TOUR DU MONDE SABBATIQUE (Mars 1997/ Février 1998)

 

De François POULIQUEN

 

Carnet de route

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Le 15 Mars 1997, après un saut en parachute sur la plage du Moulin Blanc à Brest, j'enfourchais mon vélo "Magic" chargé de sacoches. Après avoir pédalé vers l’Est sur 24044 km durant 333 jours, je suis revenu au point de départ. La terre est bien ronde, elle est magnifique, elle est fragile aussi… elle n’est pas si dangereuse : c’est l’inconnu qui engendre la peur. J'ai été particulièrement bouleversé par l'hospitalité du peuple russe tout au long de cette immense et belle Sibérie dont le seul nom évoque chez nous goulag et malheur.

 Ce  carnet de route journalier est reporté ici pratiquement dans l’état, j’ai du adapter un peu l’écriture car j’utilisais souvent un style télégraphique dans mon empressement de m’endormir le soir plutôt que d’écrire des romans. Il m’est souvent arrivé de m’endormir la frontale allumée…

 

 



Vendredi 14 mars – Jour  J-1 : BREST

 

La veille du départ les voisins étaient tous là pour un pot.: Mécanique et inspection des sacoches jusqu’à une heure avancée de la nuit avec Laurent, Bruno et Alain. Laurent trouve que j’ emmène trop de vêtements, on verra à Paris …

Laurent m’annonce le problème de vitesses : le petit pignon de 14 ne passe pas dans le cadre, il faut démarrer avec un 11 dents et terminer avec un 23 pour préserver une bonne progression. Je suis très en colère car il y a longtemps que ce problème aurait du être réglé. Je pesterais contre Laurent dans les grosses cotes avec un 26 x 23 insuffisant, il a fait par ailleurs un travail remarquable sur ce vélo et ses conseils ont été précieux, Merci Laurent !!

 

 

Samedi 15 mars – Jour 1 : BREST – PLOUIGNEAU (90 km / cumul 90km)

 

 

Le matin, beau temps ! Arrimage des sacoches et pesée : 52 kg, c’est beaucoup. Vers 9h40, direction le Moulin Blanc avec arrêt chez Mauricette. Au Moulin Blanc déjà du monde : Leclerc, Peynaud , Bousquel , Jacques Meudec, PGB, Hénaff un revenant du temps de Lesneven.

 Les paras sont là : Milin, Hervé Coz… On est 6 en tout pour le saut. Je prends une BT 40 et en route pour Guipavas. Gipi et Le Goff nous rejoindrons et on décollera à 11h30 à 8, c’est bien. Largage direct vers 850 m, la couche se disloque , il y a du ciel bleu. Je pars avec Le Goff qui a sa vidéo et doit spiralé pour me prendre à l’atterrissage. Il se goure de sens et pique du nez dans le sable ! … J’assure un atterrissage moyen. Il y a pas mal de monde, Sylvie, Mité + François, les deux classes de Freinet avec Jouenn et Annie. Puis, c’est la séance des signatures. Brest m’offre un couteau. (Dommage que je n’ai pas affiché le périple).

Je manque de me casser la figure au départ, direction : Torch VTT avec une bonne cote dès le départ !  Gipi et les blaireaux, Alain, Ambroise, Jean-René, Jean, Albert. Marcel, Ptit Mich assure l’intendance, Alain 2, Le blaireau. Le Docteur Le Fort ouvre la route en moto.

Pot et affiche chez Laurent. Puis on part vers la Forêt Landerneau où l’on mange à la capsule (54 F tout compris), les blaireaux sont en forme.

Les blaireaux s’alternent à ma hauteur, il y a de l’émotion dans le groupe….

Puis on prend la route par Landerneau, Landivisiau, Kerbriant où c’est les adieux de toute la famille, Monique et Lolo sont là aussi, Maman est très émue et se demande si elle sera toujours là à mon retour

On prend la route de Morlaix par Guiclan où je vais sur la tombe de Papa qui aimait beaucoup le vélo lui aussi. Arrivée à Plouigneau à 19h comme prévu et pôt à la mairie, puis c’est le barbecue sur le terrain de sport, bien arrosé bien sûr. Je mets la tente, les blaireaux partent vers minuit. Je suis réveillé au milieu de la nuit par mon walkman resté en route sur le vélo couché à mes cotés.

 

 

Dimanche 16 mars – Jour 2 : PLOUIGNEAU – LAMBALLE (110 km / cumul 200 km)

 

Petit déjeuner sous le crachin. Après avoir mis le savon à barbe, je constate que j’ai oublié le rasoir ! ça commence bien ! ! L’adjoint au Maire vient m’apporter des oranges

Départ vers 10 h. Florent est parti en VTT de Lamballe, on doit se rejoindre vers Plounevez-Moedec, des groupes de cyclistes (c’est dimanche) me double et on discute un peu. Un d’eux me demande ou je vais : « je vais fait le tour du monde ! ». Avec 100 km au compteur depuis Brest, ça fait pas très sérieux..

Je croise d’abord le Père de Florent en voiture et la jonction est faite un peu plus loin. C’est plus agréable de rouler avec un VTTiste qu’avec des cyclistes car il adapte mieux le développement. Il y a des grosses côtes et je vois que le 26 x 23 ne sera pas suffisant dans des conditions difficiles (grosse montée avec vent de face).

Arrêt à midi chez Florent, où je peux me doucher et faire sécher tente et équipement. Gros poulet de ferme et pâtes : je refais le plain de calories. Photo souvenir et on repart vers 15 heures pour Lamballe. La famille de Florent a téléphoné à une cousine Nicole Rault qui vit avec son fils Josselin, juste avant Lamballe, je dînerai avec eux et mettrai la tente dans le jardin. Je roule avec Florent jusqu’à Saint-Brieuc, il y a un vent d’Est, c’est très dur le vent de face avec un tel chargement, ça promet pour la Mongolie…

J’ai beaucoup de mal à me situer d’après le plan et je fais un détour de près de 10 km, enfin j’arrive chez les Rault vers 19h.

Je mets la tente dans un petit jardin, prends une douche puis c’est l’apéritif et le dîner. Je meurs de sommeil lorsque Nicole me raconte les études de sa fille aux US … Nuit agitée car la tente est à 100 mètres de la 4 voies.

Le lendemain, petit déjeuner avec Josselin qui fait des études d’informatique à Saint-Brieuc, il va contacter Loïc par Internet pour lui dire que tout est OK.

Lundi 17 mars – Jour 3 : LAMBALLE – DINAN (50 km)

 

Courte étape, je dois être à 13h à Dinan. Je quitte la route principale pour emprunter des petites routes dans la forêt.

Je photographie des vaches, un agriculteur s’arrête avec son tracteur, il veut un autographe, il rajoute sa signature sur le sac de couchage.

Arrivée à Dinan à 13h10 chez Mamie qui a préparé le repas. Rangement du vélo, séchage de la tente (ca devient classique). Tante  Lili est là aussi.

Sieste l’après-midi et course en ville en VTT léger.

Mardi 18 mars – Jour 4 : DINAN – AVRANCHES (85 km)

 

Bonne route et vent favorable jusqu’à Dol de Bretagne (vache n° 35 !), je fais la connaissance des gros camions avec leur déplacement d’air, on se sent comme propulsé vers l’avant à leur passage.

Ensuite, direction les polders où je me farcis carrément une digue en tout terrain.

Très belles fermes sur les polders, beau matos, charrue 6 socles, ramasseuse de carottes.

 

Déjeuner sur l’herbe (bœuf bourguignon et vin rouge) puis en route vers le Mont Saint-Michel. Le vent a forci et ça devient délicat lorsqu’il est latéral. J’évite de peu une gamelle sur la grille à moutons à l’entrée de la digue du Mont Saint-Michel. Belles photos du Mont avec des couleurs très changeantes.

Un type s’arrête avec sa femme peu avant Avranches et m’invite à dormir chez lui, première invitation du voyage, il y en aura d’autres…

Dure montée en lacets sur Avranches, photos sur la place Patton, puis direction la Pharmacie du Centre. Christine est là, Marcel arrive vers 19h avec sa femme et sa fille pour l’apéro, ils vont rester dîner. Il m’apporte les articles de journaux et la cassette du départ, je lui donne une pellicule et la première carte de mon périple. J’admire la collection de maquettes de Didier, on se couche vers 22h30.

Je ne sens pas la fatigue mais des courbatures, il faudra faire du stretching avant de partir demain.

Mercredi 19 mars – Jour 5 : AVRANCHES – BAGNOLES DE L’ORNE (85 km)

Temps frais et couvert, vent assez fort de N/O, je mets mon pantalon Goretex. Successions de montées / descentes et lignes droites interminables. J’utilise le GPS avec Mortain Way Point puis sur la carte, ça correspond à quelques centaines de mètres.

Déjeuner dans un petit resto pour se réchauffer. A Domfront, arrêt par les flics : questionnaire en règle : qui ? d’où ? vers où ? pourquoi ? …Ils sont quand même plutôt sympas.

Paysages verts et vallonnés. Vaches normandes, brebis, chevaux, poules…

Arrivée à Bagnoles vers 16h, un gars éberlué par mon entreprise vient me voir. Je plante la tente au camping municipal en réfection. Il fait très frais.

Jeudi 20 mars – Jours 6 : BAGNOLES DE L’ORNE – MORTAGNE (90 km)

0° au réveil, brouillard. J’ai eu trop chaud la nuit ! Courses et petit déjeuner peinard au soleil. Les ouvriers sont à pied d’œuvre dès 8h. Je suis en forme, pas de courbatures (le temps ?).

Départ pour Mortagne vers 10h. Paysages vallonnés de l’Orne, il fait beau.

Un connard m’énerve alors que je prends une photo sur une route de campagne : klaxon et geste : s’il s’arrête, j’essaie la matraque sur son pare-brise.

Je m’arrête à midi dans un restaurant routier, je mets mon vélo dans la cour intérieure, ça chuchote entre les serveuses, quand je sors ils sont 10 routiers autour du vélo, questions classiques : vers où ? ça pèse combien ?…

Ça monte en arrivant sur Mortagne, j’arrive à la pharmacie Faguais (ma sœur et mon beau-frère) petit attroupement sur le trottoir. Louis (mon beau-frère) arrive de la banque, on va prendre un pot en face … Je fais le plein de pillules pour eau, anti-inflammatoire, etc…à la pharmacie.

Le soir, dîner avec un vieux couple sympa et un superbe plateau de fruits de mer. Douche et sommeil réparateur.

Vendredi 21 mars – Jours 7 : MORTAGNE – HOUDAN (90 km)

Le salut classique « BON COURAGE », mais chez les jeunes, c’est plutôt « BONNE ROUTE » ou « BONNE CHANCE ». Les flics disent : « faites attention ».

Toujours les camions, je les vois d’abord dans le rétroviseur puis la cabine arrive à ma hauteur : camion classique ou semi-remorques ? Si c’est un classique, attention : il peut avoir une remorque, il ne faut pas changer de ligne ! Le pire est celui qui s’écarte bien mais se rabat trop vite. Pas bien non plus, quand je sens qu’ils vont se croiser à ma hauteur. Parfois, le camion se met au pas derrière et attends : un cycliste sûrement qui lit ma pancarte, je le remercie d’un signe, il klaxonne. Je traverse Dreux et ça sent Paris. Un groupe de trois jeunes beurs me demande : « Eh dites donc vous allez faire le tour du monde ? Ben, bonne chance alors hein ? ».

Le soir, difficile de trouver un endroit pour camper, je m’arrête derrière un îlot d’arbres au milieu des champs de moisson, c’est le refuge des oiseaux, quel concert au réveil !

Je commence à trouver le rythme du voyage et à mieux m’organiser.

Samedi 22 mars – Jours 8 : HOUDAN – CHAMBOURCY (60 km)

Beau temps, je prends les départementales pour arriver par l’Est et éviter le flot de circulation. A Orgeval, c’est le gros « Steak House » rouge et blanc qui m’annonce Paris.

Les gens sont sympas dans les embouteillages entre Orgeval et Chambourcy.

Arrivée chez Roger et Madeleine (beau frère et belle sœur encore !) : tout est nickel comme d’habitude et j’ai droit au jeu de clefs … Je téléphone à mon copain Rennes (pas la ville !) qui habite à Cergy Pontoise où j’ai travaillé avec lui sur les simulateurs de vol. C’est ok pour le soir mais problème pour la voiture…, enfin, ça s’arrange … Roger et Madeleine  vont à une autre soirée, ils ne me diront pas où ? Soirée très sympa chez mon ami Rennes.

 



Dimanche 23 mars – Jour 9 : CHAMBOURCY – CREIL (80 km)

 

Le matin je passe « Magic » à la bombe noire mat, on dirait un vieux vélo qui ne devrait pas faire d’envieux…Circulation parisienne du dimanche soir, je me paume un peu dans le nord de la région parisienne, mais j’ arrive finalement à Creil. Je campe près de l’Oise à côté d’un entrepôt Renault. Il fait déjà nuit quand un faisceau de torche éclaire ma tente, c’est le gardien du dépôt. Eh oui, je suis devenu un vagabond donc un suspect, il va falloir s’y faire… Le matin, les pêcheurs passent de bonne heure, ça ne mord pas me disent-ils. Je me dis « Bravo les poissons !! ». Au fait, hier soir, j’ai bien apprécié le restant de lieu (le poisson) de Madeleine avec mon restant de riz.

Lundi 24 mars – Jour 10 : CREIL – Aérodrome SAINT-QUENTIN (110 km)

RAS, une bonne idée de m’arrêter sur l’aérodrome de Saint Quentin. Je rencontre au bar, un pilote instructeur-largeur en parachutisme, il était à la Ferté-Gaucher pour le VR 16 et c’est un « pote » à Bontour (qui est décédé depuis). On me donne de l’essence pour le réchaud MSR et je plante la tente entre  deux hangars avions, ça fait du bien de se retrouver dans un contexte familier. Le lendemain matin, temps couvert et il pleut, je mets l’équipement Goretex complet : veste, pantalon, bottes.

 

 

Mardi 25 mars – Jour 11 : SAINT-QUENTIN – HIRSON (80 km)

 

Les grandes plaines et les gros tracteurs, c’est l’époque des semences. Route à grande circulation avec les camions qui frottent, mais j’en prends l’habitude … Avant Hirson, je revois enfin des vaches. Discussions au café : maintenant, les fermes font jusqu’à 3000 hectares !…

Je roule de nuit et m’arrête en pleine forêt, je plante la tente dans la pénombre, merci la lampe frontale ! Ca pique et c’est très humide. Je prends conscience de la précarité de ma vie de vagabond, mais le lever du soleil demain matin redonnera le moral…

 

 

Mercredi 26 mars – Jour 12 : HIRSON – DINANT (90 km)

Le réveil est toujours un bonheur, un endroit qui paraissait pas très rassurant le soir devient toujours accueillant avec le lever du soleil. Toilette avec l’eau de la gourde, « à poil » et hop un coup de gant de toilette partout…Petit déjeuner : 2 œufs sur le plat + pain beurre + café. Après c’est le pliage de la tente, le ramassage de toutes les affaires dans les sacoches, un petit coup d’œil pour voir que rien n’est oublié. Que c’est bon de reprendre la route et de se dire : «  un autre jour de découverte, je ne sais pas où je serais ce soir.. »

Enfin exit la France. Petit poste frontière avec la Belgique : batiment « Douanes Françaises »  à vendre, bien sûr : l’Europe est passée par là.

Beau paysage vallonné en Belgique, au loin dans las paturages : un cheval solitaire, comme moi….Je m’arrête à midi à Givet : grosses spaghettis carbonara avec en plus une douche, quel pied pour la mi-journée ! 

Après, ça repasse en France dans l’enclave de Givet, arrêt par les flics : l’habitude …

Super montée à 12% avant Dinant et descente à fond la caisse (environ 70 km/h). Je campe près d’un camping, le long de la Meuse.

 

Ce soir le compteur marque 1 000 km, moyenne : 83 km / jour

 

Jeudi 27 mars – Jour 13 : DINAUT – LIEGE (75 km)

 

Il fait beau au réveil, un papy et une mamie viennent s’installer dans leur caravane pour le week-end de Pâques. Grosse côte encore au départ de Dinant.

C’est les Ardennes et c’est plutôt vallonné ! Un char Sherman rappelle que l’on s’est battu ici entre allemands et américains, plus loin une plaque commémorative du « crash » d’un bombardier anglais avec 4 aviateurs à bord.

10 km avant Liège, je m’arrête au Mémorial Américain, pelouse et alignement impeccables. Explications des combats sur les murs du bâtiment central. Typiquement US !

L’arrivée sur Liège est assez périlleuse : grosse descente, ça frotte avec les camions et ça roule vite. Je trouve assez facilement l’auberge de jeunesse. Impression de fatigue durant cette journée, j’ai pourtant bien mangé hier midi, va comprendre !

Le soir, bouffe dans une friterie, la serveuse travaille plus de 10 heures pas jour plus 2 heures de trajet pour payer les études de ses gamins, mais elle a le moral. A Liège, beaucoup de chômage (1 sur 3 travaille !).

J’ai remisé le vélo dans un local fermé avec tous les bagages, c’est risqué mais comment faire ?

 

 

Vendredi 28 mars – Jour 14 : LIEGE – GEILENKIRCHEN (80 km)

 

Je traverse 3 pays durant cette seule journée : Belgique, Hollande, Allemagne...

 

Il pleut au réveil et le vent souffle très fort : la panoplie Goretex intégrale me permet de rouler sous la pluie jusqu’à Maastricht dans un confort total.

Les moulins à vent et les pistes cyclables annoncent la Hollande. Ce pays donne vraiment l’impression de santé et de bonne humeur. Beaucoup de monde à vélo, ça fait du bien de pédaler en groupe. Maastricht est une assez belle ville sur la Meuse et les rues piétonnes sont bondées. Tout le monde à l’air content, il faut dire que c’est le week-end de Pâques.

Je mange des spaghetti bolognaises, vais à la poste pour une carte postale qui ne sera pas encore arrivée et reprends la route vers l’Allemagne. C’est parfois dur de trouver les pistes cyclables et malheur si tu restes sur la route, les camions ne s’écartent pas ! ! La connerie des sociétés policées : si tu n’es pas dans la norme, t’es de la merde. Beaucoup de signes d’encouragement de la part des Hollandais, ils sont sportifs et connaissent bien le vélo !.

Je ne vois même pas la frontière entre la Hollande et l’Allemagne et j’arrive par hasard à Geilenkirchen, où tout est fermé. Gros problèmes de langues avec les Allemands (quelle différence avec les Hollandais qui parlent tous Anglais) et en plus, ils sont plutôt renfermés. Je dine (encore..) dans une friterie près de la gare et cherche de nuit (encore..) une place pour camper : je me mets près de la voie ferrée juste à la sortie de la ville. Il a fait froid aujourd’hui, c’est bon de retrouver la chaleur du sac de couchage et le confort de la tente. Ce soir, je baptise ma tente « Sheraton » comme les fameux hotels, mais ils sont battus car ma Sheraton m’offre en plus des points de vue inoubliables.

 

 

Samedi 29 mars – Jour 15 : GEILENKIRCHEN – DUSSELDORF (100 km)

 

Pas grand monde dehors en ce samedi de Pâques. Il fait froid (Full Goretex !) et il y a un vent fort de Nord-Ouest donc ¾ arrière.

Je fais des courses et je mange dans un supermarché, heureusement ouvert. Je traverse le Rhin sur une grosse péniche à DORMAGEN et je m’arrête pour savoir où est SOLINGEN, un gars sympa téléphone à l’auberge de jeunesse qui n’a plus de place, je dois rebrousser chemin sur 7 km (j’ai horreur de ça !) vers une autre auberge. Il fait nuit quand j’arrive, installation avec tous les bagages et re-spaghettis. Je partage la chambre avec 4 jeunes dont 2 blacks de Nairobi qui se rencontrent pour la première fois. Ils m’aident à monter mes bagages. Les auberges de jeunesse ne sont pas très pratiques : il faut laisser le vélo dans un garage au sous-sol et monter 8 bagages (5 sacoches + duvet + tente + matelas thermarest) dans la chambre. Attention de ne rien oublier car tout est vital pour la suite du voyage.

 

 

Dimanche 30 mars – Jour 16 : DUSSELDORF (20 km)

 

Je trouve Magic à plat de la roue avant au petit matin : une punaise …

Pour la première fois depuis le départ, je me promène avec Magic sans bagages, son comportement est complètement différent et sa nervosité retrouvée me mets à 2 doigts de la chute. Les allemands pratiquent pas mal de sport : VTT, roller (couples assez âgés …) Ca sent l’argent dans la Koenig Strasse, 2 Ferrari 318 CTB rouge et jaune font rugir leurs 12 cylindres dans les rues principales ! Les rues piétonnes sont noires de monde. Bouffe frugale le soir à l’auberge.

 

 

Lundi 31 mars – Jour 17 : DUSSELDORF – MEINERZHAGEN (80 km)

 

C’est férié, lundi de Pâques. C’est fou le nombre d’ escortes de motards qui sillonnent les routes. Gros cubes, Harley Davidson, Choppers. Blouson de cuir cloutés, ça frime, c’est plutôt con mais gentil quand mème. Je répare une crevaison près d’un groupe de motards : pas un mot, ils me regardent bêtement (avec pitié peut-ètre ?) mais pas un geste sympa, j’ai l’impression d’ètre transparent. En fait, seul les vieux semblent adresser la parole dans ce pays.

Le soir, je pique la tente très tard près d’une voie ferrée que je crois désaffectée, je suis à 4 mètres du ballast. Le matin je suis réveillé par un bruit infernal, c’est un train de marchandises qui passe à coté de ma tente, il y en aura 3 avant mon départ. Un ouvrier yougoslave passe me dire bonjour, nous discutons en anglais. Distrait, je mets de la lessive dans mon café et c’était le dernier sachet...

 

 

Mardi 1er avril – Jour 18 : MEINERZHAGEN – MESCHEDE (80 km)

 

Belles routes et beaux paysages de moyennes montagnes. A Finnentrop, je m’arrête pour éplucher une pomme, j’oublie mon couteau suisse sur la sacoche de guidon et dans un virage il tombe sur la chaussée. Un semi remorque passe et je vois les gros pneus  écraser mon couteau dans un bruit horrible…Miracle il est intact, juste de petites éraflures, merci la Suisse ! 

 

A Eslohe, je m’arrête au soleil pour modifier ma pancarte : 4 Sri lankais descendent d’ un bus et viennent discuter avec moi et ausculter le vélo : compteur, freins, pression des pneus, ils me donnent du jus de fruits, on fait des photos : ils sont réfugiés politiques. C’est fou, c’est avec ces exilés que j’ai pu établir enfin des contacts chaleureux en Allemagne.

Le soir, je campe près d’un ruisseau tout près de la ville. Essai du filtre purificateur d’eau Katadyn : ça a l’air de bien marcher et relativement rapide à filtrer : il faut se dire qu’on trait une vache ! …

 

 

Mercredi 2 avril – Jour 19 : MESCHEDE – KASSEL (119 km )

 

Epais brouillard le matin, j’attends que le soleil se lève pour sècher la tente et j’ai fait l’erreur de me placer avec des obstacles vers l’Est dans sa direction. Je ne pars qu’à 11h30 et veux aller jusqu’à Kassel. Je remplace le compteur par celui, plus complet, que je gardais en rechange : j’ai maintenant la vitesse moyenne et le cumul des km parcourus.

Il y a de très grosses côtes après Bredelat (supérieures à 12%) et je suis en danseuse sur le 24 x 23, je peste encore contre Laurent qui n’a pas assuré pour les vitesses dont deux ne me servent à rien. Il faudra décider à Berlin si je passe en 26.

La conduite automobile des Allemands est irréprochable, sur 2 voies à double sens, jamais ils n’essaient de me doubler s’il y a quelqu’un en face, ils ne montrent pas d’impatience mais pas de sympathie non plus …

J’atteins 65 km/h dans les descentes, je sens que la stabilité aérodynamique n’est pas terrible, mais pas de vibration ou de chtimi, Alain a fait du bon boulot. Les pistes cyclables sont nombreuses mais en ville les passages de rues donnent le mal de mer, par contre c’est nickel en campagne et pas de soucis avec les poids lourds.

Les rails de tramway : pas pour les cyclistes ! !

On dit les Allemands très propres, je suis sidéré par les détritus le long de la route : canettes de bières, verres plastiques, etc. et une foule de vêtements en parfait état ! …

Arrêt sur un terrain de planeurs ou on pratique le treuillage : ça semble efficace.

J’arrive assez tard à l’auberge de jeunesse, mais ils sont assez sympas pour me donner à manger : re-spaghettis bolognaise. Je me sens plutôt fatigué mais ça va.

Je partage la chambre avec un Berlinois sympa qui travaille depuis deux jours à Kassel dans une société de matériel ferroviaire.

 

 

Jeudi 3 avril – Jour 20 : KASSEL – HEILIGENSTADT (80 km) –

 

Total : 1600 km / 20 jours = environ 80 km,  c’est vraiment la moyenne journalière en ne faisant que du vélo.

C’est la journée des demi-tours, 80 km pour peu de distance gagnée ver l’Est, la sortie des grandes villes est toujours problématique pour trouver les bonnes routes. Heureusement le compas me sauve d’ encore plus de kilomètres supplémentaires...

Je pense souvent à la guerre avec tous ces noms en « hausen » et j’imagine des juifs errant dans ces forêts paisibles avec des bergers allemands SS à leur trousse.

Le relief est très vallonné et comparable aux Vosges, les fermes sont très semblables aux nôtres : maïs tassé et recouverts de bâche (blanche) et de vieux pneus. Beaucoup de pancartes signalent le verglas, je suis très prudent car la chute avec ma clavicule pas encore réparée est une hantise. Ca me rappelle la remarque de mon Directeur de Thomson (Mr Lardat) après ma chute à Quimper fin décembre : « Vous voulez faire le Tour du Monde et vous n’arrivez pas à Quimper ! ». Je trouve un endroit sous les arbres pour le bivouac, je n’ai plus d’eau potable mais il y a une rivière. Le vent souffle très fort et je doit changer de place à la tente pour un meilleur abri. Panne d’essence pour le réchaud, quelle journée, enfin, le confort douillet de la tente …

 

 

Vendredi 4 avril – Jour 21 : HEILIGENSTADT – ARTEC (110 km)

 

Au réveil, j’entends un bruit amorti de « plogs » sur la tente, c’est la neige ! Ca souffle toujours très fort : la Sibérie ! … Je pars en VTT pour trouver de l’essence pour le réchaud dans une ferme toute proche. Un bon café chaud et des œufs et c’est reparti. J’ai peur des glissades car la température n’ est que de 3°, je mets le casque au cas oû. Le vent d’Ouest (donc favorable) est très fort et je veux en profiter.

Quand au hasard des virages le vent se présente de coté, ça devient très dangereux. Le VTT chargé de sacoches offre en effet beaucoup de surface latérale, il faut contrer en permanence comme un voilier qui veut remonter au vent. Si un camion me double et coupe le vent, il se produit une aspiration très violente qui m’attire vers ses grosses roues…Brrrr ça craint et parfois je suis obligé de m’arrèter.

Comment se comporterait une remorque ? Il faudrait qu’elle soit latéralement bien profilée.

On sent maintenant l’Allemagne de l’Est : les camions Tatra apparaissent avec leur gueule d’hannetons et les petites guimbardes Traban. L’habitat aussi est plus « socialiste » surtout dans les villes où apparaissent les HLM tristes à 5 étages (époque Kroutchef) et 7 étages (époque Brejnev).

Très vastes plaines enneigées avec des montagnes qui ressemble aux Monts d’Arrée. Je m’arrête par chance dans un camping permanent où je peux prendre une douche et une bière au bar. Les gens sont sympas et m’offrent une bouteille de rhum. Enfin la bonne ambiance allemande !.

 

 

Samedi 5 avril – Jour 22 : ARTEC – MERSEBURG/LEUNA (70 km)

 

Encore de la neige au réveil (environ 0° C) et toujours du vent. Je passe la matinée dans le bar surchauffé du camping…

Départ vers midi, chaussée mouillée, vent toujours favorable, décor très plat, on voit les cheminées d’usine au loin … Beaucoup de petites Trabans, moteur 2 temps, touche socialiste « la version sport a une paire de basket dans le coffre ! … » Les routes sont pavées dans les villages, les pistes cyclables sont faites pour le cyclo-cross...

Je suis très ému de voir la pancarte Merseburg, mon père a été hospitalisé ici durant la deuxième guerre mondiale, gravement blessé lors d’un bombardement (quotidien) de la grosse raffinerie de Leuna toute proche où il travaillait comme prisonnier de guerre.

A l’entrée de la ville, une voiture me fait signe, je m’arrête : le type m’offre un billet de 20 marks et un signe « ok ? », c’est tout. Merseburg est plutôt triste, Papa a du bien s’ennuyer ici, cap au S/E sur Leuna dont on voit le complexe pétrochimique : c’est gigantesque (8 km de long) et pratiquement identique à ce qu’il y avait durant la guerre, une longue butte à l’ouest pour protéger contre les attaques en rase-mottes, papa m’en avait parlé, il mimait le vacarme des bombardements… j’imagine la fuite dans la campagne quand les sirènes retentissent, car les prisonniers n’ont pas le droit aux abris. 4 ans là dedans, ça a du être très dur : isolement, froid, bombardement, manque de nourriture. Papa ne s’est pas plaint, il disait « Les Français étaient bien traités, pour les Juifs et les prisonniers russes c’était terrible ». La gare de l’usine ( 30 000 ouvriers) n’a pas changé depuis la guerre, il pleut , le temps est froid et gris.

 

Je roule sur la route qui longe la raffinerie, une voiture me klaxonne en reconnaissant le drapeau breton. Thomas travaille chez Elf et est détaché ici pour la modernisation de la raffinerie, on va prendre un pot dans un café. Son copain Jean-Paul arrive peu après et ils m’ invitent pour le soir. Ambiance « expat » dans le bar, André, breton de Plounéour Trez est déjà bien « torché » et me file 100 Marks. John, l’anglais me conseille pour la route « Talk to people, if not your brain will go crasy ! »  “Parle aux gens, sinon ton cerveau va devenir fou ! » Thank you John, qui est bien avancé aussi… Elf fabrique en fait une nouvelle raffinerie à Leuna (17000 MF !), cadeau de Mitterrand à Koll en échange du réseau de distribution de carburant MINOL.  Le pétrole brut vient par pipes lines de Russie, ils sont 5000 ouvriers en tout pour la construction et  ils viennent de partout, c’est le second chantier européen pour l’instant après la place principale de Berlin.

Le soir, grande bouffe à Leipzig à 30 km et visite rapide de la ville, il y a de l’ambiance le soir dans les rues. Je suis content de trouver un lit confortable dans l’ appartement des Frenchies et j’en profite pour laver mon linge.

 

 

Dimanche 6 avril – Jour 23 : MERSEBURG – WITTENBERG (110 km)

 

Thomas et Jean-Paul me donne de la nourriture : pâté Hénaff (le pâté du mataf !), vin rouge, etc. Je pars de bonne heure et visite le château (histoire du corbeau) et l’hôpital où a été Papa.

Direction Hallé qui semble une ville assez sympathique puis cap au N/NE sur Wittenberg. C’est très dur car le vent est de côté et il y a des bourrasques de neige, j’ai mal à la nuque et aux genoux, ça devient très pénible après 80 km.

Première gamelle depuis le départ, joli roulé-boulé, je suis indemne et Magic aussi…

J’arrive tard le soir à Wittenberg. Je trouve avec difficulté l’auberge de jeunesse, planquée dans une tour d’un vieux château : elle est fermée… Fourbu, je plante la tente au hasard dans le terrain de sport d’une école.

 

 

Lundi 7 avril – Jour 24 : WITTENBERG – BERLIN

 

Réveil à 6h par la police, je ne sors pas de la tente et ils repartent. Ils reviennent à 7h30 et tirent la bâche qui recouvre le vélo, je sors la tête, ils me demandent le passeport et … me somment de partir tout de suite. Les gamins sont déjà là, l’école démarre à 7h30 du matin en Allemagne. Je fais mon café, ma tartine et les 2 œufs sur le plat, puis je démonte tranquillement la tente.

A la récréation, les gamins viennent me voir et on fait des photos. Je pars vers 10h, il fait beau mais très froid, attention aux plaques de verglas !!. Nuque et genoux toujours douloureux : je m’enduis de Dolpic et Percutalgine, j’espère que ces douleurs sont dues au froid, sinon ça promet pour la suite du voyage …

Route vers Berlin, je trouve un Mig25 et un Mig19 stationnés sur un parking, quelle aubaine pour le fana d’aéronautique ! Je joue les Top-guns en me prenant en photo (au retardateur) au pied des avions. Bonnes pistes cyclables à l’approche de Berlin ! J’entends un « couic, couic » sur mon vélo, Aie aie ! serait ce déjà du aux frottements des portes bagages sur le cadre en aluminium : je trouve enfin la cause, un contre écrou s’est dévissé avec les vibrations de la route. J’arrive à l’adresse de Yann Milin (le frère de René le parachutiste) mais il y a plein d’appartements dans cet immeuble! … Je le joins enfin par téléphone et il vient m’attendre en bas, accueil très chaleureux, il n’a pas changé. Marielle, sa copine, et sa petite fille Myriam 8 mois sont là aussi, on monte vélo et bagages dans le salon. Le fils d’un copain à Yann vit là aussi, c’est la vie en communauté. Le soir, on va au restaurant où Holger (Lituanien) nous rejoint en disant « Ne ke tom », il parle breton couramment, il l’a appris à Brest en 2 mois, il parle 6 ou 7 langues et vit d’un petit job dans une librairie. Son amie, Laurie, guitariste classique vit dans un appart juste en dessous de Marielle. Les hommes Yann et Holger vivent eux dans un autre appartement où règne un bordel indescriptible, la vie de bohème quoi …

 

 

Mardi 8 avril – Jour 25 – BERLIN (35 km)

 

Nous visitons Berlin à quatre (Yann, Holger, Laurie et moi) à vélo. Le mur de la honte bien sûr, la Porte de Brandeburg, Check point Charlie etc….Berlin est une ville en pleine effervescence depuis la réunification il y a 9 ans. Il y a des grues partout, c’est le plus grand chantier d’ Europe. L’après-midi séance cartes postales dans un bistro.

 

 

 

Mercredi 9 avril – Jour 26 – BERLIN – MUNCHEBERG (75 km)

 

Difficile de trouver la bonne route à la sortie de la ville malgré l’aide du compas, j’en profite pour faire la maintenance du vélo. Je dors le soir dans un bois après avoir rencontré un américain de Pennsylvanie qui m’offre 2 bières !

 

 

Jeudi 10 avril – Jours 27 : MUNCHEBERG – SKWERZYNA (Poland) (121 km)

 

Passage de la frontière à KOSTRZYN, quel contraste ! On change non seulement de pays mais de siècle, les vieilles guimbardes remplacent les grosses BMW, gros bazar juste après la frontière et grandes étendues marécageuses. Villages délabrés, beaucoup de types ivres le soir et de croix sur le bord de la route marquant l’endroit des accidents de la route, parfois avec le nom et la photo des victimes. Toujours du vent et un temps froid. Je dors le soir dans un bois, le matin ça souffle très, très fort. Eh oui François, c’est pas la côte d’azur ici, va falloir t’y faire…Que nous réserve le Sibérie ?

 

 

Vendredi 11 avril - Jours 28 : SKWERZYNA – POZNAN (110 km)

 

Après 10 km, je m’arrête dans un bar sur le bord de la route où je rencontre un jeune Hollandais qui va voir sa copine à Poznam. Il vient de Rotterdam, il a roulé 30 heures en voiture. On essuie une tempête de grêle avec un vent dingue, heureusement je ne suis pas sur la route …

Les conditions sont vraiment limites et lorsque le vent est latéral, c’est dangereux avec les camions, je dois parfois m’arrêter et m’arc-bouter au vélo quand j’en vois un dans le rétroviseur…

Vers 16h, je rentre enfin en contact avec Pierre François qui est d’accord pour m’héberger à Poznam, ça redonne le moral pour les 40 km qui restent. Heureusement, il y a maintenant une bande d’arrêt d’urgence qui n’oblige pas les camions à déboîter pour me doubler.

J’arrive vers 18h sous une tempête de neige, accueil très sympa, douche, etc… Nathalie est également en année sabbatique, mais se sent très paumée à Poznan (problème de langues).

 

 

Samedi 12 avril – Jour 29 : POZNAN – SKUPKA (85 km)

 

Je visite rapidement Poznan et je téléphone à Monique qui part pour le Sri Lanka. Il fait froid (inférieur à 5° C) et je crains toujours le verglas et… les sarcasmes de Mr Lardat.. Arrêt à midi dans un Mac-Do (ils font eux aussi route vers l’Est). A Skupka, je décide de chercher l’ hospitalité du curé, j’atterris dans un dortoir d’école. Le soir, je suis invité à diner chez Elegius et Christina dont la fille travaille à Paris, un couple d’amis est invité aussi. Soirée très sympa avant de regagner mon dortoir ! On s’est mis d’accord pour aller ensemble à la messe demain Dimanche, on est en Pologne !

 

 

Dimanche 13 avril – Jour 30 : SKUPKA – KUTNO (118 km)

 

Messe à 8h30, si ce la différence de la langue, je me croirais à Guiclan. Sermon très long sur l’éducation des enfants ; l’Eglise se mêle de trop de choses en Pologne, c’est vraiment un Etat dans l’ Etat. Partout les églises sont bondées, il y a 4 messes le Dimanche :

 7h / 8h30 / 11h00 / 18h00 …

Départ vers 11h30, il fait froid mais beau, pas de vent. Arrêt sympa dans un café. Le soir, je cherche un presbytère (encore !) et atterrit très tard à Kutno dans un monastère Salésien. Je me retrouve encore dans un dortoir après un solide diner.

Le matin, un Père me fait visiter l ‘Eglise, moi j’attends surtout le petit-déjeuner… Je demande au Père à qui est la belle voiture stationnée dans la cour, un peu embarrassé il me réponds «  A moi, vous savez rien n’est trop beau pour servir le Seigneur ! ». J’ ose pas lui répondre « Pour moi, avec mon vélo c’est l’enfer assuré ? ».

 

 

Lundi 14 avril – Jour 31 : KUTNO – SOCHAZEW (75 km)

 

Il pleut et il fait froid, le vent est passé au Sud /Ouest, pas trop fort heureusement. Beaucoup de camions, nombreux arrêts dans les cafés : j’aime cette ambiance de la route, ca sent le gazoil et l’ huile de coude. J’ai l’impression de faire partie de la communauté des routiers (sympas…). A Sochaczew, je vais encore au « Plebania », ça veut dire presbytère en polonais, il y a beaucoup de monde qui vient pour la confirmation, je m’assois dans la salle d’attente et j’attends. Je discute avec Lech mon voisin, on ne se comprend pas très bien, je lui demande de m’introduire auprès du curé mais c’est lui qui m’invite … Sauvé, car je suis bien mouillé et frigorifié, le Goretex a ses limites. Il habite un très bel appartement, sa femme Emilia est professeur de philosophie au middle age (14 à 19 ans). Ils ont 3 enfants (2 garçons : 4 et 9 ans  puis 1 fille de 15 ans). La douche est drolement bienvenue, après le diner on reste discuter longuement: Lech est très prudent sur la politique, ils vont passer leurs vacances en Turquie à 3000 km de là avec leur petite caravane. Lech fabrique des meubles avec son beau-frère.

 

 

Mardi 15 avril – Jour 32 : SOCHACZEW – VARSOVIE (72 km)

 

Après une bonne nuit et un bon petit déjeuner, c’est « on the road again ». Il fait sec (ouf) mais très froid. Je prends une route parallèle à la nationale qui passe par où est né Frédéric Chopin, je m’arrête pour visiter. Je vois les premiers chevaux de labours en Pologne. Ce pays a gardé sous le régime communiste une agriculture privée, les champs sont restés petits, quelle contraste avec les vastes champs des Kolkoses d’ Allemagne de l’ Estr. Il neige quand j’arrive à Varsovie, toujours impossible de contacter Ludovic Leduigou (dont l’adresse m’a été fournie par le Centre Leclerc de Gouesnou), je décide de passer à la Délégation Thomson de Varsovie, accueil courtois sans plus car ils ont beaucoup de travail. J’avais oublié que ça existait encore le travail. On met quand même un téléphone à ma disposition, j’en profite … Ludovic me dit de rejoindre le Centre Leclerc à 10 km au Sud mais qu’il a un problème pour m’héberger. Ludovic et Kathy sa femme sont très sympas et me propose finalement de rester dans leur appartement.

 

 

 

Mercredi 16 avril – Jour 33 : VARSOVIE (35 km)

Visite de la ville, le ghetto, la Vistule, Magic est très nerveux sans les bagages, quel plaisir de jouer à saute-trottoirs avec un VTT léger. Partout des souvenirs de la guerre, le temps est de circonstance : pluvieux et froid. La vieille ville a été reconstruite après la guerre. Le soir, pizza avec Ludovic et Kathy.

 

 

 

Jeudi 17 avril – Jour 34 – VARSOVIE – KALUSYN (72 km)

 

Je reprends « Magic » avec plaisir car il est bien plus confortable chargé qu’à vide. La route est correcte avec une bonne voie d’arrêt d’urgence. Je m’arrête le soir à Kalusyn. Je vais encore au Plebenia, le curé me parle de Lourdes et de Notre Dame de Paris dans   un français parfait, j’attends l’invitation mais elle ne vient pas, il accepte quand même que je campe dans son jardin en face du presbytère ! Il fait très froid, je fais ma cambuse sous ses fenètres, m’invitera -t-il à prendre un vin chaud ? Non, rien. C’est décidé, pas de prières pour ce soir !

Le matin, je suis réveillé par les chants de la messe dans l’ église toute proche, le curé passe me voir avant de partir à Gdansk dans sa belle voiture pour une « très importante réunion ». Le moteur tousse et s’arrète, plus de batterie ! Je suis mort de rire, j’enfourche mon vélo et lui fais un petit signe amical. Ce matin, j’ai eu un aperçu de la justice divine.

 

 

Vendredi 18 avril – Jour 35 – KALUSYN – BIALA PODLASKA (112 km)

 

Bonnes conditions pour rouler mais il fait toujours froid. Je m’arrête voir un couple de vieux paysans qui sème l’avoine avec leur semoir et leurs deux chevaux. J’ai l’impression de revoir Keryaouel quand j’avais 10 ans avec Bichard et Mar’h Coz

Le soir, je vais camper dans un bois, je suis trop prêt de la route et pas très rassuré. Les petits sapins font des ombres mouvantes et je crois entendre des bruits de pas. Le matin au réveil, j’ai un peu froid dans le sac de couchage. Mais un beau soleil se lève.

 

 

Samedi 19 avril – Jour 36 : BIALA-PODLASKA – BREST LITVOSK  (82 km) Passage en Bielorussie

 

Enorme file de camions (20 km) à l’approche de la frontière Biélorusse, heureusement avec le vélo je peux doubler tout le monde. Sueurs froides à la frontière quand le douanier me demande d’attendre la décision de son chef pour savoir si je peux rentrer en vélo en Bielorussie. Pendant un quart d’heure, je crains que mon voyage ne s’arrète là, mais le chef est magnanime et me laisse passer.

On me parle encore de bandits … Dans la ville de Brest, je ne suis pas rassuré, je fais du change dans une banque : je donne 60 dollars (400 F) au caissier et j’entends un bruit bizarre : c’est la « compteuse de billets ». Il me passe une pile de 75 billets de 20000 roubles par le guichet !!. J’ai 1 500 000 roubles en poche, c’est ce qui s’appelle de la monnaie de singe.

Je reprends la route sans attendre, mais au bout de 20 km je trouve trop bète de quitter  comme un trouillard cette ville qui porte le même nom que la mienne. Allez demi-tour, tonnerre de Brest ! Je dîne le soir à l’India Restaurant où l’ambiance est super sympa, Véronica me raconte son voyage à Paris.

Brest est une ville plutôt agréable avec de très larges avenues, la Biélorussie semble plus évoluée que la Pologne (ce ne sera en fait qu’un mirage), les femmes sont plus belles et mieux habillées, les routes en meilleur état.

Je monte vélo et bagages au 4ème étage sans ascenseurs de l’ hotel Bug.

 

 

Dimanche 20 avril – Jour 37 : BREST / KOBRIN (65 km)

 

Scandale en quittant l’hôtel car j’ai piqué une serviette de toilette, la femme de ménage est  furibonde et descend les escaliers en hurlant ! Merde, en plus le vélo est à plat ! Je dis à la dame que j’ai une serviette de la même couleur et que j’ai pris les deux par erreur, je lui rends donc la seule qui existe. Je démonte la roue dans le hall de l’hôtel mais pas de fuite. Je pars et ça se dégonfle progressivement, je redémonte, la pompe ne marche plus …Un attroupement autour de moi, un gars me dit qu’il faut mettre de l’eau dans la pompe et remplir le pneu ! Quelle galère : restons calme. Un autre plus malin me donne un peu d’huile pour lubrifier la pompe, ca marche !, je gonfle et repars. Je m’arrète dans une station service à 10 km de Brest, un gars sympa me coupe carrément la section poreuse de la chambre à air et vulcanise les deux bouts. Il met 5 bars de pression : tout baigne à nouveau.  C’est un premier aperçu des ennuis matériels qui entament vite le moral, heureusement ça ne se reproduira que très rarement.! Je m’arrête après 50 km dans un village situé à 500 mètre de l’autoroute.

 

 

Lundi 21 avril – Jour 37 : KOBRIN – NBAYEBHYN (110 km)

 

Le matin, une vieille dame m’apporte 4 œufs et un homme vient m’offrir un gros morceau de lard. Je suis très touché par leur gentillesse ; L’autoroute Brest /Minsk fait sa toilette de printemps, des ouvrières peignent les marques blanches et même les bas cotés des ponts : c’est fait un peu n’importe comment, l’objectif est de vider le pot de peinture le plus vite possible et de faire la causette après. La Biélorussie est dirigée par Lukachenko probablement le dernier dictateur communiste avec son homologue de la Corée du Nord, l’ agriculture est 100% collective avec donc des champs immenses et des très gros tracteurs.

Le soir, je pique la tente dans un petit champ à l’entrée d’un village, une femme m’apporte du lait, une autre des pâtes, elle est pas belle la vie ? Vers 23 h je suis réveillé par une voix d’homme éraillée par le vin et le tabac, il est tout près de ma tente. J’entr’ouve la fermeture éclair, le type est à genoux à moins d’un mètre et me fait signe qu’il va me couper la gorge ( c’est mon interprétation de son geste). J’ai la matraque de P’tit Mich’ à la main (avec une dague mortelle vissée au bout), j’hurle au type de déguerpir. Il s’en va, je m’attends à ce qu’il revienne avec ses potes…ivre de fatigue je m’endors.

 

 

Mardi 22 avril – Jour 38 : NBAYEBHYN – CTOABYBI (128 km)

 

Le soleil est le bienvenu le lendemain matin, je vais raconter ma mésaventure dans une maison voisine « there are bad boys here » (il y a des mauvais garcons par ici) me dit une jeune fille qui parle anglais. C’est pas pour me rassurer, il va falloir faire gaffe et s’enfoncer dans les bois pour mettre la tente.

On me sert un petit-déjeuner copieux (omelettes baignant dans la graisse), c’est bon pour le vélo. La route est agréable et la température idéale, 128 km au compteur pour 24 km/h de moyenne, bravo Poupou !

Je galère le soir pour trouver une place, je vais finalement dans un bois au bord de l’autoroute : je m’assure qu’il n’ y a personne à l’horizon avant de quitter la route. J’ai l’impression de vivre la nuit comme un loup traqué et je regrette que mon brave chien Hawai ne soit pas du voyage.

 

 

Mercredi 23 avril – Jour 39 : CTOABYBI – MINSK (80 km)

 

Le matin, deux tracteurs ( un bleu, un rouge) arrivent dans le champ voisin pour tourner la terre, les deux ouvriers du Kolkose sont très bien habillés et ressemblent plus à des  fonctionnaires qu’à des paysans : photos, cigarettes... Ils ont une vie très cool, à midi la roulante ( fourgonnette avec 2 femmes et les repas) va passer et ca va discuter et rire un bon bout de temps.

J’arrive enfin à Minsk, Kastus (mon premier contact Internet) m’attend à 19h en face de la maison philharmonique. J’ ai donné Minsk comme première poste restante avant de partir, je m’attends à recevoir une vingtaine de lettres, il y en a une seule ! Ca remet bien les idées en place… Kastus arrive avec Natacha sa femme et sa fille. On va chez ses parents (Igor et Tamara) le soir, la tante Leana, qui parle bien anglais, nous rejoint.

Soirée très sympa, ils n’aiment pas beaucoup leur président et c’est un euphémisme ! Igor arrive plus tard et on discute jusqu’à minuit. Le père de Tamara a été tué sous Staline à 23 ans, elle est née quelques mois plus tard.

 

 

Jeudi 24 avril – Jour 40 : MINSK – MINSK – (0 km)

 

Je vais avec Kastus à son bureau de l’ambassade des USA pour envoyer un message à Loïc à destination de l’ Ecole Freinet et des autres contacts. Puis je visite la ville à pied avec Leana qui est professeur d’anglais et connaît toute l’histoire de sa ville : Eglise St Simon aux briques rouges, Avenue Skaryny, Government Building, Bureaux du KGB (énormes), Palais du Président.

Je pique un somme l’après-midi et on fait des courses ensuite. Soirée très sympa avec en plus Natacha, la sœur d’Igor et son mari (ils me donnent l’adresse de leur fils à Irkutsk). Les contacts, c’est comme les graines : on en séme quelques unes et ensuite ça pousse tout seul.

 A Minsk, les appartements sont très petits, mais bien éclairés et accueillants, il faut savoir changer de configuration pour tirer parti des quelques m2 : Coucher / manger/ bavarder etc …Chez Kastus, tout est bien rangé (l’établi électronique de Igor avec ses composants dans les boîtes d’allumettes. Igor a une « cabin » à 65 km de Minsk où il cultive des patates, tomates, etc. Il y a des pousses dans des pots partout dans l’appartement. Les pensions sont entre 500 000 et 1 000 000 de roubles par mois(= 100 Frs à 200 Frs !!!). C’est pourquoi, il n’est plus question d’acheter du café, des fruits, etc.

 

Les abords des immeubles sont dans un état déplorables des parents de Kastus sont lamentables, je n’ose pas prendre de photos. 

 

 

Vendredi 25 avril – Jour 41 : MINSK – STUDIENKA (104 km)

 

Kastus m’apporte les E-mail reçus de France. Loïc (mon fils de 19 ans) fait vraiment un travail admirable comme élément central de la « World Tour Connexion », c’est comme ça que nous avons baptisé le réseau de tous les contacts établis avant le départ, principalement en Russie.

Un reporter est là pour filmer mon départ, il va m’accompagner en voiture avec Igor, Kastus et son fils jusqu’à la sortie de la ville, à allure très soutenue. Je poursuis ensuite ma route, toujours vers l’Est … J’ai les coordonnées de Studionka dans mon GPS mais je n’avais pas prévu les détours de la Beresina ! la route s’ arrète devant le fleuve, il n’ y a pas de pont, je dois faire demi-tour, il pleut, je suis seul sur une route de forêt, pas rassuré. Je longe une grande caserne de l’armée de terre, il y a beaucoup de chars d’assaut, on entend au loin des coups de canon et des tirs de mitrailleuses lourdes : sinistre …

 

J’arrive enfin à Studionka sur les bords de la Bérésina, c’est ici que Napoléon a été mis en déroute par l’armée russe les 27 et 28 Novembre 1812, il y a 185 ans.  Le monument à la gloire du général russe Kutusov qui a remporté la bataille est envahi par les poules … Je m’arrête pour discuter avec le paysan Nikolaï, il m’invite à rester dormir chez lui bien que ce soit vendredi et que la famille arrive de Minsk pour le week-end : quelle gentillesse ! On mange bien, on boit beaucoup de vodka et ensuite on dort à 4 dans la même chambre. J’essaie de m’imaginer un cycliste russe arrivant devant chez moi à Lambézellec alors que j’attends de la famille, ma réaction serait-elle aussi généreuse et spontanée ?

 

 

Samedi 26 avril – Jour 42 : STUDIENKA – BOBR (75 km)

 

Au lever du jour, il fait beau, la Beresina est superbe. J’imagine ce fleuve gelé en plein hiver avec nos grognards épuisés qui essaient de traverser sur un pont de fortune sous le feu des canons russes installés sur les collines avoisinantes, nous sommes 50 000 contre 140 0000 russes. Il y a aura 45 000 morts dans les eaux gelées..

Petit déjeuner copieux avec toute la famille, on sort même la vodka de bon matin !!

Photos avec Nikolai, puis corvée bois, ça fait du bien de changer d’activités. Maintenance du vélo, la roue libre m’inquiète !

Départ vers 14h, Bobr est bien plus loin que prévu et à un moment, je fais demi-tour. Finalement, j’y arrive avec 2 heures de retard : l’avenue Pouchkine vaut le détour !

Les parents de Tasja sont là aussi :

Serguey avec Galina sa mère et Sacha son fils,

Nina cousine de Tasja chez qui je vais aller dormir,

Jana la soeur de Galina.

Galina et Jana sont les filles de la sœur de Tasja qui est à l’hôpital (bras cassé, poussée par un ivrogne). On mage le soir de bonne humeur.

 

Bobr est un gros village bielorusse typique ( environ 3000 habitants) entouré par des  fermes collectives. Les maisons ont toutes un lopin de terre, environ ½ hectare, où on cultive tout ce qui est nécessaire à la nourriture. La maison est sur un seul niveau avec généralement 3 pièces (salon / chambre à coucher / cuisine et local pour la lessive et pour se laver). Il n’y a pas d’eau courante, d’où beaucoup de seaux et bassines, le puits est proche et fermé hermétiquement (enfants ?). Pas de toilette, on va dans la cabane au fond du jardin. Les maisons sont décorées à l’extérieur et plutôt agréables à vivre.

 

Modes de vie : Les biélorusses sont accueillants et ils reçoivent beaucoup entr’ eux (surtout dans la famille). En week-end, la population de Minsk part à la campagne, sans doute un moyen pour faire ses provisions.

 

 

Dimanche 27 avril – Jour 43 : BOBR – BOBR (0 km)

 

Maux d’estomacs et diahrée au réveil, c’est pas la forme. Je mange difficilement un peu de mosli (genre de pates avec de la viande) mais je suis trop faible pour partir. L’après-midi, ballade à pied avec Tasja et Sacha dans Bobr. On visite le cimetière juif, émouvant avec les pierres tombales sans dessus-dessous (saccagées par les SS). Plus de 1000 juifs ont été fusillés ici pendant la guerre, ils représentaient plus de 50% de la population. Le cimetière chrétien(les prêtres ici se marient) jouxte le cimetière catholique, le second en très mauvais état. D’après Tasja, les trois communautés vivaient en paix à Bobr avant la guerre.

Selon elle, il faudra encore 200 ans à la Bielorussie pour atteindre le niveau des pays de l’Ouest. Les gens dans les campagnes ne sont pas habitués à prendre des responsabilités, et souhaitent que les fermes collectives continuent … Ils demandent peu de choses : pas de guerre et de quoi manger. Lukachenko qui est un fin démagogue doit jouer là-dessus dans ses apparitions journalières à la tV.

 

 

Lundi 28 avril – Jour 44 : BOBR – FRONTIERE RUSSE (140 km) Passage en Russie

 

Il fait beau. Plus de Goretex. Je prends l’ancienne nationale, pas de trafic, c’est le désert. A midi, je vois un camion stationné sur la berne, 3 hommes de type casaque me font signe de m’arrèter. Ce n’est pas prudent, mais j’ai envie de parler et je ne le regretterais pas. On met le couvert sur le gros pare-chocs du camion : omelettes, viande, café … Ils m’offrent une bouteille de cognac et une boite de conserve que je vais laisser plus loin bien en évidence sur un chemin de traverse, ca fera au moins un heureux car moi je ne peux pas m’encombrer de kilos inutiles. Je m’arrète à 2 km de la frontière russe, je stresse car mon visa est bidon. Vaut-il mieux passer ce soir ou demain matin ? Quand les douaniers sont-ils le plus cool ? Je décide de la passer maintenant. Ils sont équipés de Kalachnikov et semblent avoir fait la fète, ils reconnaissent mon drapeau français et me crie «  Moscou c’est par là ! »,  on ne me demande même pas mon passeport, j’en crois pas mes yeux !! Francois, TU VIENS D’ENTRER EN RUSSIE, j’en pleure de joie…

J’ai du mal à trouver une place le soir pour mettre la tente. Finalement je vois une énorme antenne TV (genre Roch’ Tredudon) et je me dirige vers le batiment. Stanislas est le chef de station, il est bourru et bourré…son fils aussi d’ailleurs, je ne suis pas très rassuré. Il me fait visiter ses installations, c’est pas du high tech… on discute en ingénieurs en électronique. Je mets ma tente devant sa maison et on se donne rendez-vous pour le café à 9h demain matin.

 

 

Mardi 29 avril – Jour 45 : FRONTIERE RUSSE – SMOLENSK (70 km)

 

Quand je me lève je vois que Stanislas m’attend déjà pour déjeuner, j’ai oublié l’heure de décalage horaire en franchissant la frontière.  Le paysage devient plus vallonné et il y a pas mal de camions. Il fait très beau. Je suis vers 15h à Smolensk et je galère un peu pour trouver l’appartement  de Yvan et Tamara Kusnetzov. Repas sympa avec encore beaucoup de vodka et on va ensuite visiter la ville. Je suis plutôt fatigué, les 140 km de hier probablement ajoutés à mes problèmes récents d’intestins ?

 

 

Mercredi 30 avril – Jour 46 : SMOLENSK – WOODS (70 kms)

 

Départ laborieux de Smolensk. Je vais chercher du liquide à la « Speerbank », je dois abandonner mon vélo à l’extérieur, je n’aime pas ça du tout mais comment faire ? Finalement je décide d’escalader les escaliers avec mon vélo et je rentre dans la banque avec !

Je rencontre Alec (traducteur de roumain en anglais). Quelle aventure pour acheter des cartes postales, je refuse qu’il garde mon vélo et je lui donne des roubles pour aller en acheter , il revient avec des cartes d’anniversaire ! Je veux téléphoner en France, je refuse toujours qu’il garde mon vélo, on le monte ensemble dans la poste centrale ! Il sort fumer, je le vois discuter avec trois types louches …Qu’est ce qu’ils trament ?

Discussion avec un pilote de chasse de Sukhoi 27, l’ armée de l’air russe n’a pas d’argent et il ne fait qu’une vingtaine d’heures de vol par an, difficile dans cette situation de rester opérationnel. Je quitte Smolensk et son ambiance triste, à la sortie de la ville un char T52 de la deuxième guerre trone sur un terre plein, c’est l’endroit où tous les jeunes mariés viennent se faire photographier. Je campe à nouveau dans les bois à l’écart de la route, je suis réveillé la nuit par des bruits de pas, un pas et puis plus rien…un autre pas et puis plus rien…je prends ma matraque et sors de la tente : c’est une grenouille !

 

 

 

Jeudi 1er mai – Jour 47 : WOODS – GAGARINE (142 km)

 

La route est bonne, le vent favorable, il fait beau. C’est une large route à 4 voies mais sans rien au centre, ça double parfois en 3ème file. Je m’arrête le soir dans un restoroute,  des jeunes de 20/25 ans m’entourent, je suis à moitié rassuré ! On sympathise vite : ils sont éberlués par mon voyage, séance photo. La patronne accepte que je dorme dans la salle de restaurant, je regrette car la nuit sera courte : fermeture du resto à 3h du matin et  nettoyage à partir de 6 heures …

Dans l’après-midi, un semi-remorque francais (95) me klaxonne et s’arrète. Jean-Michel est tout seul à bord avec une cargaison « précieuse » de téléviseurs, il a un pneu crevé mais ne veut pas s’arrèter pour réparer avant Moscou car la route n’est pas sûre et d’autres camions se sont fait dévaliser récemment. On partage un morceau de camembert et une bouteille de vin rouge. Il me déconseille de passer par Kazan car la mafia règne sur la route, mais j’ai un contact Internet à Kazan, je ne suivrai pas ses conseils… …

 

 

Vendredi 2 mai – Jour 48 : GAGARINE – BANLIEUE de MOSCOU (134 km)

 

Route bonne et temps plus frais. Je m’arrête le soir dans un bois, pas très rassuré car il y a beaucoup de traces de feux de bois récents et des bouteilles vides, il y a donc du passage par ici. Je camoufle ma tente avec des branches.

 

 

Samedi 3 mai – Jour 49 : BANLIEUE de MOSCOU - MOSCOU (57 km)

 

J’arrive à téléphoner à Monique à partir d’un parking routier mais impossible de joindre Vera Dartchiva, la grand-mère de Julie (parachutiste russe vivant en Suisse) qui habite Droujba au nord de Moscou et que je dois aller voir. J’attends aussi de nouveaux pneus qui doivent ètre expédiés de Brest par DHL, Patrice Guerre Berthelot (PGB) s’en occupe.

Moscou a beaucoup changé (en bien) depuis Mai 1981, date d’un voyage organisé par le CE de Thomson. La banlieue est tout à fait comparable à une autre capitale avec des artères plus larges. Macha, une jolie russe, m’accompagne jusqu’à la Place Rouge : photo avec un garde et épisode cocasse devant le mausolé de Lénine : une grosse limousine s’arrète et une vamp en petite tenue descend entourée de gardes du corps, elle se fait photographier dans des postures très provocantes devant la tombe du vieux leader. Je trouve ça très choquant dans ce lieu, une fourgonnette de la police arrive en trombe : vamp et gardes du corps sont embarqués manu militari. Je suis heureux, ce pays n’est pas complètement pourri.

Je rencontre par hasard Jacques, Belge de Namur, qui est amoureux d’une trapéziste du Cirque de Moscou, il vient la voir dès qu’il peut. Il m’invite à partager sa chambre à l’école du cirque. Je saute bien sûr sur l’occasion, on va passer quelques journées ensemble à Moscou, Magic est en sécurité dans la chambre.

 

 

 

Dimanche 4 mai – Jour 50 : MOSCOU

 

Je pars le matin en métro avec Jacques à Volo-Komoskege, ou j’espère sauter en parachute mais c’est fermé. Je suis reçu à la fédération Russe de Parachutisme où je vois avec fierté la photo de l’Equipe de France avec Erwan, mon fils ainé. Je visite le Kremlin l’après-midi.

 

 

 

 

 

 

Lundi 5 mai – Jour 51 : MOSCOU :

 

Cirque le soir avec Jacques, on est invité par sa copine Natacha qui se surpasse au trapèze en nous faisant des frayeurs !

Mardi 6 mai – Jour 52 : MOSCOU :

 

Dîner chez Alexandre, communiste belge interdit de séjour dans son pays.

Mercredi 7 mai – Jour 53 : MOSCOU

Séance de soins intensifs pour Magic avant d’affronter la Sibérie: nettoyage complet, changement de chaîne et de pneus, graissage des roulements. Les trapézistes du Cirque me disent que la Sibérie c’est très dur et très dangereux, j’ai déjà entendu ça quelque part. Je leur promets de faire très attention

 

Jeudi 8 mai – Jour 54 : MOSCOU – DROUJBA (57 km)

 

Avec Jacques qui a emprunté un vélo, on joue les « cadors » à la sortie du métro près du stade du Dynamo de Moscou. Je suis la vedette du moment, celui qui va affronter la Sibérie sur deux roues, une belle dame nous offre le Champagne. Résultat : un bidon chapardé sur mon vélo par des mains baladeuses.

Direction Droujba vers le nord de Moscou. Accueil très sympathique  de Véra, Tamara sa fille et la cousine Svietlana. Ballade à pied pour visiter les belles datchas du quartier. Je suis en pleine forme, requinqué par les journées de repos de Moscou.