arrête
à un
étang pour manger et j’y laisse ma boite
à oeufs.
Le soir, je campe au bord de la
Selenga, les vaches m’entourent paisiblement le matin.
Lundi
4 août – Jour 142 : TATOUROVO –
ULAN UDE (100 km)
Ca
grimpe pour passer le
Khamar Duban, je croise une équipe de
théâtre italienne très folklorique dans
un vieux bus bleu bariolé, ils parcourent le monde de
représentations en
représentations! Il n’ y a personne à
l’adresse indiquée à Ulan Unde, au 6
Debraloubova Ulitsa. Je
quitte la ville décu, un gars sympa me propose
d’aller chez lui, 60 km plus
loin, dans sa voiture. Je refuse car je fais un Tour du Monde
à vélo, je camperais
près
d’une rivière.
Mardi
5 août – Jour 143 : ULAN UDE –
NOVOSELENGINSK (120 km)
Beau temps, beaux paysages vallonnés, on m’invite dans un café pour midi. Le gars d’hier me recroise, il sera chez lui à 20h, c’est trop tard pour moi, tchao. J’arrive dans cette ville minable sur le bord d’un lac vers 17h. J’essaie de téléphoner à Ulan Baatar : rien (ni Contard, ni Nichimeksaikan ne répondent), je téléphone à Brest : rien non plus mais je pense entendre la voie d’Erwan, ça coupe et on ne veut pas me redonner la ligne. Déjà une nuée de gamins entourent mon vélo, une dame me dit que ce n’est pas prudent et que je dois le surveiller.
Je vais au marché et déambule entre les étalages à cheval sur mon vélo, des gamins m’entourent encore avec des mains baladeuses.
Je m’apprête
à partir quand 4 gars de
20-22 ans, un peu ivres, m’accostent : ça
craint. Deux mangent une
pomme : je réalise qu’ elles viennent de
mon sac ! J’en arrête un au
moment où il prend mon guide de Mongolie : je
gueule et pars en trombe.
Deux filles de 12/13 ans arrivent en courant avec mon
portefeuille !
évidemment, plus d’argent (350 000 roubles de
perdus). Des femmes veulent
appeler la milice, les hommes eux sont impassibles et
m’auraient laisser me
faire dévaliser sans réagir. Comme je ne suis pas
en règle au niveau visa, je
préfère partir …
C’est de ma faute, je
n’aurais jamais
dû m’exhiber dans ce marché le
soir. Sur la route, 2 types en voiture
m’interceptent puis font demi-tour :
pourquoi ?, vont-ils en prévenir
d’autres ? Je trouve un endroit pas terrible pour
camper en contrebas de
la route, c’est plein de moustiques, je cherche le produit
anti-moustique : piqué aussi ! Je
prépare la bouffe et il se met à
pleuvoir très fort. Un type passe à moto devant
ma tente et s’arrète pour me
dévisager sans dire un mot ! c’est
vraiment la journée pourrie!
Je me sens
profondément blessé
moralement car mon objectif était de montrer que
l’on pouvait traverser la
Russie sans encombres. Je viens de faire 7000 km à
vélo dans ce pays et je me
fais agresser 100 km avant de passer la frontière
mongole ! Je sais que la
police russe me dirait : « Te plains pas,
tu as été très
chanceux ! »
Mercredi
6 août – Jour 144 : NOVOSELENGISK
– KYAKHTA (100 km)
Il pleut fort toute la nuit et
ça
repart après le petit déjeuner, mais je pars
quand mème.
Brume et plafond bas, je
n’ai plus de
roubles et rien à manger non plus: dans un village, on me
donne des cakes et de
l’eau. Le soleil revient, je fais tout sécher en
déballant le contenu des
sacoches. Kyakhta est une ville de garnison après avoir
été une riche ville
marchande (2 splendides cathédrales construites par les
marchands pour se faire
pardonner leurs turpitudes!). A la frontière, je donne mon
visa et attend sous
la pluie. On me dit qu’il faut ètre russe ou
Mongole pour passer la frontière
ici. Pour les autres c’est à Nauski à
40 km ! Ca sera donc pour demain, je
trouve une gatinitsa dans la ville car il pleut très fort,
j’ai pu changer
10$ ( 50000
roubles) et avoir un peu
d’essnce pour mon réchaud.
Jeudi
7 août – Jour 145 : KYAKHTA –
NAUSKI ( 40 km)
Je fais quelques courses et pars
vers
l’Ouest. C’est très
accidenté, mais beaux paysages et il fait beau,
ça redonne
le moral. A Nauski, je demande où est la
frontière : je prends un petit
chemin sablonneux ! … je ne tarde pas à
m’enliser, je pousse le vélo et je
tombe sur un groupe de jeunes soldats russes qui font une sieste sur un
char de
combat ? Ils me disent qu’il faut passer
la frontière à Kyakhta ! Nooonn,
j’en viens ! !
Ils m’accompagnent
à leur garnison en
chantant des chansons francaises, j’attends 1h pour me faire
dire qu’il faut
prendre le train car il n’ y a pas de route. A la gare je
trouve 3 tchèques
sympas parlant anglais : on met le vélo sur le quai
de la gare et j’achète
un billet pour Subhaatar à 20 km. Ca baigne …
jusqu’au contrôle du
passeport : le douanier voit que la date est
dépassée (de 3 semaines), je
dois retourner à Ulan-Unde à 230 km pour
régulariser ma situation. Je trouve un
endroit sûr pour Magic au sous-sol de la gare.
Vendredi
8 août – Jour 146 : ULAN –UDE
– NAUSKI - SUBHAATAR
Avec Davadorch, officier mongol
(malin), on prend le train à 2h du matin, il arrivera
à 8h30 à Ulan-Unde à 200
km ! A l’ OVIR (Organisme d’immigration
russe), je fais une lettre pour
expliquer mon cas et paie 2 amendes : 80 F pour visa
expiré et 40 F pour
itinéraire non conforme car je devais aller seulement
à St-Petersburg. Je m’en
tire bien ! Retour dare-dare avec des trafiquants sur Nauski
juste à temps
pour prendre le train après encore quelques frayeurs au
contrôle des passeports
car c’est une nouvelle proposée.
Le train met plus
d’une heure à faire
les 20 km mais le décor est très beau, petite
vallée encaissées, rivières. Le
poste de frontière Mongol semble d’un autre
âge : baraques en bois, petits
soldats jaunes courant toujours … (Dur de
s’imaginer les conquêtes de Genghis
kan). A la gare, j’attends encore 1 heure
l’autorisation de descendre :
puis je suis entouré de gamins aux mains baladeuses sur le
trajet de l’hôtel,
ils me fauchent la bouteille de jus de fruits, la canne à
pêche a eu de la
chance de rester en place : me voilà
prévenu ! …
Samedi
9 août – Jour 147 : SUBHAATAR –
DARAHN (104 km)
Temps superbe
et beaux paysages de prairies avec des collines
élevées parsemées de Gers.
J’ai
l’impression d’ètre dans un autre monde,
jamais une frontière ne m’a fait donné
cette impression de rupture totale. La route est bonne,
étroite mais avec un
revètement correct et assez roulant. Par contre pas de
signalisation d’où
l’intérêt du GPS qui me permet de me
reporter sur la carte. Arrêt à 13h dans un
café / restau : j’apprécie le
goulasch (riz + viande). Je téléphone
à
Contard sans succès, à Chimecksan qui doit
ètre à
Ulaan Baatar dans 6
jours et à Brest où je n’ obtiens que
le répondeur. Je trouve à Darhan un hotel
luxueux pour le prix mais il va falloir reprendre la tente.
Dimanche
10 août – Jour 148 : DARHAN - XXX (100
km)
Beau temps chaud et route
agréable mais
ça grimpe. Je m’arrête pour manger au
sommet d’un col et le soir, près d’un
Ger
où tout le monde rapplique !
Les
gers ressemblent à de gros champignons blancs sur un immense
terrain de golf,
la population est vraiment disséminées.
Le confort des Gers est
très
rudimentaire, pas d’électricité, pas
d’eau, les lits sont disposés en rond
autour et un poêle au centre avec un tuyau de
cheminée assure le chauffage. Il
y a une taille standard mais certains sont plus petits. Batar et son
fils Kanac
me tiennent compagnie le soir puis toute la famille vient pour la photo
souvenir.
Durant la nuit, je suis
réveillé par le
reniflement d’une vache à moins d’un
mètre de la tente, elle lèche la bâche
pour avoir un peu d’eau de la rosée,
j’ai peu qu’elle ne mette un pied dans les
rayons de Magic couché dessous ! Je ne bouge pas.
Tchou – tchou … bruit
bizarre comme celui d’unr éolienne par grand vent,
je verrai au matin que c’est
le battement d’aile d’un aigle qui survole la tente
à basse altitude.
Lundi
11 août – Jour 149 : XXX – XXX
(50 km)
Très
fort vent de sud (contraire donc) et c’est toujours
aussi accidenté. Moyenne : 10km/h. On
m’invite à manger dans un café,
c’est très bon. Je rencontre mon premier chameau et le car de la compagnie de
théâtre italienne de Rumini qui rentre
(enchantée) de Ulan Bator.
2 aigles font un combat aérien rapproché puis s’attrapent en gorille et font une chute libre jusqu’à 5 m du sol, époustouflant !
Je commence à
me renseigner sur le meilleur itinéraire Ulaan-Baatar
– Erenhot : comme
d’habitude, les avis sont très
variés... Le soir, je m’arrête avant
l’orage
près d’un café où je mets la
tente. Un petit gamin vient me voir et je lui
offre la canne à pèche qui ne me sert
à rein ici, d’ailleurs avant non
plus !! Je lui montre comment faire un lancer en ayant eu soin
d’enlever
l’ hameçon !
Je bois beaucoup de lait dans le
café.
Mardi 12 août – Jour 150 : XXX- ULAN BATOR (90 km)

Temps toujours beau, mais le
vent a
disparu. Un Mongol me donne à midi un numéro de
téléphone à Ulan Bator.
J’arrive à U. B. vers 16 heures et je
téléphone à Nassan et on se donne RdV
devant la poste centrale.
J’y trouve aussi
Dominique Lejeune,
cyclotouriste, avec sa femme et 2 marcheurs sympas. Finalement, je suis
hébergé
chez un particulier à 5$ la nuit à 2km du centre
ville.
Intoxication
alimentaire : je
passe une très mauvaise nuit avec diarrhée et mal
de ventre, c’est sûrement le
lait bu en trop grande quantité il y a deux jours.
Mercredi
13 août – Jour 151 : ULAN BATOR (0 km)
Je vais le matin à
l’ambassade de Chine
pour obtenir mon visa : 45$ pour une durée de 2
mois, je l’aurai sous 2
jours ! Je suis super content.
Après-midi : repos.
Jeudi
14 août – Jour 152 : ULAAN BAATAR (0 km)
RdV à midi au
café de la Poste avec Dominique et un cycliste Belge. On va
ensuite au
Cybercafé où je transmets un e-mail et 2 photos
numériques à Brest. C’est ça
le
reportage en direct !un click de souris et les photos sont
déjà en
Bretagne, on n’arrètera pas le
progrès !
Vendredi 15 août – Jour 153 : ULAAN BAATAR (0 km)

Je passe prendre mon passeport
à
l’ambassade de Chine et je vais visiter le temple de Gandan
avec son immense
statue de Bouddha et beaucoup de touristes. Les moines reviennent en
force
après avoir été exterminés
sous l’ère stalinienne. L’après-midi,
j’envoie des cartes postales et
je téléphone à Maman à
à Keryaouel. Je me fais la bouffe le soir dans la
cuisine de mes hotes qui sont partis voir des amis : je fais
des pâtes sur
une cuisinière à gaz en cuisant par
mégarde le rôti de la maison, le four
s’étant mis en marche aussi ! Le chien de
la maison (un énorme Doberman)
ne me quitte pas des yeux et montre ses crocs dès que je
veux quitter mon
périmètre alloué (ma chambre + la
cuisine), c’est foutu pour la TV dans le
salon !
PS : J’oublie
complètement que
j’ai 51 ans aujourd’hui, c’est vrai
qu’elle importance ?
Samedi
16 août – Jour 154 : ULAN BATOR
– HANGA (86 km)
Je trouve la sortie de la ville
facilement, la route est bétonnée
jusqu’à Nalayh. La piste est ensuite
très
caillouteuse et le vent (favorable) souffle très fort. Je
suis dans le désert
de Gobi ! Il
y a en fait des
pistes multiples à travers le désert,
heureusement la voie ferrée du
Trans-mongolien est
proche et je fais
des points fréquents au GPS. Je campe le soir dans
l’enceinte d’un Ger
près de la petite gare de Hanga.
Dimanche
17 août – Jour 155 : HANGA –
STATION « 14 » (90 km)
– (GOBI)
C’est maintenant plat
à perte de vue,
la Mongolie comme dans les films !. La piste est bonne et le
vent toujours
favorable, il fait chaud car je roule à la vitesse du vent ,
le vent relatif
est donc. Je dois m’arrèter fréquemment
et faire demi-tour pour avoir un peu de
vent relatif (je comprends le problème de refroidissement
des camions dans ces
conditions). Autre inconvénient du vent
arrière : on reste dans sa
poussière, réfléchissez un peu et vous
allez comprendre. Un car de Mongols me
croise puis fait demi-tour pour me rattraper :
séance photo interminable.
Le soir, je continue
après la Station
14 puis je fais demi-tour, heureusement car il n’a avait rien
avant 24 km.
Accueil sympa dans l’enclos de la station, on
m’offre le thé et une
chambre ! Le soir, discussions (beaucoup de gestes et quelques
mots en
russe) avec le patron, le guide Lonely Planet est un bon support de
communication. Le ventre, c’est pas encore ça, je
refuse la bouffe mongole.
Lundi
18 août – Jour 156 : STATION
« 14 » - CHOYA (24 km)
– (GOBI)
Pas de vent !
C’est plus
rafraîchissant de rouler dans ces conditions
qu’avec du vent favorable car la
vitesse du vélo procure un peu d’air. La piste
suit le chemin de fer à moins de
500 m. Par moment, c’est sablonneux, il faut rester sur la
terre marron et
éviter l’accumulation de sable dans les traces,
j’évite de justesse plusieurs
gamelles et je déclenche souvent les pédales
automatiques car même une chute à
petite vitesse peut être grave vu le poids du vélo
et je devrais peut-ètre
attendre 2 jours pour avoir du secours. Je crains qu’il y ait
de plus en plus
de sable vers le Sud. Je roule au milieu des sauterelles qui jonchent
le sol et
s’envolent à mon passage. Le vent (toujours
favorable) se lève progressivement
dans l’après-midi et donc l’impression
de chaleur aussi.
L’herbe
est plus clairsemée mais il y a toujours des flaques
d’eau éparses, il a dû
beaucoup pleuvoir récemment. Je klaxonne et donne un petit
bonjour aux animaux
rencontrés. J’ interprète leur
regard :
- Les chevaux prennent un air indifférent : « tant qu’il est sur son vélo, je ne l’ai pas sur le dos ! »
- Les vaches
sont très intéressées :
« Tiens, il est sur le 36 x 18, il tire un
peu long ! »
- Les chameaux sont très
hautains : « Mais qu’est ce
qu’il fout là ce
con ! »
Je traverse la
voie ferrée en portant mon vélo avec
l’aide d’ un Mongol pour entrer à Choyr.
L’hôtel est fermé mais des gamins font
vite rappliquer la tenancière : je
prends une chambre à 6$ pour moi et le vélo. Nous
sommes 2 clients dans ce coin
perdu : moi et un gros chinois.
Mardi
19 août – Jour 157 : CHOYA –
DLJG (72 km) – (GOBI)
Vent faible plutôt de
face, température
supérieure à 40° au soleil (Il
n’y a pas d’ombre !). Le relief est
très
plat, je croise deux camions et une jeep sur toute la
journée. La piste
est caillouteuse,
je crains la chute et
je mets mes chaussures de marche par précaution, mais
c’est pas efficace pour
pédaler.
Le soir, arrêt dans un petit village, je me mets
dans un enclos et
je suis entouré par une nuée de gamins qui
restent autour de moi jusqu’au soir.
L’eau est un peu boueuse et de plus en plus salée,
mes maux d’estomac sont
toujours là …Je me sens sale (pas d’eau
pour me laver) et fatigué.
Mercredi
20 août – Jour 158 : DLJG –
« 796 » (82 km) – (GOBI)
Je m’arrète
après 7h de selle et seulement 75 km (11km/h), je
n’ai plus d’eau. La piste est
souvent ondulée (les fameuses ondulations du
désert crées par le vent) et c’est
usant, j’ai
mal au cul à force d’être
secoué. Heureusement que j’ai un amortisseur de
selle et de guidon ! Il y
a à nouveau des collines. Je vais à
« l’hosto »
à DLJG suivi par 5 à
6 gamins qui participent aussi à la consultation
(rapide) : le docteur me
dit de prendre 5 pillules
« antibactériennes »
par jour durant 3
jours, il m’en donne 16 dans un cornet de vieux journal,
j’en ai donc une de
rab, merci docteur !
2 heures après,
ça va déjà mieux et je
mange de bon appétit. Aucun trafic sur la route mais
beaucoup d’avions de ligne
en l’air ( les grandes lignes vers Pékin et le
Japon probablement). Je joue le
passager bien au frais la-haut à 11000 mètres,
« Monsieur prendrait-il
encore un peu de champagne ? »
« Non, merci, avez-vous un bière,
bien fraîche ? ». Un avion de
transport militaire
« Hercules » passe aussi vers
5000 mètres d’altitude, je crie
« Sur axe ! »,
ça me rappelle les boogies de Vichy.
Jeudi
21 août – Jour 159 :
« 796 – SAYNSHAND (83 km) –
(GOBI)
Encore 7
heures de selle pour seulement 83 km ! Piste toujours
ondulée et fort vent
de face sur les 30 derniers kilomètres, ça
devient beaucoup plus désertique,
beaucoup de squelettes d’animaux probablement
égarés et morts de soif. C’est
vallonné aux abords de Saynshand. Je peux heureusement
refaire le plein d’eau à
mi-parcours, la crème Yves Rocher (trouvée par
miracle à Ulan Bator) m’évite de
m’assécher les lèvres qui sont bien
crevassées. Le ciel est un peu voilé, il y
a même quelques gouttes de pluie. Je trouve un petit hotel
à Saynshand pour 17
Frs la chambre, je fais une petite lessive et je me ravitaille.
Vendredi
22 août – Jour 160 : SAYNSHAND –
GOBI (77 km) – (GOBI)
Un motard me montre la route
à la
sortie de la ville. Je rencontre sur le marché un couple de
français en super
4x4 Toyota de 3.6 Tonnes, ils ont apporté toute la
nourriture de France !
Ils me racontent une grosse chaleur au passage d’une
rivière, puis la femme
ferme la porte
du Toyota en laissant les clefs à
l’intérieur, voilà de vrais
aventuriers !Je me casse…
Je continue à longer
la voie ferrée sur
la droite, au bout de 2 heures je sens que le soleil n’est
pas à sa position
normale : je ne dois pas l’avoir dans le dos
à midi ! Je regarde mon
compas : je fais route plein nord au lieu d’aller
vers le Sud Est, je fais
un point GPS et reporte ma position sur la carte : en fait je
suivais une
nouvelle voie ferrée au lieu de longer le transmongolien
vers Pékin ! Une
jeep m’indique que j’ai raté Orgon qui
est à 20 km , je décide de continuer
sans même prendre l’eau qu’ils
m’offrent. Ma réserve d’eau
s’épuise, aucun erg,
rien à l’horizon et pas de ville à
moins de 30 km. Je croise heureusement une
autre jeep et je fais le plein d’eau, ils me confirment que
la piste va à
Ulan-Ul à 35 km. Je fais encore 5 km et
épuisé je décide de camper en bord de
piste. Une autre jeep s’arrêtera et
j’aurai même de l’eau pour une bonne
toilette. Je suis seul et heureux, rien à perte de vue sur
360°. Durant la
nuit, c’est le grand calme, je suis
réveillé le matin par le Brrrr Brrrr
d’un
cheval en liberté qui passe par là,
j’ai mis Magic sur béquille, il ne risque
pas de marcher dessus, dormons encore un peu…
Samedi
23 août – Jour 161 : GOBI –
TWOGERS (62 km) – (GOBI)
Il fait très chaud
(35 ° C à l’ombre),
je mange juste avant Ulan-Ul où je fais le plein
d’eau et d’ aliments
déshydratés. A la caserne, on me dit
qu’il n’y a plus rien avant Zamyn-Ud, ça
fait plus de 100 km, j’y vais quand même avec 5
litres d’eau. La piste est
difficile (sable), après 2 heures, une jeep me donne de
l’eau et du coca. Le
soir je trouve 2 gers à point nommé pour
camper : accueil très sympa, je
donne un cours de géographie avec mes cartes, on me propose
une virée à cheval
mais je refuse par peur de me blesser. Jamais je n’aurais
refusé une telle
invitation en temps normal, je constate que je suis totalement investi
dans la
réussite de ce voyage. Très grand vent durant la
nuit et fou rires des enfants
jusqu’à minuit dans le ger
d’à coté. Je dors plutôt mal,
courbatu par les
secousses du vélo.
Dimanche
24 août – Jour 162 : TWOGERS –
ZAMYN-UD (76 km) – (GOBI)
Le temps est moins chaud, le
vent
plutôt favorable (SW). La piste est moins dure que
prévu. Je trouve une
bouteille d’eau sur la route que je bois cul sec !.
Vers 11 h, une jeep me
donne du Sprite et
de l’ eau,
L’après-midi, je prends un gros orage sur la
tête : beaucoup de coups de
tonnerre mais peu d’eau ! Les variations soudaines
de température sont
impressionnantes (supérieure à 10 ° en 5
minutes) d’ou un vent thermique
très violent qui se déclenchent d’un
coup, j’ai l’impression que le sol est
électrisé, j’en mène pas
large…. Il y a
maintenant des lacs, ç’est moins
aride mais je rencontre beaucoup moins
d’animaux et de Gers ! Soudain j’entends
un bruit de moteur derrière
moi : contrôle de passeport au milieu du
désert par un policier souriant
mais sans échanger un seul mot, puis la moto fait
demi-tour ! Les
militaires de Ulan-Ul ont probablement fait part de mon
périple aux
« autorités » qui ont
envoyé cette moto pour s’assurer que tout
allait bien. Je suis très touché par ce geste
fait dans la plus grande discrétion,
ils n’ont pas cherché à me dissuader de
traverser le Gobi mais ont voulu
s’assurer que tout s’est bien passé. Je
vois au loin (à 15 km me dit mon GPS)
les lumières de Zamyn-Ud. Je n’ai plus que 2
bidons et une bouteille d’eau, je
suis fatigué mais si heureux d’avoir
traversé le désert de Gobi seul et sans
assistance. Je campe en bord de la piste, la nuit sera calme (sans
vent) et
reposante.
Lundi
25 août – Jour 163 : ZAMYN-UD –
ERENOT (30 km) – (GOBI)
Plein d’eau
à Zamyn-Ud, ville
frontalière anonyme et plutôt triste. A la
frontière, on ne me laisse pas
passer en vélo. Je vais à la caserne
où je suis questionné gentiment par le
Chef qui me trouve un petit camion pour passer la frontère
(avec un chauffeur
fou), je balise pour mon vélo qui saute sur la plate-forme
arrière heureusement
amorti par des tapis. Nouveau changement : je prends un car
chinois dans
lequel je suis tout seul avec Magic pour traverser le
« No man »
land, c’est surréaliste !
Long
contrôle par les douaniers chinois (Noooon je veux pas faire
demi-tour !!!!) , je dois aller à la
sécurité à Erenhot car il y a des
zones interdites. Finalement, je débarque du bus en pleine
ville : c’est
le CHOC : des gens et des vélos partout, je suis
entouré par plein de
monde. Je demande « un hôtel pas
cher » à un cycliste : en
effet, il m’envoie dans un truc à 6Frs la nuit (un
hotel pour Mongols de
passage). Je vais au restau où je mange un super goulasch
pour 4.80 Frs. Je
passe une bonne nuit mais j’ai été
« secoué » par les
pistes mongoles
et mon dos me fait souffrir.
Le lendemain, la jeune patronne
et son
mari viennent me voir : on transforme ma pancarte en chinois.
Il y a 1000
km avant Pékin mais la route serait bonne, on verra
… Time lag :+6 h avec
la France.
Mardi
26 août – Jour 164 : ERENHOT –
43°07 (70 km)
Je
téléphone à Brest avant de partir,
ni Bousquel ni Guilaï ne seront à Pékin
où j’arriverai probablement pour le 6
ou 7/09.
La route est très
bonne, c’est plat sur
50 km puis un peu ondulé. Un petit tracteur me coupe le vent
pendant 25 km, on
laisse sur place un chinois en vélo, les deux gars devant
(look Samy Davis)
sont hilares. Quelques troupeaux de vaches et chèvres, les
bâtiments de fermes
en briques rouges paraissent nickel, les camions sont moins craignos
qu’en
Russie, beaucoup de voitures japonaises. Beaucoup de petits tracteurs
ou motos
tirant une remorque. Je campe au bord de la route dans un repli de
terrain,
c’est très sablonneux, on dirait un camping sur
les dunes de Landéda. La nuit
tombe très vite (- 1h !) et à 7h du
matin le soleil est déjà haut.
Mercredi
27 août – Jour 165 : :
43°07 – OUDOR SUN (92 km)
Beaucoup de vent de Sud Ouest
attention
de ne pas déchirer la tente ! Je dois prendre
contrer très fort pour
lutter contre le vent, heureusement venant de droite. Je
m’arrête manger à
Saïhan Tal où un groupe de chinois
m’invite à sa table (gratuit bien
sûr !), mais 3 bières maximum (une ca va,
3 bonjour les dégats ?).
Surprise à la sortie de la ville où je retrouve
la piste en terre ! Vent
maintenant favorable, j’arrive à rouler vite sur
le terre plein du milieu où
c’est plat (25 km/h).
Je m’arrête
en bord de piste pour
camper dans le lit d’un rivière
asséchée. Le paysage est plat,
désertique,
personne à part des fermes isolées (genre oasis
à légumes).
Le matin check-up
mécanique avant de
repartir.
Jeudi
28 août – Jour 166 : OUDOR SUN –
OULAWHOUA (65 km)
Beau temps (25 à 30
° C), vent plutôt
favorable. Je longe la voie ferrée, piste pas terrible,
relief accidenté. On
sent la fin du désert, herbe plus drue, quelques arbres.
Beaucoup de belettes
qui me regardent à côté de leu trou,
mais pas de rapaces comme en Mongolie
(ceci explique cela ?), à cause de la
pollution ? Impression d’ordre,
de bâtiments bien construits, c’est pas comme en
Russie. J’arrête tôt dans
cette bourgade non indiquée sur la carte, petit
hôtel à 10 yuan ! Plus de
10 personnes dans la chambre, les commentaires vont bon train, mais je
ne
comprends rien. Le soir, resto à 10 yuan, la police est
là. Sommeil réparateur
car la piste secoue ! … Heureusement aucun
problème avec le vélo, merci
Laurent et Jacques d’avoir vraiment assurer pour la fixation
des portes
bagages.. Peu d’enfants dans le village, la
régulation (1 enfant par famille,
sinon pas de subventions !) semble dissuasive. J’ai
les yeux rougis suite au
fort vent des derniers jours, va falloir prévoir une
protection latérale sur
les lunettes ?
Vendredi
29 août – Jour 167 : OULAWHOUA –
TUNKANTUIT’SUN (50 km)
Très fort vent et
orage au réveil. Il
faut attendre l’accalmie, grosse pluie. Je pars vers 11h,
c’est boueux et
glissant, les gardes-boues s’engorgent, je dégage
avec une tige de bois, vent
de face très fort. C’est la
galère !
Resto à 14h
à Tamortei, au moins 15
personnes autour de la table. Je rentre le vélo !
La campagne chinoise est
divisée en petites parcelles et beaucoup de monde dans les
champs, c’est la
moisson : on bat au fléau dans les villages et on
étend les gerbes de blé
sur la route pour que les voitures passent dessus et
enlèvent les grains. Des
bœufs tirent une petite charrue. Les maisons sont en torchis.
Beaucoup de
poules dans les villages (pourquoi il n’y en avait pas en
Mongolie ?) et
des cochons (noirs). Beaucoup de mini tracteurs monocylindre, le matin
au
réveil on se croirait dans un port (Ta Ta Ta…),
et la nuit il y a des insomniaques
qui continuent à travailler dans les champs Je campe
près de la piste, pas de
visiteurs pour une fois !. Depuis Tamortei, la route
s’est améliorée, elle
est empierrée et recouverte d’un fin gravier mais
reste cahoteuse. Je n’ai pas
vu le mur de Genghin Kan indiqué sur la carte. Le souvenir
du Gobi est toujours
là : mon dos me fait mal.
Samedi
30 août – Jour 168 :
TUNKANTUIT’SUN – TACHINGKOU (90 km)
Temps chaud (35 ° C) et
orageux. Vent
favorable. Toujours de la route empierrée cahoteuse. Je
m’arrête manger à Shang
Du, tout le personnel du resto est autour de la table et la police
aussi,
karaoke chinois. Toujours le même plat : tomate +
œuf, il n’y a pas de riz
en chine ? Addition salée 80 yuan (dont 50 pour
café à emporter). Ensuite,
zone d’étangs semi désertique. Je
trouve une bonne place pour camper après
Tachnigkou, Pékin est à 350 km, il va falloir
ralentir sinon, j’y suis pour le
3. La Chine me paraît plus
« européenne » que
prévu :
habillement, mode de vie, la vie dans les campagnes semble paisible,
par contre
ça grouille dans les rues, mais le nombre
d’enfants est, l’objectif est de
faire passer la population de 1.2 milliard à 750 millions
d’habitants.
Dimanche
31 août – Jour 169 : TACHINGKOU
– SHANG BEI (63 km)
Il pleut, la
température est passée de
35° à 15 ° C. Un berger puis deux viennent
me voir, je nettoie le vélo et pars
vers 11h, tout goretex ! Paysage de lacs peu
habité. Je m’arrête manger à
Kung hui ; 20 personnes autour de moi et il y a plusieurs
tournées de
visiteurs organisées par la patron. Je suis vraiment le
martien qui débarque
dans sa soucoupe roulante, j’imagine ça
à Guiclan ! Ca fait du bien de
retrouver l’asphalte car le dos en a pris un coup. Je
m’arrête à un hôtel
à
Shan Bei : le prix passe de 90 à 40 yuan, on monte
le vélo à plusieurs
dans la chambre. Je téléphone en vain
à Guilaï
et à Bourgeois. Pékin
n’est plus qu’à 200 km, les cartes DMA
vont me
manquer pour utiliser le GPS.
Lundi
1er septembre – Jour 170 :
SANG BEI – CHANGDI (105 km)
Beau
temps, la température
passe de 15 ° C à 30 ° C en moins
d’une heure. Le matin, il fait très froid
avec un vent du nord (favorable) très très fort.
Je traverse Sangjakou :
grosse ville très animée. Le paysage est
escarpé, la montagne est de couleur
ocre, je m’arrête dans un gers (Eh oui, comme dans
le Gobi !) boire un
thé. Problème de dérailleur, le
ressort de rappel est faiblard et la chaine
saute, il va falloir tenie jusqu’à
Pékin. Je m’arrête le soir dans un
resto, on
me propose une chambre à 5 Yuan (3Frs).
Mardi
2 septembre – Jour 171 : CHANGDI – PEKIN
(130 km) – (Prairies de Kangxi)
Beau temps,
vent favorable. Je longe un grand lac, zone
légumière et
fruitière très animée, multitude de
petits tracteurs et de charrettes à ânes
(avec conducteur qui dort !). Gorges très belles
à 80 km de Pékin, je fais
une belle partie de manivelles (70 km/h !, Magic tient bien la
route !) avec les cars de touristes qui viennent voir la
grande muraille à
Badaling que je rate malgré une pancarte
« Great Wall » . Je vais
trop près de Pékin, mais je trouve une place de
camping inespérée près d’un
gros rond-point à 300 m de la grande foule ! Pas de
visiteurs mais gros
trafic toute la nuit.
Mercredi
3 septembre – Jour 172 : PEKIN – 30
– PEKIN (64 km)
Beaucoup de vélos sur
la piste cyclable
qui longe l’autoroute. Je mange dans un petit bosquet
à 5km de la place Tien An
Men. Grandes avenues avec gros buildings plutôt
esthétiques. Je passe Tiananmen
pour aller au China World Hotel où Bourgeois m’a
donné RdV. Gui Laï est là avec
son staff mais ne me reconnaît pas pensant que
j’étais plus
jeune ! On part à 6 vélos vers
Tiananmen,
attroupements, photos, etc. puis re-vélos vers le Trafic
Hôtel. Il fait nuit
tous les vélos roulent sans éclairage !
Repas très sympa le soir avec tout
le staff de Gui-Laï.