De François POULIQUEN
Carnet
de route
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Le 15 Mars
1997, après un saut en parachute
sur la plage du Moulin Blanc à Brest, j'enfourchais mon
vélo "Magic"
chargé de sacoches. Après avoir
pédalé vers l’Est sur 24044 km durant
333
jours, je suis revenu au point de départ. La terre est bien
ronde, elle est
magnifique, elle est fragile aussi… elle n’est pas
si dangereuse : c’est
l’inconnu qui engendre la peur. J'ai
été particulièrement
bouleversé par l'hospitalité
du peuple russe tout au long de cette immense et belle
Sibérie dont le seul nom
évoque chez nous goulag et malheur.
Ce
carnet de route
journalier est reporté ici pratiquement dans
l’état, j’ai du adapter un peu
l’écriture car j’utilisais souvent un
style télégraphique dans mon empressement
de m’endormir le soir plutôt que
d’écrire des romans. Il m’est souvent
arrivé
de m’endormir la frontale allumée…
La veille du départ
les voisins étaient
tous là pour un pot.: Mécanique et inspection des
sacoches jusqu’à une heure
avancée de la nuit avec Laurent, Bruno et Alain. Laurent
trouve que j’ emmène
trop de vêtements, on verra à Paris …
Le matin, beau temps !
Arrimage
des sacoches et pesée : 52 kg, c’est
beaucoup. Vers 9h40, direction le Moulin
Blanc avec arrêt chez Mauricette. Au Moulin Blanc
déjà du monde : Leclerc,
Peynaud , Bousquel , Jacques Meudec, PGB,
Hénaff un revenant du temps
de Lesneven.

Les
paras sont là : Milin, Hervé
Coz… On
est 6 en tout pour le saut. Je prends une BT 40 et en route pour
Guipavas. Gipi
et Le Goff nous rejoindrons et on décollera à
11h30 à 8, c’est bien. Largage
direct vers 850 m, la couche se disloque , il y a du ciel bleu. Je pars
avec Le
Goff qui a sa vidéo et doit spiralé pour me
prendre à l’atterrissage. Il se
goure de sens et pique du nez dans le sable ! …
J’assure un atterrissage
moyen. Il y a pas mal de monde, Sylvie, Mité +
François, les deux classes de
Freinet avec Jouenn et Annie. Puis, c’est la
séance des signatures. Brest
m’offre un couteau. (Dommage que je n’ai pas
affiché le périple).
Je manque de me casser la figure
au
départ, direction : Torch VTT avec une bonne cote
dès le
départ ! Gipi
et les blaireaux,
Alain, Ambroise, Jean-René, Jean, Albert. Marcel, Ptit Mich
assure l’intendance,
Alain 2, Le blaireau. Le Docteur Le Fort ouvre la route en moto.
Pot et affiche chez Laurent.
Puis on
part vers la Forêt Landerneau où l’on
mange à la capsule (54 F tout compris),
les blaireaux sont en forme.
Les
blaireaux s’alternent à ma
hauteur, il y a de l’émotion dans le
groupe….
Puis on prend la route par
Landerneau,
Landivisiau, Kerbriant où c’est les adieux de
toute la famille, Monique et Lolo
sont là aussi, Maman est très émue et
se demande si elle sera toujours là à mon
retour
On prend la route de Morlaix par
Guiclan où je vais sur la tombe de Papa qui aimait beaucoup
le vélo lui aussi.
Arrivée à Plouigneau à 19h comme
prévu et pôt à la mairie, puis
c’est le
barbecue sur le terrain de sport, bien arrosé bien
sûr. Je mets la tente, les
blaireaux partent vers minuit. Je suis réveillé
au milieu de la nuit par mon
walkman resté en route sur le vélo
couché à mes cotés.
Dimanche
16 mars – Jour 2 : PLOUIGNEAU – LAMBALLE
(110 km / cumul 200 km)
Petit déjeuner sous
le crachin. Après
avoir mis le savon à barbe, je constate que j’ai
oublié le rasoir ! ça
commence bien ! ! L’adjoint au Maire vient
m’apporter des oranges
Départ vers 10 h.
Florent est parti en
VTT de Lamballe, on doit se rejoindre vers Plounevez-Moedec, des
groupes de
cyclistes (c’est dimanche) me double et on discute un peu. Un
d’eux me demande
ou je vais : « je vais fait le tour du
monde ! ». Avec 100
km au compteur depuis Brest, ça fait pas très
sérieux..
Je croise d’abord le
Père de Florent en
voiture et la jonction est faite un peu plus loin. C’est plus
agréable de
rouler avec un VTTiste qu’avec des cyclistes car il adapte
mieux le
développement. Il y a des grosses côtes et je vois
que le 26 x 23 ne sera pas
suffisant dans des conditions difficiles (grosse montée avec
vent de face).
Arrêt à
midi chez Florent, où je peux
me doucher et faire sécher tente et équipement.
Gros poulet de ferme et
pâtes : je refais le plain de calories. Photo
souvenir et on repart vers
15 heures pour Lamballe. La famille de Florent a
téléphoné à une cousine
Nicole
Rault qui vit avec son fils Josselin, juste avant Lamballe, je
dînerai avec eux
et mettrai la tente dans le jardin. Je roule avec Florent
jusqu’à Saint-Brieuc,
il y a un vent d’Est, c’est très dur le
vent de face avec un tel chargement, ça
promet pour la Mongolie…
J’ai beaucoup de mal
à me situer
d’après le plan et je fais un détour de
près de 10 km, enfin j’arrive chez les
Rault vers 19h.
Je mets la tente dans un petit
jardin,
prends une douche puis c’est l’apéritif
et le dîner. Je meurs de sommeil
lorsque Nicole me raconte les études de sa fille aux US
… Nuit agitée car la
tente est à 100 mètres de la 4 voies.
Le lendemain, petit
déjeuner avec
Josselin qui fait des études d’informatique
à Saint-Brieuc, il va contacter
Loïc par Internet pour lui dire que tout est OK.
Lundi
17 mars – Jour 3 : LAMBALLE – DINAN (50 km)
Courte étape, je dois
être à 13h à
Dinan. Je quitte la route principale pour emprunter des petites routes
dans la
forêt.
Je photographie des vaches, un
agriculteur s’arrête avec son tracteur, il veut un
autographe, il rajoute sa
signature sur le sac de couchage.
Arrivée à
Dinan à 13h10 chez Mamie qui
a préparé le repas. Rangement du vélo,
séchage de la tente (ca devient
classique). Tante Lili
est là aussi.
Sieste
l’après-midi et course en ville
en VTT léger.
Mardi
18 mars – Jour 4 : DINAN – AVRANCHES (85
km)
Bonne route et vent favorable
jusqu’à
Dol de Bretagne (vache n° 35 !), je fais la
connaissance des gros camions
avec leur déplacement d’air, on se sent comme
propulsé vers l’avant à leur passage.
Ensuite, direction les polders
où je me
farcis carrément une digue en tout terrain.
Très
belles fermes sur les
polders, beau matos, charrue 6 socles, ramasseuse de carottes.
Déjeuner sur
l’herbe (bœuf bourguignon
et vin rouge) puis en route vers le Mont Saint-Michel. Le vent a forci
et ça
devient délicat lorsqu’il est latéral.
J’évite de peu une gamelle sur la grille
à moutons à l’entrée de la
digue du Mont Saint-Michel. Belles photos du Mont
avec des couleurs très changeantes.
Un
type s’arrête avec sa
femme peu avant Avranches et m’invite à dormir
chez lui, première invitation du
voyage, il y en aura d’autres…
Dure
montée en lacets sur Avranches, photos sur la place
Patton, puis direction la Pharmacie du Centre. Christine est
là, Marcel arrive
vers 19h avec sa femme et sa fille pour l’apéro,
ils vont rester dîner. Il
m’apporte les articles de journaux et la cassette du
départ, je lui donne une
pellicule et la première carte de mon périple.
J’admire la collection de
maquettes de Didier, on se couche vers 22h30.
Je ne sens pas la fatigue mais
des
courbatures, il faudra faire du stretching avant de partir demain.
Mercredi
19 mars – Jour 5 : AVRANCHES – BAGNOLES DE
L’ORNE (85 km)
Temps frais et couvert, vent
assez fort
de N/O, je mets mon pantalon Goretex. Successions de montées
/ descentes et
lignes droites interminables. J’utilise le GPS avec Mortain
Way Point puis sur
la carte, ça correspond à quelques centaines de
mètres.
Déjeuner dans un
petit resto pour se
réchauffer. A Domfront, arrêt par les
flics : questionnaire en
règle : qui ?
d’où ? vers où ?
pourquoi ? …Ils sont
quand même plutôt sympas.
Paysages
verts et
vallonnés. Vaches normandes, brebis, chevaux,
poules…
Arrivée à
Bagnoles vers 16h, un gars
éberlué par mon entreprise vient me voir. Je
plante la tente au camping
municipal en réfection. Il fait très frais.
Jeudi
20 mars – Jours 6 : BAGNOLES DE L’ORNE
– MORTAGNE (90 km)
0° au réveil,
brouillard. J’ai eu trop
chaud la nuit ! Courses et petit déjeuner peinard
au soleil. Les ouvriers
sont à pied d’œuvre dès 8h.
Je suis en forme, pas de courbatures (le temps ?).
Départ pour Mortagne
vers 10h. Paysages
vallonnés de l’Orne, il fait beau.
Un connard
m’énerve alors que je prends
une photo sur une route de campagne : klaxon et
geste : s’il
s’arrête, j’essaie la matraque sur son
pare-brise.
Je m’arrête
à midi dans un restaurant
routier, je mets mon vélo dans la cour
intérieure, ça chuchote entre les
serveuses, quand je sors ils sont 10 routiers autour du
vélo, questions
classiques : vers où ? ça
pèse combien ?…
Ça monte en arrivant
sur Mortagne,
j’arrive à la pharmacie Faguais (ma sœur
et mon beau-frère) petit attroupement
sur le trottoir. Louis (mon beau-frère) arrive de la banque,
on va prendre un
pot en face … Je fais le plein de pillules pour eau,
anti-inflammatoire, etc…à
la pharmacie.
Le soir, dîner avec un
vieux couple
sympa et un superbe plateau de fruits de mer. Douche et sommeil
réparateur.
Vendredi
21 mars – Jours 7 : MORTAGNE – HOUDAN (90
km)
Le salut classique
« BON
COURAGE », mais chez les jeunes, c’est
plutôt « BONNE ROUTE »
ou
« BONNE CHANCE ». Les flics
disent : « faites
attention ».
Toujours les camions, je les
vois
d’abord dans le rétroviseur puis la cabine arrive
à ma hauteur : camion
classique ou semi-remorques ? Si c’est un classique,
attention : il
peut avoir une remorque, il ne faut pas changer de ligne ! Le
pire est
celui qui s’écarte bien mais se rabat trop vite.
Pas bien non plus, quand je
sens qu’ils vont se croiser à ma hauteur. Parfois,
le camion se met au pas
derrière et attends : un cycliste
sûrement qui lit ma pancarte, je le remercie
d’un signe, il klaxonne. Je traverse Dreux et ça
sent Paris. Un groupe de trois
jeunes beurs me demande : « Eh dites donc
vous allez faire le tour du
monde ? Ben, bonne chance alors
hein ? ».
Le soir, difficile de trouver un
endroit pour camper, je m’arrête
derrière un îlot d’arbres au milieu des
champs
de moisson, c’est le refuge des oiseaux, quel concert au
réveil !
Je commence à trouver
le rythme du
voyage et à mieux m’organiser.
Samedi
22 mars – Jours 8 : HOUDAN – CHAMBOURCY
(60 km)
Beau temps, je prends les
départementales pour arriver par l’Est et
éviter le flot de circulation. A
Orgeval, c’est le gros « Steak
House » rouge et blanc qui m’annonce
Paris.
Les gens sont sympas dans les
embouteillages entre Orgeval et Chambourcy.
Arrivée chez Roger et
Madeleine (beau
frère et belle sœur encore !) :
tout est nickel comme d’habitude et
j’ai droit au jeu de clefs … Je
téléphone à mon copain Rennes (pas la
ville !) qui habite à Cergy Pontoise où
j’ai travaillé avec lui sur les
simulateurs de vol. C’est ok pour le soir mais
problème pour la voiture…,
enfin, ça s’arrange … Roger et
Madeleine vont à une autre soirée, ils
ne
me diront pas où ? Soirée
très sympa chez mon ami Rennes.

Dimanche
23 mars – Jour 9 : CHAMBOURCY – CREIL (80
km)
Le matin je passe
« Magic » à
la bombe noire mat, on dirait un vieux vélo qui ne devrait
pas faire
d’envieux…Circulation parisienne du dimanche soir,
je me paume un peu dans le
nord de la région parisienne, mais j’ arrive
finalement à Creil. Je campe près
de l’Oise à côté
d’un entrepôt Renault. Il fait
déjà nuit quand un faisceau de
torche éclaire ma tente, c’est le gardien du
dépôt. Eh oui, je suis devenu un
vagabond donc un suspect, il va falloir s’y faire…
Le matin, les pêcheurs
passent de bonne heure, ça ne mord pas me disent-ils. Je me
dis « Bravo
les poissons !! ». Au fait, hier soir,
j’ai bien apprécié le restant
de lieu (le poisson) de Madeleine avec mon restant de riz.
Lundi
24 mars – Jour 10 : CREIL –
Aérodrome SAINT-QUENTIN (110 km)
RAS, une bonne idée
de m’arrêter sur
l’aérodrome de Saint Quentin. Je rencontre au bar,
un pilote
instructeur-largeur en parachutisme, il était à
la Ferté-Gaucher pour le VR 16
et c’est un « pote »
à Bontour (qui est décédé
depuis). On me donne
de l’essence pour le réchaud MSR et je plante la
tente entre deux
hangars avions, ça fait du bien de se
retrouver dans un contexte familier. Le lendemain matin, temps couvert
et il
pleut, je mets l’équipement Goretex
complet : veste, pantalon, bottes.
Mardi
25 mars – Jour 11 : SAINT-QUENTIN – HIRSON
(80 km)
Les grandes plaines et les gros
tracteurs, c’est l’époque des semences.
Route à grande circulation avec les
camions qui frottent, mais j’en prends l’habitude
… Avant Hirson, je revois
enfin des vaches. Discussions au café : maintenant,
les fermes font
jusqu’à 3000 hectares !…
Je roule de nuit et
m’arrête en pleine
forêt, je plante la tente dans la pénombre, merci
la lampe frontale ! Ca
pique et c’est très humide. Je prends conscience
de la précarité de ma vie de
vagabond, mais le lever du soleil demain matin redonnera le
moral…
Mercredi
26 mars – Jour 12 : HIRSON – DINANT (90 km)
Le réveil est
toujours un bonheur, un
endroit qui paraissait pas très rassurant le soir devient
toujours accueillant
avec le lever du soleil. Toilette avec l’eau de la gourde,
« à poil »
et hop un coup de gant de toilette partout…Petit
déjeuner : 2 œufs sur le
plat + pain beurre + café. Après c’est
le pliage de la tente, le ramassage de
toutes les affaires dans les sacoches, un petit coup
d’œil pour voir que rien
n’est oublié. Que c’est bon de reprendre
la route et de se dire : «
un autre jour de découverte, je ne sais pas où je
serais ce soir.. »
Enfin exit la France. Petit
poste
frontière avec la Belgique : batiment
« Douanes
Françaises »
à vendre, bien
sûr : l’Europe est passée par
là.
Beau paysage vallonné
en Belgique, au
loin dans las paturages : un cheval solitaire, comme
moi….Je m’arrête à
midi à Givet : grosses spaghettis carbonara avec en
plus une douche, quel
pied pour la mi-journée !
Après, ça
repasse en France dans
l’enclave de Givet, arrêt par les flics :
l’habitude …
Super montée
à 12% avant Dinant et
descente à fond la caisse (environ 70 km/h). Je campe
près d’un camping, le
long de la Meuse.
Ce soir le compteur marque 1 000 km, moyenne : 83 km / jour
Jeudi
27 mars – Jour 13 : DINAUT – LIEGE (75 km)
Il fait beau au
réveil, un papy et une
mamie viennent s’installer dans leur caravane pour le
week-end de Pâques.
Grosse côte encore au départ de Dinant.
C’est les Ardennes et
c’est plutôt vallonné !
Un char Sherman rappelle que l’on s’est battu ici
entre allemands et
américains, plus loin une plaque commémorative du
« crash » d’un
bombardier anglais avec 4 aviateurs à bord.
10 km avant Liège, je
m’arrête au
Mémorial Américain, pelouse et alignement
impeccables. Explications des combats
sur les murs du bâtiment central. Typiquement US !
L’arrivée
sur Liège est assez
périlleuse : grosse descente, ça frotte
avec les camions et ça roule vite.
Je trouve assez facilement l’auberge de jeunesse. Impression
de fatigue durant
cette journée, j’ai pourtant bien mangé
hier midi, va comprendre !
Le soir, bouffe dans une
friterie, la
serveuse travaille plus de 10 heures pas jour plus 2 heures de trajet
pour
payer les études de ses gamins, mais elle a le moral. A
Liège, beaucoup de
chômage (1 sur 3 travaille !).
J’ai remisé
le vélo dans un local fermé
avec tous les bagages, c’est risqué mais comment
faire ?
Vendredi
28 mars – Jour 14 : LIEGE – GEILENKIRCHEN
(80 km)
Je traverse 3 pays durant cette
seule
journée : Belgique, Hollande, Allemagne...
Il pleut au réveil et
le vent souffle
très fort : la panoplie Goretex intégrale me
permet de rouler sous la pluie
jusqu’à Maastricht dans un confort total.
Les moulins à vent et
les pistes
cyclables annoncent la Hollande. Ce pays donne vraiment
l’impression de santé
et de bonne humeur. Beaucoup de monde à vélo,
ça fait du bien de pédaler en
groupe. Maastricht est une assez belle ville sur la Meuse et les rues
piétonnes
sont bondées. Tout le monde à l’air
content, il faut dire que c’est le week-end
de Pâques.
Je mange des spaghetti
bolognaises,
vais à la poste pour une carte postale qui ne sera pas
encore arrivée et
reprends la route vers l’Allemagne. C’est parfois
dur de trouver les pistes
cyclables et malheur si tu restes sur la route, les camions ne
s’écartent
pas ! ! La connerie des
sociétés policées : si tu
n’es pas dans
la norme, t’es de la merde. Beaucoup de signes
d’encouragement de la part des
Hollandais, ils sont sportifs et connaissent bien le
vélo !.
Je ne vois même pas la
frontière entre
la Hollande et l’Allemagne et j’arrive par hasard
à Geilenkirchen, où tout est
fermé. Gros problèmes de langues avec les
Allemands (quelle différence avec les
Hollandais qui parlent tous Anglais) et en plus, ils sont
plutôt renfermés. Je
dine (encore..) dans une friterie près de la gare et cherche
de nuit (encore..)
une place pour camper : je me mets près de la voie
ferrée juste à la
sortie de la ville. Il a fait froid aujourd’hui,
c’est bon de retrouver la
chaleur du sac de couchage et le confort de la tente. Ce soir, je
baptise ma
tente « Sheraton » comme les
fameux hotels, mais ils sont battus car
ma Sheraton m’offre en plus des points de vue inoubliables.
Samedi 29 mars – Jour 15 :
GEILENKIRCHEN –
DUSSELDORF (100 km)
Pas grand monde dehors en ce
samedi de
Pâques. Il fait froid (Full Goretex !) et il y a un
vent fort de
Nord-Ouest donc ¾ arrière.
Je fais des courses et je mange
dans un
supermarché, heureusement ouvert. Je traverse le Rhin sur
une grosse péniche à
DORMAGEN et je m’arrête pour savoir où
est SOLINGEN, un gars sympa téléphone
à
l’auberge de jeunesse qui n’a plus de place, je
dois rebrousser chemin sur 7 km
(j’ai horreur de ça !) vers une autre
auberge. Il fait nuit quand
j’arrive, installation avec tous les bagages et
re-spaghettis. Je partage la
chambre avec 4 jeunes dont 2 blacks de Nairobi qui se rencontrent pour
la
première fois. Ils m’aident à monter
mes bagages. Les auberges de jeunesse ne
sont pas très pratiques : il faut laisser le
vélo dans un garage au
sous-sol et monter 8 bagages (5 sacoches + duvet + tente + matelas
thermarest)
dans la chambre. Attention de ne rien oublier car tout est vital pour
la suite
du voyage.
Je trouve Magic à
plat de la roue avant
au petit matin : une punaise …
Pour la première fois
depuis le départ,
je me promène avec Magic sans bagages, son comportement est
complètement
différent et sa nervosité retrouvée me
mets à 2 doigts de la chute. Les
allemands pratiquent pas mal de sport : VTT, roller (couples
assez âgés …)
Ca sent l’argent dans la Koenig Strasse, 2 Ferrari 318 CTB
rouge et jaune font
rugir leurs 12 cylindres dans les rues principales ! Les rues
piétonnes
sont noires de monde. Bouffe frugale le soir à
l’auberge.
Lundi
31 mars – Jour 17 : DUSSELDORF –
MEINERZHAGEN (80 km)
C’est
férié, lundi de Pâques. C’est
fou
le nombre d’ escortes de motards qui sillonnent les routes.
Gros cubes, Harley
Davidson, Choppers. Blouson de cuir cloutés, ça
frime, c’est plutôt con mais
gentil quand mème. Je répare une crevaison
près d’un groupe de motards :
pas un mot, ils me regardent bêtement (avec pitié
peut-ètre ?) mais pas un
geste sympa, j’ai l’impression
d’ètre transparent. En fait, seul les vieux
semblent adresser la parole dans ce pays.
Le soir, je pique la tente
très tard
près d’une voie ferrée que je crois
désaffectée, je suis à 4
mètres du ballast.
Le matin je suis réveillé par un bruit infernal,
c’est un train de marchandises
qui passe à coté de ma tente, il y en aura 3
avant mon départ. Un ouvrier
yougoslave passe me dire bonjour, nous discutons en anglais. Distrait,
je mets
de la lessive dans mon café et c’était
le dernier sachet...
Mardi 1er avril –
Jour 18 : MEINERZHAGEN
– MESCHEDE (80 km)

A Eslohe, je m’arrête au soleil pour modifier ma pancarte : 4 Sri lankais descendent d’ un bus et viennent discuter avec moi et ausculter le vélo : compteur, freins, pression des pneus, ils me donnent du jus de fruits, on fait des photos : ils sont réfugiés politiques. C’est fou, c’est avec ces exilés que j’ai pu établir enfin des contacts chaleureux en Allemagne.
Le
soir, je campe près d’un ruisseau tout
près de la ville. Essai du filtre
purificateur d’eau Katadyn : ça a
l’air de bien marcher et relativement
rapide à filtrer : il faut se dire qu’on
trait une vache ! …
Epais brouillard le matin, j’attends que le soleil se lève pour sècher la tente et j’ai fait l’erreur de me placer avec des obstacles vers l’Est dans sa direction. Je ne pars qu’à 11h30 et veux aller jusqu’à Kassel. Je remplace le compteur par celui, plus complet, que je gardais en rechange : j’ai maintenant la vitesse moyenne et le cumul des km parcourus.
Il y a de très
grosses côtes après
Bredelat (supérieures à 12%) et je suis en
danseuse sur le 24 x 23, je peste
encore contre Laurent qui n’a pas assuré pour les
vitesses dont deux ne me
servent à rien. Il faudra décider à
Berlin si je passe en 26.
La conduite automobile des
Allemands
est irréprochable, sur 2 voies à double sens,
jamais ils n’essaient de me
doubler s’il y a quelqu’un en face, ils ne montrent
pas d’impatience mais pas
de sympathie non plus …
J’atteins 65 km/h dans
les descentes, je
sens que la stabilité aérodynamique
n’est pas terrible, mais pas de vibration
ou de chtimi, Alain a fait du bon boulot. Les pistes cyclables sont
nombreuses
mais en ville les passages de rues donnent le mal de mer, par contre
c’est
nickel en campagne et pas de soucis avec les poids lourds.
Les
rails de tramway : pas pour les cyclistes ! !
On dit les Allemands
très propres, je
suis sidéré par les détritus le long
de la route : canettes de bières,
verres plastiques, etc. et une foule de vêtements en parfait
état ! …
Arrêt sur un terrain
de planeurs ou on
pratique le treuillage : ça semble efficace.
J’arrive assez tard
à l’auberge de
jeunesse, mais ils sont assez sympas pour me donner à
manger :
re-spaghettis bolognaise. Je me sens plutôt
fatigué mais ça va.
Je
partage la chambre avec
un Berlinois sympa qui travaille depuis deux jours à Kassel
dans une société de
matériel ferroviaire.
Total : 1600 km / 20
jours =
environ 80 km, c’est
vraiment la moyenne
journalière en ne faisant que du vélo.
C’est la
journée des demi-tours, 80 km
pour peu de distance gagnée ver l’Est, la sortie
des grandes villes est
toujours problématique pour trouver les bonnes routes.
Heureusement le compas
me sauve d’ encore plus de kilomètres
supplémentaires...
Je pense souvent à la
guerre avec tous
ces noms en « hausen » et
j’imagine des juifs errant dans ces forêts
paisibles avec des bergers allemands SS à leur trousse.
Le relief est très vallonné et comparable aux Vosges, les fermes sont très semblables aux nôtres : maïs tassé et recouverts de bâche (blanche) et de vieux pneus. Beaucoup de pancartes signalent le verglas, je suis très prudent car la chute avec ma clavicule pas encore réparée est une hantise. Ca me rappelle la remarque de mon Directeur de Thomson (Mr Lardat) après ma chute à Quimper fin décembre : « Vous voulez faire le Tour du Monde et vous n’arrivez pas à Quimper ! ». Je trouve un endroit sous les arbres pour le bivouac, je n’ai plus d’eau potable mais il y a une rivière. Le vent souffle très fort et je doit changer de place à la tente pour un meilleur abri. Panne d’essence pour le réchaud, quelle journée, enfin, le confort douillet de la tente …
Vendredi
4 avril – Jour 21 : HEILIGENSTADT – ARTEC
(110 km)
Au réveil,
j’entends un bruit amorti de
« plogs » sur la tente,
c’est la
neige ! Ca souffle toujours très fort : la
Sibérie ! … Je pars
en VTT pour trouver de l’essence pour le réchaud
dans une ferme toute proche.
Un bon café chaud et des œufs et c’est
reparti. J’ai peur des glissades car la
température n’ est que de 3°, je mets le
casque au cas oû. Le vent d’Ouest
(donc favorable) est très fort et je veux en profiter.
Quand au hasard des virages le
vent se
présente de coté, ça devient
très dangereux. Le VTT chargé de sacoches offre
en
effet beaucoup de surface latérale, il faut contrer en
permanence comme un
voilier qui veut remonter au vent. Si un camion me double et coupe le
vent, il
se produit une aspiration très violente qui
m’attire vers ses grosses roues…Brrrr
ça craint et parfois je suis obligé de
m’arrèter.
Comment
se comporterait
une remorque ? Il faudrait qu’elle soit
latéralement bien profilée.
On
sent maintenant l’Allemagne de l’Est : les
camions
Tatra apparaissent avec leur gueule d’hannetons et les
petites guimbardes
Traban. L’habitat aussi est plus
« socialiste » surtout dans les
villes où apparaissent les HLM tristes à 5
étages (époque Kroutchef) et 7
étages (époque Brejnev).
Très vastes plaines
enneigées avec des
montagnes qui ressemble aux Monts d’Arrée. Je
m’arrête par chance dans un
camping permanent où je peux prendre une douche et une
bière au bar. Les gens
sont sympas et m’offrent une bouteille de rhum. Enfin la
bonne ambiance
allemande !.
Samedi
5 avril – Jour 22 : ARTEC –
MERSEBURG/LEUNA (70 km)
Encore de la neige au
réveil (environ
0° C) et toujours du vent. Je passe la matinée dans
le bar surchauffé du
camping…
Départ vers midi,
chaussée mouillée,
vent toujours favorable, décor très plat, on voit
les cheminées d’usine au loin
… Beaucoup de petites Trabans, moteur 2 temps, touche
socialiste « la
version sport a une paire de basket dans le coffre !
… » Les routes
sont pavées dans les villages, les pistes cyclables sont
faites pour le
cyclo-cross...
Je suis très
ému de voir la pancarte
Merseburg, mon père a été
hospitalisé ici durant la deuxième guerre
mondiale,
gravement blessé lors d’un bombardement
(quotidien) de la grosse raffinerie de
Leuna toute proche où il travaillait comme prisonnier de
guerre.
A l’entrée
de
la ville, une voiture me fait signe, je
m’arrête : le type m’offre un
billet de 20 marks et un signe
« ok ? »,
c’est tout. Merseburg
est plutôt triste, Papa a du bien s’ennuyer ici,
cap au S/E sur Leuna dont on
voit le complexe pétrochimique : c’est
gigantesque (8 km de long) et
pratiquement identique à ce qu’il y avait durant
la guerre, une longue butte à
l’ouest pour protéger contre les attaques en
rase-mottes, papa m’en avait
parlé, il mimait le vacarme des bombardements…
j’imagine la fuite dans la
campagne quand les sirènes retentissent, car les prisonniers
n’ont pas le droit
aux abris. 4 ans là dedans, ça a du
être très dur : isolement, froid,
bombardement, manque de nourriture. Papa ne s’est pas plaint,
il disait
« Les Français étaient bien
traités, pour les Juifs et les prisonniers
russes c’était terrible ». La
gare de l’usine ( 30 000 ouvriers) n’a pas
changé depuis la guerre, il pleut , le temps est froid et
gris.
Je roule sur
la route qui longe la raffinerie, une voiture me klaxonne en
reconnaissant le
drapeau breton. Thomas travaille chez Elf et est
détaché ici pour la
modernisation de la raffinerie, on va prendre un pot dans un
café. Son copain
Jean-Paul arrive peu après et ils m’ invitent pour
le soir. Ambiance
« expat » dans le bar,
André, breton de Plounéour Trez est
déjà bien
« torché » et me file
100 Marks. John, l’anglais me conseille pour la
route « Talk to people, if not
your brain will go crasy ! » “Parle aux
gens, sinon ton cerveau va devenir fou ! »
Thank you John, qui est
bien avancé aussi… Elf fabrique en fait une
nouvelle raffinerie à Leuna (17000
MF !), cadeau de Mitterrand à Koll en
échange du réseau de distribution de
carburant MINOL. Le
pétrole brut vient
par pipes lines de Russie, ils sont 5000 ouvriers en tout pour la
construction
et ils viennent de
partout, c’est le
second chantier européen pour l’instant
après la place principale de Berlin.
Le soir, grande bouffe
à Leipzig à 30
km et visite rapide de la ville, il y a de l’ambiance le soir
dans les rues. Je
suis content de trouver un lit confortable dans l’
appartement des Frenchies et
j’en profite pour laver mon linge.
Dimanche
6 avril – Jour 23 : MERSEBURG – WITTENBERG
(110 km)
Thomas et Jean-Paul me donne de
la
nourriture : pâté Hénaff (le
pâté du mataf !), vin rouge, etc. Je
pars de bonne heure et visite le château (histoire du
corbeau) et l’hôpital où
a été Papa.
Direction Hallé qui
semble une ville
assez sympathique puis cap au N/NE sur Wittenberg. C’est
très dur car le vent
est de côté et il y a des bourrasques de neige,
j’ai mal à la nuque et aux
genoux, ça devient très pénible
après 80 km.
J’arrive tard le soir
à Wittenberg. Je
trouve avec difficulté l’auberge de jeunesse,
planquée dans une tour d’un vieux
château : elle est fermée…
Fourbu, je plante la tente au hasard dans le
terrain de sport d’une école.
Réveil à
6h par la police, je ne sors
pas de la tente et ils repartent. Ils reviennent à 7h30 et
tirent la bâche qui
recouvre le vélo, je sors la tête, ils me
demandent le passeport et … me
somment de partir tout de suite. Les gamins sont
déjà là, l’école
démarre à
7h30 du matin en Allemagne. Je fais mon café, ma tartine et
les 2 œufs sur le plat,
puis je démonte tranquillement la tente.
A la
récréation, les gamins viennent me
voir et on fait des photos. Je pars vers 10h, il fait beau mais
très froid,
attention aux plaques de verglas !!. Nuque et genoux toujours
douloureux : je m’enduis de Dolpic et Percutalgine,
j’espère que ces
douleurs sont dues au froid, sinon ça promet pour la suite
du voyage …
Route vers Berlin, je trouve un
Mig25
et un Mig19 stationnés sur un parking, quelle aubaine pour
le fana
d’aéronautique ! Je joue les Top-guns en
me prenant en photo (au
retardateur) au pied des avions. Bonnes pistes cyclables à
l’approche de
Berlin ! J’entends un « couic,
couic » sur mon vélo, Aie
aie ! serait ce déjà du aux frottements
des portes bagages sur le cadre en
aluminium : je trouve enfin la cause, un contre
écrou s’est dévissé avec
les vibrations de la route. J’arrive à
l’adresse de Yann Milin (le frère de
René le parachutiste) mais il y a plein
d’appartements dans cet immeuble! … Je
le joins enfin par téléphone et il vient
m’attendre en bas, accueil très
chaleureux, il n’a pas changé. Marielle, sa
copine, et sa petite fille Myriam 8
mois sont là aussi, on monte vélo et bagages dans
le salon. Le fils d’un copain
à Yann vit là aussi, c’est la vie en
communauté. Le soir, on va au restaurant où
Holger (Lituanien) nous rejoint en disant « Ne ke
tom », il parle
breton couramment, il l’a appris à Brest en 2
mois, il parle 6 ou 7 langues et
vit d’un petit job dans une librairie. Son amie, Laurie,
guitariste classique
vit dans un appart juste en dessous de Marielle. Les hommes Yann et
Holger
vivent eux dans un autre appartement où règne un
bordel indescriptible, la vie
de bohème quoi …
Mardi
8 avril – Jour 25 – BERLIN (35 km)
Nous visitons Berlin
à quatre (Yann,
Holger, Laurie et moi) à vélo. Le mur de la honte
bien sûr, la Porte de
Brandeburg, Check point Charlie etc….Berlin est une ville en
pleine
effervescence depuis la réunification il y a 9 ans. Il y a
des grues partout,
c’est le plus grand chantier d’ Europe.
L’après-midi séance cartes postales
dans un bistro.
Mercredi
9 avril – Jour 26 – BERLIN – MUNCHEBERG
(75 km)
Difficile de trouver la bonne
route à
la sortie de la ville malgré l’aide du compas,
j’en profite pour faire la
maintenance du vélo. Je dors le soir dans un bois
après avoir rencontré un
américain de Pennsylvanie qui m’offre 2
bières !
Jeudi
10 avril – Jours 27 : MUNCHEBERG –
SKWERZYNA (Poland) (121 km)
Passage de la
frontière à KOSTRZYN,
quel contraste ! On change non seulement de pays mais de
siècle, les
vieilles guimbardes remplacent les grosses BMW, gros bazar juste
après la
frontière et grandes étendues
marécageuses. Villages délabrés,
beaucoup de
types ivres le soir et de croix sur le bord de la route marquant
l’endroit des
accidents de la route, parfois avec le nom et la photo des victimes.
Toujours
du vent et un temps froid. Je dors le soir dans un bois, le matin
ça souffle
très, très fort. Eh oui François,
c’est pas la côte d’azur ici, va falloir
t’y
faire…Que nous réserve le
Sibérie ?
Vendredi
11 avril - Jours 28 : SKWERZYNA – POZNAN
(110 km)
Après 10 km, je
m’arrête dans un bar
sur le bord de la route où je rencontre un jeune Hollandais
qui va voir sa
copine à Poznam. Il vient de Rotterdam, il a
roulé 30 heures en voiture. On
essuie une tempête de grêle avec un vent dingue,
heureusement je ne suis pas
sur la route …
Les conditions sont vraiment
limites et
lorsque le vent est latéral, c’est dangereux avec
les camions, je dois parfois
m’arrêter et m’arc-bouter au
vélo quand j’en vois un dans le
rétroviseur…
Vers 16h, je rentre enfin en
contact
avec Pierre François qui est d’accord pour
m’héberger à Poznam, ça
redonne le
moral pour les 40 km qui restent. Heureusement, il y a maintenant une
bande
d’arrêt d’urgence qui n’oblige
pas les camions à déboîter pour me
doubler.
J’arrive vers 18h sous
une tempête de
neige, accueil très sympa, douche, etc… Nathalie
est également en année
sabbatique, mais se sent très paumée à
Poznan (problème de langues).
Samedi
12 avril – Jour 29 : POZNAN – SKUPKA (85
km)
Je visite rapidement Poznan et
je
téléphone à Monique qui part pour le
Sri Lanka. Il fait froid (inférieur à 5°
C) et je crains toujours le verglas et… les sarcasmes de Mr
Lardat.. Arrêt à
midi dans un Mac-Do (ils font eux aussi route vers l’Est). A
Skupka, je décide
de chercher l’ hospitalité du curé,
j’atterris dans un dortoir d’école. Le
soir, je suis invité à diner chez Elegius et
Christina dont la fille travaille
à Paris, un couple d’amis est invité
aussi. Soirée très sympa avant de regagner
mon dortoir ! On s’est mis d’accord pour
aller ensemble à la messe demain
Dimanche, on est en Pologne !
Dimanche
13 avril – Jour 30 : SKUPKA – KUTNO (118
km)
Messe à 8h30, si ce
la différence de la
langue, je me croirais à Guiclan. Sermon très
long sur l’éducation des
enfants ; l’Eglise se mêle de trop de
choses en Pologne, c’est vraiment un
Etat dans l’ Etat. Partout les églises sont
bondées, il y a 4 messes le
Dimanche :
Départ vers 11h30, il
fait froid mais
beau, pas de vent. Arrêt sympa dans un café. Le
soir, je cherche un presbytère
(encore !) et atterrit très tard à Kutno
dans un monastère Salésien. Je me
retrouve encore dans un dortoir après un solide diner.
Le matin, un Père me
fait visiter l
‘Eglise, moi j’attends surtout le
petit-déjeuner… Je demande au Père
à qui est
la belle voiture stationnée dans la cour, un peu
embarrassé il me réponds
« A moi, vous savez rien n’est trop beau
pour servir le
Seigneur ! ». J’ ose pas lui
répondre « Pour moi, avec mon
vélo
c’est l’enfer
assuré ? ».
Lundi
14 avril – Jour 31 : KUTNO – SOCHAZEW (75
km)
Il pleut et il fait froid, le
vent est
passé au Sud /Ouest, pas trop fort heureusement. Beaucoup de
camions, nombreux
arrêts dans les cafés : j’aime
cette ambiance de la route, ca sent le
gazoil et l’ huile de coude. J’ai
l’impression de faire partie de la communauté
des routiers (sympas…). A Sochaczew, je vais encore au
« Plebania »,
ça veut dire presbytère en polonais, il y a
beaucoup de monde qui vient pour la
confirmation, je m’assois dans la salle d’attente
et j’attends. Je discute avec
Lech mon voisin, on ne se comprend pas très bien, je lui
demande de
m’introduire auprès du curé mais
c’est lui qui m’invite …
Sauvé, car je suis
bien mouillé et frigorifié, le Goretex a ses
limites. Il habite un très bel
appartement, sa femme Emilia est professeur de philosophie au middle
age (14 à
19 ans). Ils ont 3 enfants (2 garçons : 4 et 9 ans puis 1 fille de 15 ans).
La douche est
drolement bienvenue, après le diner on reste discuter
longuement: Lech est très
prudent sur la politique, ils vont passer leurs vacances en Turquie
à 3000 km
de là avec leur petite caravane. Lech fabrique des meubles
avec son beau-frère.
Mardi
15 avril – Jour 32 : SOCHACZEW – VARSOVIE
(72 km)
Après une
bonne nuit et un bon petit déjeuner, c’est
« on the road again ». Il
fait sec (ouf) mais très froid. Je prends une route
parallèle à la nationale
qui passe par où est né
Frédéric Chopin, je m’arrête
pour visiter. Je vois les
premiers chevaux de labours en Pologne. Ce pays a gardé sous
le régime
communiste une agriculture privée, les champs sont
restés petits, quelle
contraste avec les vastes champs des Kolkoses d’ Allemagne de
l’ Estr. Il neige
quand j’arrive à Varsovie, toujours impossible de
contacter Ludovic Leduigou
(dont l’adresse m’a été
fournie par le Centre Leclerc de Gouesnou), je décide
de passer à la Délégation Thomson de
Varsovie, accueil courtois sans plus car
ils ont beaucoup de travail. J’avais oublié que
ça existait encore le travail.
On met quand même un téléphone
à ma disposition, j’en profite …
Ludovic me dit
de rejoindre le Centre Leclerc à 10 km au Sud mais
qu’il a un problème pour
m’héberger. Ludovic et Kathy sa femme sont
très sympas et me propose finalement
de rester dans leur appartement.
Mercredi
16 avril – Jour 33 : VARSOVIE (35 km)

Visite de la ville, le ghetto,
la
Vistule, Magic est très nerveux sans les bagages, quel
plaisir de jouer à
saute-trottoirs avec un VTT léger. Partout des souvenirs de
la guerre, le temps
est de circonstance : pluvieux et froid. La vieille ville a
été
reconstruite après la guerre. Le soir, pizza avec Ludovic et
Kathy.
Jeudi
17 avril – Jour 34 – VARSOVIE – KALUSYN
(72 km)
Je reprends
« Magic » avec plaisir car il est
bien plus confortable chargé qu’à
vide. La route est correcte avec une bonne voie
d’arrêt d’urgence. Je
m’arrête
le soir à Kalusyn. Je vais encore au Plebenia, le
curé me parle de Lourdes et
de Notre Dame de Paris dans
un
français parfait, j’attends l’invitation
mais elle ne vient pas, il accepte
quand même que je campe dans son jardin en face du
presbytère ! Il fait
très froid, je fais ma cambuse sous ses fenètres,
m’invitera -t-il à prendre un
vin chaud ? Non, rien. C’est
décidé, pas de prières pour ce
soir !
Le matin, je suis
réveillé par les
chants de la messe dans l’ église toute proche, le
curé passe me voir avant de
partir à Gdansk dans sa belle voiture pour une
« très importante
réunion ». Le moteur tousse et
s’arrète, plus de batterie ! Je suis
mort de rire, j’enfourche mon vélo et lui fais un
petit signe amical. Ce matin,
j’ai eu un aperçu de la justice divine.
Vendredi
18 avril – Jour 35 – KALUSYN – BIALA
PODLASKA (112 km)
Bonnes conditions pour rouler
mais il
fait toujours froid. Je m’arrête voir un couple de
vieux paysans qui sème
l’avoine avec leur semoir et leurs deux chevaux.
J’ai l’impression de revoir
Keryaouel quand j’avais 10 ans avec Bichard et
Mar’h Coz
Le soir, je vais camper dans un
bois,
je suis trop prêt de la route et pas très
rassuré. Les petits sapins font des
ombres mouvantes et je crois entendre des bruits de pas. Le matin au
réveil,
j’ai un peu froid dans le sac de couchage. Mais un beau
soleil se lève.
Samedi
19 avril – Jour 36 : BIALA-PODLASKA –
BREST LITVOSK (82
km) Passage en Bielorussie
Enorme file de camions (20 km)
à
l’approche de la frontière Biélorusse,
heureusement avec le vélo je peux
doubler tout le monde. Sueurs froides à la
frontière quand le douanier me
demande d’attendre la décision de son chef pour
savoir si je peux rentrer en
vélo en Bielorussie. Pendant un quart d’heure, je
crains que mon voyage ne
s’arrète là, mais le chef est magnanime
et me laisse passer.
On me parle encore de bandits
… Dans la
ville de Brest, je ne suis pas rassuré, je fais du change
dans une
banque : je donne 60 dollars (400 F) au caissier et
j’entends un bruit
bizarre : c’est la « compteuse de
billets ». Il me passe une
pile de 75 billets de 20000 roubles par le guichet !!.
J’ai
1 500 000 roubles en poche, c’est ce qui
s’appelle de la monnaie de
singe.
Je reprends la route sans
attendre,
mais au bout de 20 km je trouve trop bète de quitter comme un trouillard cette
ville qui porte le même nom que la
mienne. Allez demi-tour, tonnerre de Brest ! Je
dîne le soir à
l’India Restaurant où l’ambiance est
super sympa, Véronica me raconte son
voyage à Paris.
Brest est une ville
plutôt agréable
avec de très larges avenues, la Biélorussie
semble plus évoluée que la Pologne
(ce ne sera en fait qu’un mirage), les femmes sont plus
belles et mieux
habillées, les routes en meilleur état.
Je monte vélo et
bagages au 4ème
étage sans ascenseurs de l’ hotel Bug.
Dimanche
20 avril – Jour 37 : BREST / KOBRIN (65 km)
Scandale en quittant
l’hôtel car j’ai
piqué une serviette de toilette, la femme de
ménage est furibonde
et descend les escaliers en
hurlant ! Merde, en plus le vélo est à
plat ! Je dis à la dame que
j’ai une serviette de la même couleur et que
j’ai pris les deux par erreur, je
lui rends donc la seule qui existe. Je démonte la roue dans
le hall de l’hôtel
mais pas de fuite. Je pars et ça se dégonfle
progressivement, je redémonte, la
pompe ne marche plus …Un attroupement autour de moi, un gars
me dit qu’il faut
mettre de l’eau dans la pompe et remplir le pneu !
Quelle galère :
restons calme. Un autre plus malin me donne un peu d’huile
pour lubrifier la
pompe, ca marche !, je gonfle et repars. Je
m’arrète dans une station
service à 10 km de Brest, un gars sympa me coupe
carrément la section poreuse
de la chambre à air et vulcanise les deux bouts. Il met 5
bars de
pression : tout baigne à nouveau.
C’est un premier aperçu des ennuis
matériels qui entament vite le moral,
heureusement ça ne se reproduira que très
rarement.! Je m’arrête après 50 km
dans un village situé à 500 mètre de
l’autoroute.
Lundi
21 avril – Jour 37 : KOBRIN –
NBAYEBHYN (110 km)
Le matin, une vieille dame
m’apporte 4
œufs et un homme vient m’offrir un gros morceau de
lard. Je suis très touché
par leur gentillesse ; L’autoroute Brest /Minsk fait
sa toilette de
printemps, des ouvrières peignent les marques blanches et
même les bas cotés
des ponts : c’est fait un peu n’importe
comment, l’objectif est de vider
le pot de peinture le plus vite possible et de faire la causette
après. La
Biélorussie est dirigée par Lukachenko
probablement le dernier dictateur
communiste avec son homologue de la Corée du Nord,
l’ agriculture est 100%
collective avec donc des champs immenses et des très gros
tracteurs.
Le soir, je pique la tente dans
un
petit champ à l’entrée d’un
village, une femme m’apporte du lait, une autre des
pâtes, elle est pas belle la vie ? Vers 23 h je suis
réveillé par une voix
d’homme éraillée par le vin et le
tabac, il est tout près de ma tente.
J’entr’ouve la fermeture éclair, le type
est à genoux à moins d’un
mètre et me
fait signe qu’il va me couper la gorge ( c’est mon
interprétation de son
geste). J’ai la matraque de P’tit Mich’
à la main (avec une dague mortelle
vissée au bout), j’hurle au type de
déguerpir. Il s’en va, je m’attends
à ce
qu’il revienne avec ses potes…ivre de fatigue je
m’endors.
Mardi
22 avril – Jour 38 : NBAYEBHYN – CTOABYBI
(128 km)
Le soleil est le bienvenu le
lendemain
matin, je vais raconter ma mésaventure dans une maison
voisine « there are
bad boys here » (il y a des mauvais garcons par ici)
me dit une jeune
fille qui parle anglais. C’est pas pour me rassurer, il va
falloir faire gaffe
et s’enfoncer dans les bois pour mettre la tente.
On me sert un
petit-déjeuner copieux
(omelettes baignant dans la graisse), c’est bon pour le
vélo. La route est
agréable et la température idéale, 128
km au compteur pour 24 km/h de moyenne,
bravo Poupou !
Je galère le soir
pour trouver une
place, je vais finalement dans un bois au bord de
l’autoroute : je
m’assure qu’il n’ y a personne
à l’horizon avant de quitter la route.
J’ai
l’impression de vivre la nuit comme un loup traqué
et je regrette que mon brave
chien Hawai ne soit pas du voyage.
Mercredi
23 avril – Jour 39 : CTOABYBI – MINSK (80
km)
Le matin, deux
tracteurs ( un bleu, un rouge) arrivent dans le champ voisin pour
tourner la
terre, les deux ouvriers du Kolkose sont très bien
habillés et ressemblent plus
à des fonctionnaires
qu’à des
paysans : photos, cigarettes... Ils ont une vie
très cool, à midi la
roulante ( fourgonnette avec 2 femmes et les repas) va passer et ca va
discuter
et rire un bon bout de temps.
J’arrive enfin
à Minsk, Kastus (mon
premier contact Internet) m’attend à 19h en face
de la maison philharmonique.
J’ ai donné Minsk comme première poste
restante avant de partir, je m’attends à
recevoir une vingtaine de lettres, il y en a une seule ! Ca
remet bien les
idées en place… Kastus arrive avec Natacha sa
femme et sa fille. On va chez ses
parents (Igor et Tamara) le soir, la tante Leana, qui parle bien
anglais, nous
rejoint.
Soirée
très sympa, ils n’aiment pas
beaucoup leur président et c’est un
euphémisme ! Igor arrive plus tard et
on discute jusqu’à minuit. Le père de
Tamara a été tué sous Staline
à 23 ans,
elle est née quelques mois plus tard.
Jeudi
24 avril – Jour 40 : MINSK – MINSK
– (0 km)
Je vais avec
Kastus à son bureau de l’ambassade des USA pour
envoyer un message à Loïc à
destination de l’ Ecole Freinet et des autres contacts. Puis
je visite la ville
à pied avec Leana qui est professeur d’anglais et
connaît toute l’histoire de
sa ville : Eglise St Simon aux briques rouges, Avenue Skaryny,
Government
Building, Bureaux du KGB (énormes), Palais du
Président.
Je pique un somme
l’après-midi et on
fait des courses ensuite. Soirée très sympa avec
en plus Natacha, la sœur
d’Igor et son mari (ils me donnent l’adresse de
leur fils à Irkutsk). Les
contacts, c’est comme les graines : on en
séme quelques unes et ensuite ça
pousse tout seul.
A
Minsk, les appartements sont très petits, mais bien
éclairés et
accueillants, il faut savoir changer de configuration pour tirer parti
des
quelques m2 : Coucher / manger/
bavarder etc …Chez Kastus, tout
est bien rangé (l’établi
électronique de Igor avec ses composants dans les
boîtes d’allumettes. Igor a une
« cabin » à 65 km de
Minsk où il
cultive des patates, tomates, etc. Il y a des pousses dans des pots
partout
dans l’appartement. Les pensions sont entre 500 000
et 1 000 000
de roubles par mois(= 100 Frs à 200 Frs !!!).
C’est pourquoi, il n’est
plus question d’acheter du café, des fruits, etc.
Les abords des immeubles sont
dans un
état déplorables des parents de Kastus sont
lamentables, je n’ose pas prendre
de photos.
Vendredi
25 avril – Jour 41 : MINSK – STUDIENKA
(104 km)
Kastus m’apporte les
E-mail reçus de
France. Loïc (mon fils de 19 ans) fait vraiment un travail
admirable comme
élément central de la « World
Tour Connexion », c’est comme
ça que
nous avons baptisé le réseau de tous les contacts
établis avant le départ,
principalement en Russie.
Un reporter est là
pour filmer mon
départ, il va m’accompagner en voiture avec Igor,
Kastus et son fils jusqu’à la
sortie de la ville, à allure très soutenue. Je
poursuis ensuite ma route,
toujours vers l’Est … J’ai les
coordonnées de Studionka dans mon GPS mais je
n’avais pas prévu les détours de la
Beresina ! la route s’ arrète devant
le fleuve, il n’ y a pas de pont, je dois faire demi-tour, il
pleut, je suis seul
sur une route de forêt, pas rassuré. Je longe une
grande caserne de l’armée de
terre, il y a beaucoup de chars d’assaut, on entend au loin
des coups de canon
et des tirs de mitrailleuses lourdes : sinistre …

J’arrive enfin
à Studionka sur les
bords de la Bérésina, c’est ici que
Napoléon a été mis en
déroute par l’armée
russe les 27 et 28 Novembre 1812, il y a 185 ans.
Le monument à la gloire du
général russe Kutusov qui a remporté
la bataille est envahi par les poules … Je
m’arrête pour discuter avec le
paysan Nikolaï, il m’invite à rester
dormir chez lui bien que ce soit vendredi
et que la famille arrive de Minsk pour le week-end : quelle
gentillesse ! On mange bien, on boit beaucoup de vodka et
ensuite on dort
à 4 dans la même chambre. J’essaie de
m’imaginer un cycliste russe arrivant
devant chez moi à Lambézellec alors que
j’attends de la famille, ma réaction
serait-elle aussi généreuse et
spontanée ?
Samedi
26 avril – Jour 42 : STUDIENKA – BOBR (75
km)
Au lever du jour, il fait beau,
la
Beresina est superbe. J’imagine ce fleuve gelé en
plein hiver avec nos
grognards épuisés qui essaient de traverser sur
un pont de fortune sous le feu
des canons russes installés sur les collines avoisinantes,
nous sommes 50 000
contre 140 0000 russes. Il y a aura 45 000 morts dans les eaux
gelées..
Petit déjeuner
copieux avec toute la
famille, on sort même la vodka de bon matin !!
Photos avec Nikolai, puis
corvée bois,
ça fait du bien de changer d’activités.
Maintenance du vélo, la roue libre
m’inquiète !
Départ vers 14h, Bobr
est bien plus
loin que prévu et à un moment, je fais demi-tour.
Finalement, j’y arrive avec 2
heures de retard : l’avenue Pouchkine vaut le
détour !
Les parents de Tasja sont
là
aussi :
Serguey avec Galina sa
mère et Sacha
son fils,
Nina cousine de Tasja chez qui
je vais
aller dormir,
Jana la soeur de Galina.
Galina et Jana sont les filles
de la
sœur de Tasja qui est à
l’hôpital (bras cassé,
poussée par un ivrogne). On mage
le soir de bonne humeur.
Bobr
est un gros village bielorusse typique ( environ 3000
habitants) entouré par des
fermes
collectives. Les maisons ont toutes un lopin de terre, environ
½ hectare, où on
cultive tout ce qui est nécessaire à la
nourriture. La maison est sur un seul
niveau avec généralement 3 pièces
(salon / chambre à coucher / cuisine et local
pour la lessive et pour se laver). Il n’y a pas
d’eau courante, d’où beaucoup
de seaux et bassines, le puits est proche et fermé
hermétiquement
(enfants ?). Pas de toilette, on va dans la cabane au fond du
jardin. Les
maisons sont décorées à
l’extérieur et plutôt
agréables à vivre.
Modes de vie : Les
biélorusses
sont accueillants et ils reçoivent beaucoup entr’
eux (surtout dans la
famille). En week-end, la population de Minsk part à la
campagne, sans doute un
moyen pour faire ses provisions.
Dimanche
27 avril – Jour 43 : BOBR – BOBR (0 km)
Maux d’estomacs et
diahrée au réveil,
c’est pas la forme. Je mange difficilement un peu de mosli
(genre de pates avec
de la viande) mais je suis trop faible pour partir.
L’après-midi, ballade à
pied avec Tasja et Sacha dans Bobr. On visite le cimetière
juif, émouvant avec
les pierres tombales sans dessus-dessous (saccagées par les
SS). Plus de 1000
juifs ont été fusillés ici pendant la
guerre, ils représentaient plus de 50% de
la population. Le cimetière chrétien(les
prêtres ici se marient) jouxte le
cimetière catholique, le second en très mauvais
état. D’après Tasja, les trois
communautés vivaient en paix à Bobr avant la
guerre.
Selon elle, il faudra encore 200
ans à
la Bielorussie pour atteindre le niveau des pays de l’Ouest.
Les gens dans les
campagnes ne sont pas habitués à prendre des
responsabilités, et souhaitent que
les fermes collectives continuent … Ils demandent peu de
choses : pas de
guerre et de quoi manger. Lukachenko qui est un fin
démagogue doit jouer
là-dessus dans ses apparitions journalières
à la tV.
Lundi
28 avril – Jour 44 : BOBR – FRONTIERE
RUSSE (140 km) Passage en Russie
Il fait beau. Plus de Goretex.
Je
prends l’ancienne nationale, pas de trafic, c’est
le désert. A midi, je vois un
camion stationné sur la berne, 3 hommes de type casaque me
font signe de
m’arrèter. Ce n’est pas prudent, mais
j’ai envie de parler et je ne le
regretterais pas. On met le couvert sur le gros pare-chocs du
camion :
omelettes, viande, café … Ils m’offrent
une bouteille de cognac et une boite de
conserve que je vais laisser plus loin bien en évidence sur
un chemin de
traverse, ca fera au moins un heureux car moi je ne peux pas
m’encombrer de
kilos inutiles. Je m’arrète à 2 km de
la frontière russe, je stresse car mon
visa est bidon. Vaut-il mieux passer ce soir ou demain matin ?
Quand les
douaniers sont-ils le plus cool ? Je décide de la
passer maintenant. Ils
sont équipés de Kalachnikov et semblent avoir
fait la fète, ils reconnaissent
mon drapeau français et me crie « Moscou
c’est par là ! », on ne me demande
même pas mon passeport,
j’en crois pas mes yeux !! Francois, TU VIENS
D’ENTRER EN RUSSIE, j’en
pleure de joie…
J’ai du mal
à trouver une place le soir
pour mettre la tente. Finalement je vois une énorme antenne
TV (genre Roch’
Tredudon) et je me dirige vers le batiment. Stanislas est le chef de
station,
il est bourru et bourré…son fils aussi
d’ailleurs, je ne suis pas très
rassuré.
Il me fait visiter ses installations, c’est pas du high
tech… on discute en
ingénieurs en électronique. Je mets ma tente
devant sa maison et on se donne
rendez-vous pour le café à 9h demain matin.
Mardi
29 avril – Jour 45 : FRONTIERE RUSSE –
SMOLENSK (70 km)
Quand je me lève je
vois que Stanislas
m’attend déjà pour déjeuner,
j’ai oublié l’heure de
décalage horaire en
franchissant la frontière.
Le paysage
devient plus vallonné et il y a pas mal de camions. Il fait
très beau. Je suis
vers 15h à Smolensk et je galère un peu pour
trouver l’appartement de
Yvan et Tamara Kusnetzov. Repas sympa avec
encore beaucoup de vodka et on va ensuite visiter la ville. Je suis
plutôt
fatigué, les 140 km de hier probablement ajoutés
à mes problèmes récents
d’intestins ?
Mercredi
30 avril – Jour 46 : SMOLENSK – WOODS (70
kms)
Départ laborieux de
Smolensk. Je vais
chercher du liquide à la
« Speerbank », je dois abandonner
mon vélo à
l’extérieur, je n’aime pas ça
du tout mais comment faire ? Finalement je
décide d’escalader les escaliers avec mon
vélo et je rentre dans la banque
avec !
Je rencontre Alec (traducteur de roumain en anglais). Quelle aventure pour acheter des cartes postales, je refuse qu’il garde mon vélo et je lui donne des roubles pour aller en acheter , il revient avec des cartes d’anniversaire ! Je veux téléphoner en France, je refuse toujours qu’il garde mon vélo, on le monte ensemble dans la poste centrale ! Il sort fumer, je le vois discuter avec trois types louches …Qu’est ce qu’ils trament ?
Discussion
avec un pilote de chasse de Sukhoi 27, l’ armée de
l’air russe n’a pas d’argent
et il ne fait qu’une vingtaine d’heures de vol par
an, difficile dans cette
situation de rester opérationnel. Je quitte Smolensk et son
ambiance triste, à
la sortie de la ville un char T52 de la deuxième guerre
trone sur un terre
plein, c’est l’endroit où tous les
jeunes mariés viennent se faire
photographier. Je campe à nouveau dans les bois à
l’écart de la route, je suis
réveillé la nuit par des bruits de pas, un pas et
puis plus rien…un autre pas
et puis plus rien…je prends ma matraque et sors de la
tente : c’est une
grenouille !
Jeudi
1er mai – Jour 47 : WOODS
– GAGARINE (142 km)
La route est bonne, le vent
favorable,
il fait beau. C’est une large route à 4 voies mais
sans rien au centre, ça
double parfois en 3ème file. Je
m’arrête le soir dans un
restoroute, des
jeunes de 20/25 ans
m’entourent, je suis à moitié
rassuré ! On sympathise vite : ils sont
éberlués par mon voyage, séance photo.
La patronne accepte que je dorme dans la
salle de restaurant, je regrette car la nuit sera courte :
fermeture du
resto à 3h du matin et
nettoyage à
partir de 6 heures …
Dans
l’après-midi, un semi-remorque
francais (95) me klaxonne et s’arrète. Jean-Michel
est tout seul à bord avec
une cargaison
« précieuse » de
téléviseurs, il a un pneu crevé mais
ne veut pas s’arrèter pour réparer
avant Moscou car la route n’est pas sûre et
d’autres camions se sont fait dévaliser
récemment. On partage un morceau de
camembert et une bouteille de vin rouge. Il me déconseille
de passer par Kazan
car la mafia règne sur la route, mais j’ai un
contact Internet à Kazan, je ne
suivrai pas ses conseils… …
Vendredi
2 mai – Jour 48 : GAGARINE – BANLIEUE de
MOSCOU (134 km)
Route bonne et temps plus frais.
Je
m’arrête le soir dans un bois, pas très
rassuré car il y a beaucoup de traces
de feux de bois récents et des bouteilles vides, il y a donc
du passage par
ici. Je camoufle ma tente avec des branches.
Samedi
3 mai – Jour 49 : BANLIEUE de MOSCOU - MOSCOU (57 km)
J’arrive à
téléphoner à Monique à
partir
d’un parking routier mais impossible de joindre Vera
Dartchiva, la grand-mère
de Julie (parachutiste russe vivant en Suisse) qui habite Droujba au
nord de
Moscou et que je dois aller voir. J’attends aussi de nouveaux
pneus qui doivent
ètre expédiés de Brest par DHL,
Patrice Guerre Berthelot (PGB) s’en occupe.
Moscou a beaucoup
changé (en bien)
depuis Mai 1981, date d’un voyage organisé par le
CE de Thomson. La banlieue
est tout à fait comparable à une autre capitale
avec des artères plus larges.
Macha, une jolie russe, m’accompagne
jusqu’à la Place Rouge : photo avec
un garde et épisode cocasse devant le mausolé de
Lénine : une grosse
limousine s’arrète et une vamp en petite tenue
descend entourée de gardes du
corps, elle se fait photographier dans des postures très
provocantes devant la
tombe du vieux leader. Je trouve ça très choquant
dans ce lieu, une
fourgonnette de la police arrive en trombe : vamp et gardes du
corps sont
embarqués manu militari. Je suis heureux, ce pays
n’est pas complètement pourri.
Je rencontre par hasard Jacques,
Belge
de Namur, qui est amoureux d’une trapéziste du
Cirque de Moscou, il vient la
voir dès qu’il peut. Il m’invite
à partager sa chambre à
l’école du cirque. Je
saute bien sûr sur l’occasion, on va passer
quelques journées ensemble à
Moscou, Magic est en sécurité dans la chambre.
Dimanche
4 mai – Jour 50 : MOSCOU
Je
pars le matin en métro avec Jacques à
Volo-Komoskege, ou j’espère sauter en
parachute mais c’est fermé. Je suis
reçu à la fédération Russe
de Parachutisme
où je vois avec fierté la photo de
l’Equipe de France avec Erwan, mon fils
ainé. Je visite le Kremlin
l’après-midi.
Lundi 5 mai – Jour 51 : MOSCOU :
Cirque le soir avec Jacques, on est invité par sa copine Natacha qui se surpasse au trapèze en nous faisant des frayeurs !
Mardi
6 mai – Jour 52 : MOSCOU :
Dîner chez
Alexandre, communiste belge interdit de séjour dans son pays.
Mercredi
7 mai – Jour 53 : MOSCOU
Séance de soins
intensifs pour Magic
avant d’affronter la Sibérie: nettoyage complet,
changement de chaîne et de
pneus, graissage des roulements. Les trapézistes du Cirque
me disent que la
Sibérie c’est très dur et
très dangereux, j’ai déjà
entendu ça quelque part. Je
leur promets de faire très attention

Jeudi
8 mai – Jour 54 : MOSCOU – DROUJBA (57 km)
Avec Jacques qui a
emprunté un vélo, on
joue les « cadors » à
la sortie du métro près du stade du Dynamo de
Moscou. Je suis la vedette du moment, celui qui va affronter la
Sibérie sur
deux roues, une belle dame nous offre le Champagne.
Résultat : un bidon
chapardé sur mon vélo par des mains baladeuses.
Direction Droujba vers le nord
de
Moscou. Accueil très sympathique
de
Véra, Tamara sa fille et la cousine Svietlana. Ballade
à pied pour visiter les
belles datchas du quartier. Je suis en pleine forme,
requinqué par les journées
de repos de Moscou.